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Incontournables, les sables bitumineux?

22/07/2013 12:54 EDT | Actualisé 21/09/2013 05:12 EDT

Imaginez deux secondes une collectivité qui vit sans pétrole : cela semble quand même loin de nous. Et pourtant...

De retour en 1994

Vous vous souvenez qu'une filiale d'Hydro-Québec; TM4 avait développé le moteur-roue? Moteur qui aurait pu être alimenté par ce bloc patrimonial que nous cédons à des compagnies qui l'utilisent, et se retournent sans payer le moindre sou d'impôt. Manifestement, c'est un échec.

Mais attendez un instant, est-ce que c'est nous collectivement qui avons échoué? Ne serait-ce pas plutôt les pétrolières qui ont réussi à nous convaincre, par des promesses d'investissements non tenues (raffineries dans l'Est de Montréal) de laisser tomber nos aspirations de réduire l'émission de gaz à effet de serre (GES)?

Fort possible, non?

Imaginez-nous, instigateurs d'investissements majeurs de l'État dans le transport plus vert et le développement durable. Pour ensuite transporter notre expertise et notre savoir partout ailleurs et fonder des entreprises comme Tesla Motors ou Saphon.

Cela nous rapprocherait beaucoup plus de notre nécessaire cure de désintoxication à la pétrodépendance.

Est-ce un manque de volonté politique? D'investissements dans les énergies vertes? Un résultat du désengagement de la part de l'entreprise privée?

Je dirais un peu des trois.

Mais vous allez me dire : pourquoi?

A) Dans un premier temps parce que la logique électorale selon laquelle la population vote est en fonction d'un mandat bien déterminé de quatre ans, ce qui nous piège dans l'intérêt immédiat. L'imputabilité est une règle qui s'estompe rapidement quand le gouvernement change. En ce sens qu'après le "détrônement" d'un gouvernement, celui-ci n'est pas réellement responsable de l'incidence de ses choix.

Il n'y a qu'une façon de faire en sorte que l'imputabilité suive après une défaite électorale : internaliser les effets à long terme d'une politique économique, de gestion des ressources naturelles et de l'environnement. C'est probablement la chose la plus difficile dans une structure qui privilégie la privatisation du profit et la socialisation des pertes. Le coût des inégalités est trop important pour que nous ne l'internalisions pas.

B) En ce qui concerne l'investissement direct privé, il est en chute libre depuis un bon moment déjà. Comme le déclarait l'ex-directeur de la banque du Canada, il y a maintenant près de 600 Milliards qui dorment dans les coffres de l'entreprise privée. Et ce, malgré le schème de taxation parmi les plus avantageux du G7.

Il est primordial, pour que les entreprises privées se mettent à investir ce 600 Milliards, que le gouvernement impose la transition nécessaire vers une économie verte. Mais comment faire? Soit en ponctionnant plus dans les industries à hautes émissions comme l'industrie pétrolière et gazière, ou simplement internaliser les coûts environnementaux par des moyens comme une bourse du carbone ou un calcul du montant par tonne métrique, ou autre unité de mesure en fonction du type de pollution (je laisse cela à ceux et celles qui sont experts en matière de politique de l'environnement déterminer les unités à utiliser). Avec la délocalisation massive de nos emplois, occasionnée par la transformation à l'étranger de nos ressources brutes, nous sommes non seulement condamnés à la destruction de notre patrimoine environnemental, mais également au chômage et à une croissance de notre déficit commercial.

Étant donné l'absence d'internalisation des coûts environnementaux, les actionnaires obtiennent un manège gratuit vers la rentabilité, sur le dos de notre environnement et de notre patrimoine. Pendant ce temps, les industries à faibles émissions n'ont aucun incitatif pour les récompenser de leur efficacité énergétique et leur faible niveau d'émission.

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Des scènes de Fort McMoney


C) Ajoutons que l'investissement dans les énergies propres est stagnant, et bien en deçà de celui qui s'apparente aux énergies fossiles, qu'il soit public ou privé.

En vérité, l'investissement public direct est au neutre. Les compressions conservatrices ne nous permettent non seulement pas d'aspirer à sortir du modèle pétrolier, mais favorisent notre dépendance aux énergies fossiles, étant donné l'absence de nouveaux investissements en R&D. Les compressions dans les subventions à la R&D nous lient les mains au modèle archaïque de l'industrie lourde.

En ce qui concerne l'investissement provenant des caisses de retraites, plusieurs seront scandalisés d'apprendre que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ ) finance significativement le développement de corporations pétrolières qui sont les principales exploitantes des sables bitumineux. Elle appuie financièrement les entreprises qui spéculent sur le gaz de schiste. Les leviers publics d'investissement sont composés de fonds de pension comme celui de la fonction publique, les fonds de travailleurs et des autres fonds qui sont aussi d'importants bailleurs de fonds liés à l'exploitation des sables bitumineux.

Nos leviers publics ont déclaré que la pétrodépendance était la voie de l'avenir. À part quelques portefeuilles d'action qui semblent vouloir se démarquer en étant éthiquement responsables, nous sommes voués à la pétrodépendance dans les investissements.

On doit faire mieux, et rapidement.

L'aspect social de l'environnement ne suffira pas à convaincre tout le monde de la nécessité d'un virage vert, il doit être encadré d'une politique économique cohérente. L'investissement doit en être le vecteur le plus important.