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Festival de Cannes: le retour en force des Dardenne et le beau rien de Lafleur

21/05/2014 08:51 EDT | Actualisé 21/07/2014 05:12 EDT

Deux fois lauréats de la Palme d'or, en 1999 pour Rosetta et en 2005 pour L'enfant, Luc et Jean-Pierre Dardenne pourraient-ils devenir les premiers cinéastes à mériter une troisième fois le prix de plus convoité au Festival de Cannes? S'ils n'accomplissent pas cet exploit, il y a de fortes chances de retrouver leur beau drame social porteur d'espoir Deux jours, une nuit rafler de grands honneurs lors de la cérémonie de clôture.

Bouleversante dans le rôle d'une femme dépressive luttant pour préserver son emploi et ainsi garder sa dignité, Marion Cotillard pourrait tout aussi bien être couronnée meilleure actrice de cette 67e édition dont la compétition se corse lentement, mais sûrement. Tourné en plans-séquences, où l'on suit à distance l'opiniâtre héroïne, Deux jours, une nuit traite avec une sobriété exemplaire des répercussions socio-économiques dans les milieux populaires.

Bel accueil pour Tu dors Nicole à la Quinzaine des réalisateurs

Après être passé par Venise en 2007 avec Continental, un film sans fusil et par Berlin en 2011 avec En terrains connus, pour lequel il y a remporté le prix œcuménique, Stéphane Lafleur a vu son nouvel opus, Tu dors Nicole, chaleureusement accueilli par le public à la Quinzaine des réalisateurs.

Bénéficiant de la magnifique photo noir et blanc de sa fidèle complice Sara Mishara, Tu dors Nicole met en scène une jeune femme et sa meilleure amie (Julianne Côté et Catherine St-Laurent) qui voient leur été paisible quelque peu chamboulé par l'arrivée du frère de Nicole (Marc-André Grondin), guitariste au sein d'un band, son bassiste (Simon Larouche) et son batteur (Francis La Haye). À son grand dam, Nicole est aussi courtisée par le jeune garçon qu'elle garde (Godefroy Reding), qui croit avoir des chances puisqu'il a mué prématurément - la cocasserie irrésistible des dialogues lors de ces scènes ont par ailleurs récolté plusieurs fous rires.

« Je n'ai pas écrit le film en pensant au noir et blanc, racontait Lafleur à quelques jours de son départ. En cours d'écriture, Sara m'a apporté quelques livres de photo qui pourraient représenter ce dont je lui avais parlé. Parmi ces livres, il y en avait un de Robert Adams avec des paysages de banlieue en noir et blanc la nuit. Ces images exprimaient vraiment un sentiment que je voulais retrouver dans le film.  L'un de mes films importants, c'est Strangers in Paradise de Jarmusch; c'est sûr que même n'ayant pas pensé le film en noir et blanc, il y avait une excitation de le faire quand l'idée a germé. Faisant un film avec des personnages au début de la vingtaine, je ne voulais pas que ça ait l'air d'un film de jeunes dans la vingtaine en 2014; c'est une idée du début de la vingtaine qui pourrait ressembler à la mienne, à la tienne et à celle d'un jeune aujourd'hui. Le noir et blanc venait donner une intemporalité dans tout ça. »

Nuits d'été en banlieue

À l'instar d'En terrains connus, Tu dors Nicole traite d'une relation entre une femme et son frère; alors que leurs parents sont en vacances, ils se retrouvent seuls dans la maison de leur enfance. Entre Nicole et son frère, la dynamique rappelle davantage celle entre deux enfants qui se chamaillent plutôt qu'à celle entre deux adultes responsables. En fait, tous deux ne sont pas très loin des personnages d'adulescents rencontrés dans les romans de Ducharme.

« L'histoire de base, c'est vraiment celle des deux amies. Le frère vient se mêler à tout ça, mais lui aussi vit des problèmes avec son band. Je pense que la qualité d'interprétation de Julianne et de Marc-André et la chimie entre eux ont accentué leur lien, le rendant plus fort parce que bien incarné. Le but de parler du début de la vingtaine, où on est entre deux chaises, entre deux eaux, c'est de montrer que les premières fois sont toutes réglées et en même temps, qu'on ne sait pas ce qu'on va faire dans la vie même si on a des responsabilités d'adultes, comme avoir un appartement ou une carte de crédit. J'avais envie de mettre ces filles en opposition avec des gars au début de la trentaine, qui ont un band qui n'a jamais vraiment levé, car leur façon de vivre le rêve n'est plus la même. »

Après la lumière automnale de Continental, un film sans fusil et celle, hivernale, d'En terrains connus, c'est une lumière estivale qui baigne la banlieue où se déroule le récit de cette jeune insomniaque qui rêve d'aller en Islande pour aller ne rien y faire, faire « un beau rien », dira-t-elle à son entourage. À travers les déambulations nocturnes de Nicole, la tendre poésie de l'absurde propre à Lafleur prend toute son ampleur.

« La banlieue est un lieu qui permet plus d'espace; ça pourrait se dérouler en ville, mais quelque chose manquerait. Je me fais taxer de juger et de commenter la banlieue, mais pour moi, c'est juste un décor anonyme. Le personnage de Nicole étant insomniaque, ça ouvrait tout un monde nocturne, une grande part d'onirisme. On dirait que de film en film, ce ton absurde devient de plus en plus accessible pour je ne sais quelle raison, peut-être à cause de la nature des personnages, de ce qu'ils vivent, comme la déception et la trahison », conclut Stéphane Lafleur.

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