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Se prostituer, ce n'est pas seulement écarter les cuisses

01/12/2013 09:44 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

Alors que les députés français débattent d'un projet de loi visant à pénaliser les clients des prostituées, le HuffPost France a publié les blogues de deux escortes. La prostitution n'ayant pas de frontières, le HuffPost Québec les publie à son tour.

Manon a 26 ans et elle se prostitue depuis cinq ans à Toulouse et dans sa région. Désormais porte-parole du Strass (Syndicat du travail sexuel), elle s'oppose à la proposition de loi débattue à l'Assemblée nationale qui entend pénaliser le client des prostitué(e)s.

Je n'ai jamais eu une vision misérabiliste de la prostitution et c'est pendant mes études d'infirmière que j'ai commencé à m'y intéresser. Parce que, à un moment, vous vous dites: je suis obligée de travailler pour gagner ma vie et il n'y a pas de raisons de s'interdire de le faire de cette manière. Au début, j'ai regardé ça de loin puis finalement, à 21 ans, je me suis décidée à publier une annonce sur un site d'escortes. C'était avant la fin de l'année scolaire.

J'ai eu des réponses assez rapidement, mais je voulais me laisser le temps de choisir mon premier client. Je voulais quelqu'un que je sente au téléphone. Entre temps, les vacances se sont passées et finalement, j'ai rencontré un homme dans un hôtel pour une heure, une heure et demie. Il devait avoir la quarantaine. J'ai gagné 200 euros (environ 290 dollars).

Quand vous débutez, comme dans n'importe quel métier, vous vous dites que la prochaine fois sera mieux. Je pense aux questions de sécurité, aux sujets qu'il faut ou non aborder ou à des choses très pratiques comme savoir faire des massages. Ce sont des choses que l'on apprend au fur et à mesure. Je me souviens que la première fois, j'ai trouvé dommage de ne pas avoir pu parler avec mon client, de ne pas avoir pu le découvrir. Maintenant, j'essaie d'aller boire un verre avec eux avant. Mais pas souvent dans des endroits luxueux. Je n'ai jamais eu une vision de ce métier à la Pretty woman, donc avoir des rendez-vous au Formule 1 ou à l'Etap' Hotel ne m'a jamais dérangé. Après je ne crache pas sur une belle chambre et une grande baignoire, mais je me fous que mon client ait plein de thunes ou qu'il n'en ait pas. Le principal, c'est que je me sente en sécurité. C'est pourquoi il m'est arrivé plusieurs fois d'aller au domicile du client. Mais je ne l'ai jamais fait chez moi.

Pendant mes études, le nombre de passes était en fonction des appels que je recevais et de mes disponibilités. Quand j'étais en stage, par exemple, il m'arrivait de passer un mois sans voir personne. Mais durant cette période, cette activité m'a permis de payer assez facilement mon loyer et tout le reste. Ensuite, avec la prostitution, je gagnais assez bien ma vie pour me consacrer bénévolement à des associations ou à des causes qui me tiennent à cœur. Les mois où je carburais, je pouvais gagner jusqu'à 4 000 ou 5 000 euros (environ 5 760 ou 7 200 dollars) et en moyenne ça tournait entre 2000 et 3000 euros (environ 2 880 et 4 320 dollars). Aujourd'hui, je suis plus occasionnelle, car j'ai un travail rémunéré à côté.

De manière générale, je n'aime pas trop avoir plusieurs clients par jour. Je ne le fais qu'avec des habitués, car je préfère avoir toute ma tête et ne pas être trop fatiguée pour me consacrer à eux. Parce que vous pouvez penser que la prostitution, c'est juste écarter les cuisses et se laisser faire, mais ce n'est pas mon avis. Je prends un grand plaisir à détecter chez mes clients ce qui ne va pas chez eux pour tenter de comprendre comment je peux les aider. Certains, même si je ne les voyais qu'une fois, on continuait à s'échanger des SMS.

En tous cas, j'ai toujours été naturelle avec mes clients. Et je ne suis pas de celles qui disent: la prostitution, c'est mon travail, je m'interdis de prendre du plaisir et je garde ça pour mon compagnon. Au contraire, je considère que mon boulot doit être agréable. Plusieurs fois, j'ai été payée juste pour jouir et il n'y a même pas eu de pénétration.

Quant à mes proches, jamais je ne leur ai caché ma profession. À aucun de mes compagnons non plus, parce que je suis fière de cette activité et je suis fière de ce que je suis. Aujourd'hui, j'ai 26 ans, et je continuerai aussi longtemps que ça me plaira. Je n'ai pas de date de péremption! Et même avoir des enfants ne me pose pas de problèmes. Faire ce métier ne fait pas de nous des mauvaises mères.

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