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Le scandale sexiste de la couche pour adultes

Ce jour-là j’ai eu la confirmation que le corps médical méprisait notre corps à nous, les femmes.

09/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 09/08/2017 09:00 EDT
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Une femme sur trois est concernée par l’incontinence urinaire, les hommes, pour des raisons anatomiques, sont deux fois moins nombreux.

Lorsque j'étais enceinte de ma dernière fille, je me souviens des mots de cette sage-femme très sage concernant l'incontinence urinaire. C'est à l'occasion d'une séance mémorable de préparation à l'accouchement en piscine, alors que j'avais la tête entre les genoux de ma voisine, mon gros ventre en l'air et une frite-nouille sous les épaules, qu'elle s'est mise à nous parler de pipi : « Laquelle d'entre vous a déjà eu des petites fuites? » À l'instar de mes copines, j'aurais bien levé la main, mais j'aurais alors lâché la frite-nouille, ce qui aurait déstabilisé la propriétaire des genoux sur lesquels je me reposais, et provoqué une réaction en chaîne, plongeant alors la majestueuse chenille et que nous formions en débandade sans nom. « Les fuites urinaires ne sont pas une fatalité », nous a-t-elle alors sorti d'une voix forte et assurée. « Porter des couches lorsqu'on est adulte est anormal. Ne croyez pas les publicités où l'on vous montre des femmes jeunes et actives, heureuses de porter des culottes d'incontinence. Aujourd'hui, des solutions existent et se pisser dessus n'en est pas une! » C'était une sage-femme très sage et militante.

Évidemment, je ne m'étais jamais projetée à cette étape de ma vie où je devrais me résoudre à échanger mes serviettes périodiques pour des couches, et à vrai dire, je n'osais même pas l'imaginer. À trente-cinq ans, on ne pense pas à la dégénérescence, surtout lorsqu'on attend un enfant. Alors j'ai rangé ces paroles quelque part, dans un tiroir de ma mémoire, et j'ai poursuivi ma route.

La culotte d'incontinence est la marque du mépris des médecins envers les femmes.

Plus tard, au cours de ma carrière, j'ai eu l'occasion de me rappeler ces mots. Je m'occupais d'une ressource d'hébergement pour personnes vivant avec des problématiques psychiatriques et l'une des résidentes, une femme de quarante-deux ans, était venue se confier à moi, car elle éprouvait depuis quelques semaines des difficultés liées à l'incontinence urinaire : elle avait des fuites. Immédiatement, je lui ai pris rendez-vous chez le médecin, pensant naïvement que celui-ci investiguerait ou l'enverrait vers un urologue. Elle est revenue avec une prescription pour des couches! Pas d'auscultation, pas d'examen, pas de référence vers un spécialiste. Vous faites pipi dans votre culotte, madame? Eh bien portez des couches... Elle a pris la nouvelle avec fatalité et résignation, comme si, à quarante-deux ans, le temps était venu. J'ai beaucoup moins bien réagi. Ce jour-là j'ai eu la confirmation que le corps médical méprisait notre corps à nous, les femmes.

Cette petite fuite qui rapporte gros

Une femme sur trois est concernée par l'incontinence urinaire, les hommes, pour des raisons anatomiques, sont deux fois moins nombreux. La fuite urinaire est donc, avant tout, un problème de femmes, quel que soit leur âge. C'est aussi un marché très lucratif de près de 8.5 milliards de dollars américains dont la croissance, évaluée entre 5 à 7%, suit de près l'évolution démographique des pays industrialisés. Bref, la couche pour adulte rapporte très gros à quelques géants comme la société SCA dont la marque la plus connue est Téna et qui affiche un chiffre d'affaires global (toutes marques confondues) de plus de 10 milliards de dollars américains.Le scandale sexiste de la couche pour adultes.

Nos petites fuites sont si lucratives pour l'industrie de l'incontinence, on pourrait presque penser que l'appât du gain a fortement influencé la banalisation de la couche pour adultes.

Nos petites fuites sont si lucratives pour l'industrie de l'incontinence, on pourrait presque penser que l'appât du gain a fortement influencé la banalisation de la couche pour adultes. D'ailleurs, c'est le message que véhiculent les publicités pour ce type de produits. On y voit des femmes actives, entre quarante et cinquante ans, qui travaillent, font du sport, vont au théâtre, au restaurant, ont des rendez-vous galants. Elles sont fières et heureuses de vous confier leur secret : elles portent des couches. Mais, chut! Ne le dites à personne...

Refusons la banalisation de la couche

Comme le disait si bien ma sage-femme très sage, se faire pipi dessus n'est absolument pas banal ni normal. Comment peut-on se sentir bien lorsque nous craignons la fuite à chaque instant? Comment concilier cet accessoire anti-érotique qu'est la culotte absorbante, aussi invisible ou soi-disant sexy soit-elle, avec une vie sentimentale? Comment continuer de sourire à son interlocuteur quand on sent que ça coule?

Les solutions existent pour remédier à ce problème (rééducation, opération). À part pour enrichir des sociétés déjà milliardaires, il n'existe aucune raison valable d'accepter de vivre le reste de sa vie avec cet inconfort et quoiqu'on en dise, ce sentiment de honte. La première démarche est d'en parler à un médecin et s'il vous tend une prescription de couches, ne vous laissez pas faire, réclamez les soins auxquels vous avez droit. C'est en nous indignant contre l'inacceptable que nous conserverons notre dignité!

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