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Festival de Cannes : Bonello relève la compétition

17/05/2014 07:06 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

Aucun coup de foudre jusqu'à maintenant dans cette sélection officielle qui se révèle trop peu relevée. À quand un Ruban blanc, un Amour ou une Vie d'Adèle? Ne perdons pas espoir puisque les Cronenberg, Dolan, Miller, Loach et Dardenne seront au rendez-vous dans les prochains jours. Pour l'instant, c'est Nuri Bilge Ceylan qui mène la course à la Palme d'or avec Winter Sleep.

Quelques mois après la sortie en France d'Yves Saint Laurent de Jalil Lespert (en salle le 15 août au Québec), lequel relatait la belle histoire d'amour entre le grand couturier et Pierre Bergé (Pierre Niney et Guillaume Galienne), voici donc Saint Laurent de Betrand Bonello (L'Apollonide). Plus audacieux et moins grand public que celui de Lespert, ce biopic relègue Bergé (Jérémie Renier) au second plan au profit de la déchéance du grand couturier (Gaspard Ulliel, aussi bluffant dans ce rôle que Niney), de ses sorties en boîte avec la mannequin Betty Catroux (Aymeline Valade) et la créatrice de bijoux Loulou de la Falaise (Léa Seydoux), ainsi que sa liaison sulfureuse avec le dandy Jacques de Bascher (Louis Garrel), de 1967 à 1976.

Hypnotique incursion dans la psyché d'un génie vulnérable et torturé, Saint Laurent bénéficie d'une direction artistique qui fait honneur au sens du détail et au souci de perfection du créateur du parfum Opium. Par moments, l'ensemble devient certes lassant tant les personnages papillonnant autour de Saint Laurent paraissent vains et superficiels. Trop longtemps, le personnage central lui-même demeure hermétique, inatteignable. Puis, la magie opère, la poésie prend du terrain, et lorsqu'au dernier acte Bonello rend hommage à la célèbre collection de 1976, où YSL exprimait sa fascination pour la culture berbère (le couturier est né à Oran), le metteur en scène va jusqu'à emprunter à Mondrian, l'une des sources d'inspiration de Saint Laurent, pour relever la beauté des textures et des couleurs. Il ne serait pas étonnant que Bertrand Bonello reçoive un prix des mains d'un des membres du jury.

Nous ne parierons cependant pas sur la présence de Le meraviglie (Les merveilles) d'Alice Rohrwacher, l'une des trois femmes en compétition de cette 67e édition. De fait, il n'y a pas de quoi émerveiller grand monde dans cette histoire d'apiculteur obsédé par la fin du monde (Sam Louvyck) qui élève ses quatre filles à l'écart de la société, au grand dam de sa femme (Rohrwacher). Grâce à sa rencontre avec l'animatrice d'un concours télévisé de produits du terroir (Monica Bellucci), l'aînée Gelsomina (Alexandra Lungu) prendra en main le destin de sa famille.

Qu'est-ce qui a bien pu faire craquer le comité de sélection dans ce film brouillon, qui cherche son ton sans réellement le trouver, avec ses personnages impénétrables, grossièrement esquissés et sa mise en scène peu inspirée? Une chose est sûre, les huées se font fait davantage entendre que les applaudissements à la fin de la projection.

Sensible réflexion sur le deuil à Un Certain Regard

Présenté en deux volets l'an dernier au Festival International du Film de Toronto, The Disappearance of Eleanor Rigby, premier long métrage de Ned Benson, met en scène Jessica Chastain et James Mcavoy, qui forment l'un des plus charmants couples vus récemment au grand écran. Or, si les premières images nous les montrent filant le parfait bonheur, bientôt un tragique événement viendra bousculer leur destin.

Alternant allègrement d'un registre à l'autre, de la comédie romantique au drame conjugal, en passant par le « buddy movie », The Disappearance of Eleanor Rigby propose une sensible réflexion sur le deuil et sur ses répercussions dans l'entourage des endeuillés, tout en brossant un touchant portrait de femme ainsi qu'un tableau plutôt juste des difficultés de la trentaine. Bien que les personnages secondaires paraissent trop peu à l'écran, ceux-ci sont incarnés par une éblousissante distribution : William Hurt, Isabelle Huppert, Ciaran Hinds et Viola Davis. Décidément, Un Certain Regard n'a pas fini de ravir.

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