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La liberté et la culture québécoise

Publication: 13/02/2012 04:30

La Charte de la langue française est aujourd'hui le plus important symbole culturel de notre affirmation. Et comme le Dr Camille Laurin le disait : « Nos enfants se rappelleront toujours ce moment de mutation et de cristallisation où notre peuple s'est à la fois retrouvé et transformé, où il a repris possession à la fois de sa langue et de son pays, où il a vibré collectivement à l'évocation d'un passé où il se racine et d'un avenir où il se projette ».

Le Dr Laurin dira plus tard : « Je ne voulais pas une loi ordinaire, mais une loi qui s'inscrive dans l'Histoire, qui en reprenne le fil pour réparer toutes les blessures, toutes les pertes subies par suite de l'occupation militaire, économique et politique. Je voulais faire une loi qui répare, qui redresse et qui redonne confiance, fierté et estime de soi à un peuple qui tenait à sa langue, mais qui était devenu résigné et passif ».

Avec les écueils rencontrés depuis 1977, la Loi 101 a-t-elle remonté librement le cours du fleuve, comme l'avait par ailleurs anticipé le Dr Laurin?

Seul l'avènement d'un Québec libre permettra de rétablir la primauté du français, car quoiqu'on dise ou qu'on affirme, dans les faits, la langue française n'est pas la seule langue « officielle » au Québec. L'anglais a droit de cité et bénéficie de droits légaux devant les tribunaux ainsi qu'en toute matière concernant l'immigration, la radiodiffusion, les douanes, en d'autres mots, dans les matières qui relèvent du parlement fédéral.

Si l'esprit de la Charte de la langue française avait été conservé intégralement, les fruits attendus auraient été meilleurs. La Charte de 1977 a été d'une certaine façon «banalisée» puisque bon nombre de ses dispositions, dont celles concernant la langue d'affichage commercial, ont été invalidées par la Cour suprême du Canada. Quant aux critères d'accès à l'école anglaise, ils ont été remplacés par ceux de la Charte canadienne des droits et libertés, et ce, malgré l'opposition de l'Assemblée nationale du Québec, jusqu'à la capitulation récente de son gouvernement.

D'autre part, l'expression du Québec sur la scène internationale s'articule présentement, et ce souvent maladroitement, à travers le prisme, voire la censure, du gouvernement fédéral. Pensons à cet énigmatique accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne (AECG) négocié actuellement dans l'opacité avec des desseins plus ambitieux que l'ALÉNA et dans des domaines essentiels de compétences québécoises, notamment la culture et les services publics, lesquels seraient livrés à la logique du « libre marché » et soumis au pouvoir des investisseurs privés. C'est un dangereux précédent!

Pour l'heure, les outils culturels indispensables au Québec qui pourraient pâtir de cet accord sont entre les mains du gouvernement fédéral. Par exemple, le Conseil de la radiodiffusion et des communications canadiennes (CRTC) règne en maître et relève directement du Parlement fédéral (en se rapportant au Comité du Patrimoine) et n'a aucun compte à rendre, ni à l'Assemblée nationale du Québec, ni à son gouvernement légitime sur un sujet pourtant sensible comme celui des communications.

Par ailleurs, le Québec n'a pas droit au chapitre quant à l'octroi de subventions fédérales à ses artistes, artisans et institutions culturelles, puisque ce sont Téléfilm Canada et Le Conseil des arts du Canada qui détiennent, en partie, un droit de vie ou de mort sur la grande majorité des projets proposés par le Québec. Souvenons-nous notamment, en 2008, de la tentative d'adoption du projet de loi C-10 des conservateurs dans lequel une disposition relative aux crédits d'impôt accordait un pouvoir discrétionnaire au ministre de refuser l'agrément à une production cinématographique et des multiples coupures budgétaires récurrentes en culture qui illustrent bien le poids et la volonté moult fois exprimée du fédéral dans l'établissement des critères de sélection des œuvres qui mériteraient des subventions et de celles qui seraient exclues, et ce parfois, au détriment de la liberté fondamentale, de l'expression et de la création artistiques. Que dire aussi de la compétence exclusivement fédérale en matière de droits d'auteur, un domaine qui devient de plus en plus complexe avec les nouveaux médias?

Un Québec libre régira ses propres institutions culturelles, accordera ses subventions à la lumière de ses critères, en tenant compte des seuls intérêts québécois parfois diamétralement opposés à ceux des autres populations canadiennes orientées sur les cultures en provenance du monde anglo-saxon et surtout états-unien. Le savoir-faire et la réputation mondialement reconnus de nos artistes seraient beaucoup plus mis en valeur si le Québec agissait en toute liberté.

L'accession du Québec à une pleine liberté demeure certes une idée neuve, un véritable changement; pour nous, elle exige: cohérence, cohésion et courage. La liberté permettra à la culture québécoise de s'épanouir dans les teintes propres au Québec. Il négociera lui-même ses propres ententes.

 
 
 

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