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La peur de la diversité

12/09/2013 12:19 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

La présentation de la Charte des valeurs québécoises m'a laissé perplexe. Nous sommes plusieurs personnes à avoir écrit par rapport à celle-ci, mais, en tant que Québécois, ça me répugne, sans mentionner les 10 millions qui seront dépensés en propagande blanche. Juste une affaire, mon nom n'est peut-être pas comme les autres, mais j'ai bien appris l'histoire de cette belle province. En passant par l'acte de 1774, la révolte de 1838, ce phénomène du XXe siècle qui donna naissance aux révolutionnaires tranquilles, sur Lévesque, Parizeau et son vote ethnique qui m'ont fait rire (car on peut aussi parler de l'ethnie francophone!), ainsi que Trudeau avec sa nuit remplie de couteaux. Je suis fier de me sentir, et d'être, Québécois.

Le Québec est une province, qui sait... peut-être un pays un jour, mais ce territoire n'est pas isolé du phénomène de l'immigration. Déjà là, les premiers sont arrivés en 1534. Aujourd'hui, les choses vont plus vite, ce ne sont plus des bateaux qui arrivent sur nos côtes. Nous sommes en 2013 et le Québec, comme la Colombie (car j'ai deux endroits que j'appelle « chez nous »), se voit touché par la diversité culturelle et sociale. Cela veut dire que nous avons à vivre ensemble. Souvent, on se le fait dire... à Rome, on fait comme les Romains. Dommage, la réalité est la négociation des rapports sociaux et une culture qui ne peut pas changer intérieurement à travers le temps, malheureusement, est condamnée à mourir dans son enfermement.

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Ladite Charte est un exemple de négation de cette réalité. Sans oublier qu'un État peut exister, clairement, avec une laïcité ouverte et prouver que la diversité ethnique dans son territoire peut devenir un facteur d'identité. Avez vous déjà entendu parler d'États plurinationaux? Moi, oui : la Bolivie en est un. Il y a des exemples, aussi, d'États qui surpassent le réflexe ethnocentrique de protéger leurs valeurs traditionnelles et leur religion majoritaire, comme, par exemple la Colombie. La constitution de 1886 s'est concentrée à garder le point de vue des majorités. Cependant, en raison de l'arrivée de plusieurs immigrants et la déjà présente diversité ethnique, l'article 19 de la constitution colombienne de 1991 nous affirme :

« Il est garanti la pleine liberté de culte. Toute personne possède le droit à professer librement sa religion et à la diffuser de façon individuelle ou collective.

Toutes les confessions religieuses et églises sont également libres devant la loi. » (Article 19 de la constitution de la Colombie de 1991, traduction libre)

Je m'attends à des commentaires sur cet exemple. De toute façon les modèles que l'on peut prendre en exemple ne sont qu'états-uniens ou européens. Nous avons un monde rempli d'idées et de philosophies qui sont inconnues à mes deux « chez-nous ». J'ai déjà critiqué la charte colombienne au niveau de l'éducation, avec des idées acquises ici. Alors, pourquoi ne pas faire l'inverse aussi? Je reprends mon point. Cet article nous montre un modèle d'état laïc qui suit le pluralisme religieux. Comment expliquer un État laïque qui, dans ses actions, laisse une liberté plus grande à la diversité de cultes et de croyances dans son territoire? Et bien, je vais vous citer l'une des différences fondamentales avec la charte des valeurs québécoises, qui contredit l'idée même de laïcité et de neutralité par l'existence des deux mots « valeurs québécoises ». Cela se résume par l'une des explications de l'article 19 de la constitution colombienne :

« La laïcité de l'État se détache alors de l'ensemble de valeurs, de principes et droits contenus dans la constitution. En effet, un État qui se définit ontologiquement pluraliste en matière religieuse et qui en plus reconnait l'égalité entre toutes les religions, ne peut en même temps consacrer une religion officielle ou établir la prééminence juridique de certaines croyances religieuses. Celui-ci est un État laïque. » (Corte Constitucional, sentence C-350 du 4 août de 1994, traduction libre).

Se détacher de l'ensemble de valeurs, des principes et des droits contenus dans la constitution, c'est prendre en compte une partie de l'origine judéo-chrétienne de nos lois et l'implication de valoriser ces normes, au détriment du restant des croyances, chose que la nouvelle charte ne fait pas.

Alors, je crois qu'une décision aussi délaissée, après 10 ans de vivre dans ces terres, me déplait. Cela me confirme que nous laissons la peur nous mener. Que « le jaunisme » journalistique de certaines chaines télévisées et radiophoniques nous convainc. On ne fait pas la différence réelle entre un accommodement raisonnable et un accord entre deux personnes (l'exemple de la fameuse cabane à sucre, un accord entre le propriétaire et un client). Je crois que cette chose sur laquelle la majorité se trompe, et oui... une démocratie n'est pas et ne doit pas être la tyrannie de la majorité, car, historiquement, nous avons eu des mauvais coups faits par « la majorité ». Qu'elle soit silencieusement utilisée pour essayer de gagner des votes, pour « la libârté » ou peu importe la cause. Nous devons faire écoute de ce que les minorités proposent et non s'imposer à cause de notre nombre (je suis catholique, non pratiquant et critique de cette institution, mais j'y crois, à l'être que l'on appelle Dieu, Yavhé ou Allah. Statistiquement parlant, je suis dans ladite « majorité »).

Pour moi cette charte n'est qu'une stratégie de populisme xénophobe, car le PQ ne peut plus parler d'un ennemi politique comme les carrés rouges. Alors... attaquons ce qui nous semble être bon pour convaincre « la majorité »! Tout ce qui est « différent » ou ce qui est « l'autre »... Pourtant, ce sont aussi des êtres humains et des Québécois et Québécoises, comme vous et moi.

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Les réactions à la présentation des principes de la Charte des valeurs