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2016: une année politique exceptionnelle dans les Amériques

10/12/2016 08:24 EST | Actualisé 10/12/2016 08:24 EST

De la destitution de la présidente Dilma Rousseff au Brésil à la victoire de Donald Trump aux États-Unis en passant par le référendum en Colombie, l'année 2016 dans les Amériques a été marquée par des évènements politiques d'une ampleur historique. Entre les reculs de la gauche en Amérique du Sud, le relatif statu quo en Amérique centrale et la probable réorientation de la diplomatie de la Maison-Blanche - qui suscite l'inquiétude de bon nombre de Latino-Américains - nous assistons vraisemblablement à une reconfiguration politique de la région.

La gauche en eaux troubles en Amérique du Sud

L'un des faits les plus marquants cette année en Amérique du Sud aura été l'impeachment de la présidente Dilma Rousseff. Après un long processus de destitution, celle qui avait succédé à Lula en 2010 avant d'être réélue en 2014 a été contrainte de quitter le pouvoir et de céder sa place à son vice-président, Michel Temer. Au-delà du bouleversement de la vie politique que cette destitution a occasionné, le départ de Dilma Rousseff ainsi que l'affaiblissement de son parti, le Parti des travailleurs (PT), illustrent la situation difficile de la gauche dans la région. Après le retour au pouvoir de conservateurs au Paraguay en 2013 puis en Argentine en 2015, c'est donc au tour du Brésil de connaître une alternance politique.

Ainsi, près de deux décennies après qu'une vague progressiste ait déferlé sur l'Amérique du Sud, la gauche semble nager en eaux troubles dans la région. Si elle est encore au pouvoir en Bolivie, en Équateur, en Uruguay et au Chili, elle traverse des moments plus difficiles au Venezuela, où le gouvernement de Nicolas Maduro a perdu sa majorité au parlement en 2015, alors qu'il doit gérer une crise économique et politique sans précédent.

Au Pérou, le candidat du parti de centre droit, Peruanos Por el Kambio, Pedro Pablo Kuczynski, a remporté l'élection présidentielle devant Keiko Fujimori, dont le parti également de droite, Force populaire, est majoritaire au Congrès. Ce changement de l'échiquier politique dans plusieurs pays n'a pas été sans conséquence sur le plan régional, comme le montre la crise institutionnelle que connaît le Marché commun du Sud (Mercosur) depuis quelques mois à travers le différend entre le Venezuela et les autres pays du bloc concernant la présidence tournante.

Bolivie et Colombie : une histoire de référendum

En plus des élections, des référendums importants ont eu lieu en Amérique du Sud. En février, la Bolivie a organisé un référendum constitutionnel dont l'objet était de permettre ou non au président Evo Morales de briguer un quatrième mandat à l'occasion des élections qui se tiendront en 2019. La proposition a été rejetée par près de 54 % des électeurs et, d'ici les prochaines élections présidentielles, le parti au pouvoir - le Mouvement vers le socialisme (MAS) - et l'opposition auront fort à faire pour trouver un successeur potentiel à Evo Morales, qui dirige le pays depuis 2006.

La Colombie a également tenu, le 2 octobre dernier, un référendum populaire visant à valider l'accord de paix signé le 26 septembre entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). L'organisation du référendum n'était pas obligatoire, mais il s'agissait pour le président Juan Manuel Santos d'avoir l'approbation de la population concernant cet accord, qui venait mettre un terme à plus d'un demi-siècle de conflit armé en Colombie. Contre toute attente, l'accord de paix a été rejeté et les deux parties ont dû en revoir le contenu. Un nouvel accord a été signé le 24 novembre dernier avant d'être ratifié par le Congrès, une semaine plus tard. Ceci permet donc à la Colombie d'entamer la voie d'une réconciliation nationale, qui s'annonce toutefois périlleuse.

Continuité en Amérique centrale et dans les Caraïbes

Trois scrutins majeurs ont marqué l'Amérique centrale et les Caraïbes. D'abord, en République dominicaine, le président sortant, Danilo Medina, a été réélu en mai dernier avec près de 62 % des voix. Élu pour la première fois en 2012 pour un mandat non renouvelable, Danilo Medina a pu se présenter aux élections de 2016 grâce à une réforme constitutionnelle effectuée en 2015. C'était la première fois que l'élection présidentielle se déroulait en même temps que les élections législatives et municipales et le parti au pouvoir, le Parti de la libération dominicaine (PLD), a remporté la majorité au parlement.

On a assisté à un scénario semblable au Nicaragua, où le président Daniel Ortega a été réélu pour la troisième fois consécutive à l'issue d'un scrutin auquel les observateurs indépendants n'ont pas été conviés et qui a été qualifié de farce par des membres de l'opposition. Le chef du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) n'a pas eu de réel adversaire puisque le Parti libéral indépendant (PLI), qui est le principal parti d'opposition, est embourbé dans une crise de direction depuis des années en raison d'une lutte pour diriger le parti entre Pedro Reyes et Eduardo Montealegre. Ce dernier a cependant été écarté de la course présidentielle à la suite de la décision de la Cour suprême de justice de lui retirer la représentation légale du PLI au profit de Pedro Reyes. M. Reyes a ensuite demandé et obtenu du parlement la destitution de 27 autres députés du PLI - en plus d'Eduardo Montealegre -, car ils ne respectaient pas sa légitimité comme leader du parti. C'est donc avec plus de 72 % des voix que Daniel Ortega a été réélu et il a choisi pour vice-présidente son épouse, Rosario Murillo. Au-delà des multiples contestations sur le déroulement du scrutin, la victoire du ticket présidentiel Ortega-Murillo suscite la crainte de l'instauration d'une dynastie familiale similaire à celle des Somoza, qui ont dirigé le pays pendant plus de 45 ans. En outre, les enfants du couple présidentiel occupent déjà des postes stratégiques dans l'appareil étatique et les grands groupes de communication du pays.

Enfin, la reprise du premier tour de l'élection présidentielle en Haïti s'est tenue le 20 novembre dernier. Initialement prévue le 9 octobre, cette élection a été reportée à la suite du passage de l'ouragan Matthew qui a frappé l'île quelques jours auparavant. Les résultats préliminaires publiés par le Conseil électoral provisoire (CEP) suggèrent que le candidat du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), Jovenel Moïse, mène largement avec près de 55 % des voix. Son principal opposant, qui est arrivé deuxième position avec 19 % des voix, Jude Célestin, conteste les résultats et dénonce des fraudes massives. En 2015 déjà, Jovenel Moïse avait devancé son adversaire au premier tour avant que le scrutin ne soit annulé par le CEP en raison de nombreuses irrégularités alléguées.

Donald Trump à la Maison-Blanche : l'Amérique latine anxieuse

La victoire de Donald Trump a certainement été l'évènement le plus marquant dans les Amériques et dans le monde en 2016. Le candidat républicain n'était évidemment pas le candidat « préféré » des chancelleries latino-américaines au vu de son programme anti-immigration et protectionniste ainsi que de ses déclarations déplacées, notamment envers les Mexicains. Les relations entre l'Amérique latine et le grand voisin du Nord n'ont jamais été faciles, mais elles ont connu une certaine accalmie sous Barack Obama et toute la question est désormais de savoir l'orientation que donnera la nouvelle administration américaine à sa politique étrangère en Amérique latine. On peut penser entre autres au rapprochement avec Cuba, à la coopération économique et commerciale, à la crise au Venezuela, et bien sûr, à la question de l'immigration.

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