LES BLOGUES

Le retour du «poison identitaire»

30/11/2016 08:30 EST | Actualisé 30/11/2016 08:30 EST

Tu me dis que tu es Québécois. Tu t'empresses d'ajouter que...« tu en es fier! » Tu me dis que tu es fier d'être Montréalais; que tu as le Canadien de Montréal tatoué sur ton corps! Et... je le vois, je te crois!

Ta fierté, elle suinte de tes mots, de tes yeux, de tes pores. Ta fierté, elle éclabousse, elle tache! Elle me rappelle celle d'autres gens, rencontrés ailleurs, dans d'autres quartiers, dans d'autres villes, d'autres pays, d'autres continents.

Une fierté qui déborde; une fierté incontinente

Et moi?! Je me sens seul! Si seul! Terriblement seul!

Moi l'étranger ! Moi l'étrange! Moi, qui même au temps où je vivais dans ce lointain pays qui m'a vu naître, je ne comprenais pas que l'on puisse se dire fier d'être d'ici ou de là, d'être ceci ou cela, de posséder ceci ou cela, d'être comme ceci ou comme cela. De pousser la fierté à l'extrême jusqu'à se transformer en « monstre hooligan » ou encore, revêtir les idées, le costume et les actes d'extrémistes de tous acabits, de tous horizons... De partir en guerre!

Je suis celui qui dérange tous ces « fiers » qui ne comprennent pas que je ne sois pas, tout comme eux le sont, rangé, aligné. Ces bien-pensants qui n'acceptent pas que l'on ne soit pas « fier » comme eux le sont.

Je suis un de ces criminels qui rejettent les idées reçues, le conditionnement de masse, «l'effet tribu»! C'est vrai, je suis différent! Je n'en suis pas plus fier pour autant!

Moi l'étranger, je l'avoue: la «normalité imposée» me dérange

Je ne crie pas ma fierté d'être de tel ou tel pays, de telle ou telle couleur, telle ou telle condition physique et mentale, telle ou telle richesse, tel ou tel diplôme.

Je ne m'époumone pas pour une équipe sportive ou une autre; je vais même jusqu'à applaudir lorsque le «meilleur gagne» - qui que puisse être ce «meilleur» car le meilleur d'aujourd'hui, ne le sera probablement plus demain.

Mais dites-moi?! Pourquoi serais-je fier d'être né dans tel ou tel pays, d'avoir telle ou telle couleur de peau, d'avoir un quotient intellectuel plus élevé que celui d'un autre, une force physique plus grande, d'être plus beau, d'être plus riche, etc.

Si avant de naître, j'avais eu mon mot à dire à propos de mon lieu de naissance, si j'avais choisi mes parents, ma famille, ma condition physique et mentale, la couleur de ma peau, la religion de mes parents, mon hérédité, ma condition sociale ; alors, j'aurais pu dire : «Je suis fier de mes choix!»

Soyons sincères, soyons vrais! Qui d'entre nous a fait ce choix?!

Qui peut, sans mentir, répondre : « Moi! »

Toi qui es blanc, tu aurais pu naître noir, basané, rouge ou jaune!

Toi qui es voyant, tu aurais pu naître aveugle!

Toi qui as le cerveau qui fonctionne bien, tu aurais pu naître trisomique.

Toi dont la condition physique est excellente, tu aurais pu naître infirme.

Toi qui es beau (ou belle), tu aurais pu naître laid ou laide (selon les standards en vigueur dans ton pays, évidemment).

Toi qui es de bonne éducation, tu aurais pu naître dans une famille dysfonctionnelle; et tu en aurais gardé la trace en toi.

Toi qui es hétérosexuel, tu aurais pu naître homosexuel.

Toi qui es né homme, tu aurais pu naître femme.

Toi qui es né au Canada, tu aurais pu naître en Syrie, en Russie ou en Éthiopie.

Toi qui es chrétien (par le fait de tes parents et de ton pays), tu aurais pu naître bouddhiste, juif, hindouiste, musulman ou athée.

Toi qui es né, tu aurais pu ne jamais voir le jour!

Tu es fier me dis tu?! Mais pourquoi? De quoi?!

Comment peut-on être fier de ce que nous n'avons pas eu d'autre choix que d'accepter, de subir! Pourquoi alors s'accrocher à tout prix à une identité et jusqu'à quand?! Plus encore! Pourquoi rejeter l'identité d'autrui ou se sentir menacé par elle.

Je suis un «humain», je ne l'ai même pas choisi! Comment aurais-je pu le faire!?

Un humain, tout comme des milliards d'hommes, de femmes et d'enfants qui vivent quelque part sur notre Terre dans des conditions parfois inhumaines.

Qu'il me soit permis cependant de demander si certains d'entre nous ont gardé un peu d'humanité en eux.

Hum!! Ça sent le poisson pourri! L'odeur fétide du «poison identitaire».

Diviser à toujours été la règle pour ceux qui veulent régner! Et tant pis s'il y a des dommages collatéraux. Chez ces gens-là, la fin justifie les moyens.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

25 raisons pour lesquelles on aime le Québec

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter