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Et bec et ongles

29/09/2012 09:02 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST
PC/Radio-Canada.ca

Les Journées de la culture qui commencent aujourd'hui ont pour thème: « Participer, c'est défendre toute la culture». Voilà une phrase qui suscite la réflexion chez le nouveau ministre de la culture et des communications. Car, il s'avère que, par un drôle de hasard, je compte justement travailler à défendre toute la culture. D'emblée, j'ai l'intention de participer aux Journées de la Culture avec qui je partage les mêmes objectifs mais permettez-moi de m'attarder un instant sur cette notion de défense, car elle implique nécessairement une certaine menace, voire plusieurs.

À l'ère de la mondialisation, les cultures nationales doivent relever de nombreux défis afin de faire face au séduisant envahisseur américain. Tous, nous consommons des produits culturels américains: musique, cinéma, littérature, télévision. Pensons à Philip Roth, à Weeds, à Christopher Nolan ou à Louis C.K., pour ne donner que quelques noms. Nous sommes subjugués par l'audace, l'intelligence et les capacités d'une culture triomphante qui, avec le consentement de la planète entière, peut être diffusée partout. Ce n'est pas notre réalité et le combat entre David et Goliath n'aura pas lieu... parce que nous sommes différents et que notre création artistique est reconnue!

Défense et illustration de la culture québécoise

On a loué à de nombreuses occasions et avec raison les succès internationaux des La La La Human Step, du Cirque du Soleil, d'Arcade Fire, de Céline Dion, Robert Lepage et combien d'autres encore. En littérature, de Réjean Ducharme à Dany Laferrière, d'Anne Hébert à Kim Thuy, de Michel Tremblay à Wajdi Mouawad, nos écrivains et dramaturges sont lus et joués sur toute la planète. Mais au-delà de ces grands noms qu'on arbore comme des trophées et qui nous rendent fiers à juste titre, la culture québécoise c'est encore plus.

De fait, si j'ose m'avancer à la définir, elle est tout ce qui fait que plein de je disent nous. Elle est le ciment de notre société. La langue qu'on parle, les institutions qui nous gouvernent, les arts, l'environnement dans lequel nous évoluons, l'histoire et le patrimoine qui nous révèlent, les valeurs, les cordes sensibles, comme dirait Bouchard, voilà ce qu'est la culture. Le Boulevard Saint-Laurent à Montréal ou la Rue Sous-le-Cap à Québec, le Festival des Couleurs à l'automne, la voix de Richard Séguin ou de Leonard Cohen, les troubles de 37 et les casseroles du printemps dernier, le Refus Global et les éditoriaux d'André Pratte, la radio parlée de Québec ou celle de Le Bigot le week-end, la fresque de Jordi Bonet ou celles de Mont-Joli, le pâté chinois et les mets chinois, la culture québécoise a des milliers de déclinaisons.

Étant arrivé au Québec somme toute récemment, la culture québécoise a encore pour moi, un parfum d'exotisme, elle m'émerveille, me captive, me surprend toujours. C'est pourquoi je suis transporté de joie, de fierté et de frayeur face à la tâche tellement importante qui m'incombe de défendre ce trésor unique aux imperfections si émouvantes, aux particularités si attendrissantes que m'a confiée la Première ministre. Défendre toute la culture. La défendre contre la banalité, contre la facilité, contre la pauvreté. La défendre contre l'indifférence et contre la « prise pour acquis ». La défendre contre l'incompréhension quand elle n'est pas comprise et contre le doute quand elle n'est pas compréhensive.

Et puisque la meilleure défense, comme dirait Le Tigre, c'est l'attaque, j'entends bien prendre les devants et passer à l'offensive. Ça commence aujourd'hui et ça commence avec vous. Participer aux Journées de la Culture, c'est clamer son appartenance à la culture québécoise. Goûtez y, goûtez à ce que vous ne connaissez pas: goûtez cette étrange sculpture, cette assiette de céramique sur laquelle on vous invite à peindre selon votre inspiration, goûtez cette musique de bruits de fax, de cors de chasse, de Vivaldi - parce que Vivaldi appartient à la culture québécoise, nous seul l'écoutons comme nous l'écoutons -, goûtez le rapport à l'autre, participez. Parce que c'est ça, défendre toute la culture.

Le conseil des ministres de Pauline Marois