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Cher Camille Laurin, le père de la loi 101

La Charte de la langue française est encore aujourd'hui le plus important symbole de notre affirmation.

25/08/2017 09:00 EDT
Pgiam
Il est temps, de nouveau, de se faire confiance et, comme vous l’avez fait en 1977, de s’en donner les moyens.

Cher Dr Laurin,

Alors que le Québec s'apprête à commémorer, le 26 août 2017, le 40e anniversaire de l'adoption de la Charte de la langue française, la loi 101, c'est toujours avec beaucoup d'émotion que j'aime à rappeler votre contribution éminente à faire du français la seule langue officielle du Québec.

Depuis ma première élection à l'Assemblée nationale du Québec, en mai 2008, j'ai eu à maintes reprises l'occasion d'évoquer votre apport à l'architecture d'une loi qui a marqué le Québec moderne. Que ce soit comme ministre de la Culture et des Communications ou comme porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, de Francophonie, d'immigration et de communautés culturelles ou encore aujourd'hui à titre de président du caucus des députés du Parti Québécois, j'ai fait de la défense et de la promotion du français, avec la question nationale, le fil conducteur de mon engagement politique.

C'est aussi à titre de député de la circonscription de Bourget que vous avez dignement représentée une quinzaine d'années que je réalise l'ampleur de votre action et l'inaltérable souvenir que vous avez laissé au sein de notre communauté.

Avec cette monumentale pièce législative qu'est la loi 101, vous avez fait du français, contre vents et marées, la langue officielle et commune de toutes les Québécoises et de tous les Québécois; la Charte de la langue française constituant encore aujourd'hui la pierre angulaire de la politique linguistique du Québec.

Le 26 août 1977, pour mettre fin au débat en troisième lecture du projet de loi 101, vous avez affirmé que «du chantier où on y travaille d'arrache-pied depuis neuf mois, la Charte de la langue française, ce beau navire tout neuf, glissera aujourd'hui même, en ce 101e jour de la présente session de l'Assemblée nationale du Québec, dans le fleuve de l'histoire (...) Ce geste capital qui renverse le cours de notre histoire des deux derniers siècles et qui oriente dans le sens de la maturité, de la création et de l'ouverture au monde notre existence collective, nous le posons pour les Québécois d'aujourd'hui et les générations de l'avenir».

Dans Le Testament, publié en 1999, vous parliez de votre loi comme d'une «sorte de charte qui amènerait les Québécois non seulement à pouvoir vivre dans leur langue, mais à se développer dans leur langue: la langue d'un pays». Vous avez réussi, malgré les vents contraires.

Nous voulons aussi renforcer le français comme langue d'enseignement, mais également faire véritablement du français la langue de l'État et de l'administration publique.

Dans son magistral ouvrage, La Charte de la langue française, ce qu'il reste de la loi 101 quarante ansaprès son adoption, le juriste Éric Poirier détaille ainsi tous les jugements des cours supérieurs qui ont été rendus pour affaiblir la portée de la loi 101. L'ouvrage nous appelle donc à faire tout ce qu'il est possible pour rendre cette charte incontournable et la bonifier, ce que nous avons tenté de faire avec le projet de loi 14 en 2013, et ce que nous ferons bientôt, lorsque nous formerons le prochain gouvernement, avec la loi 202 pour freiner le déclin du français. Cette loi regroupera les positions linguistiques de notre formation politique, incluant des mesures d'accueil, d'intégration et de francisation. Parmi celles-ci, notons celle d'exiger impérativement que 100% des futurs immigrants et leurs conjoints ne soient admis sur le territoire que s'ils démontrent une bonne connaissance du français. Il faut aussi, notamment, rétablir le droit de travailler en français et étendre la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés, ainsi qu'appliquer les dispositions de la charte aux entreprises de juridiction fédérale. Nous voulons aussi renforcer le français comme langue d'enseignement, mais également faire véritablement du français la langue de l'État et de l'administration publique.

Plusieurs autres mesures viendront réaffirmer que la langue officielle et commune québécoise est le français et qu'elle va le rester.

Cher Dr Laurin, la loi 101 a remonté le cours du fleuve tel que vous l'aviez anticipé.

Cher Dr Laurin, la loi 101 a remonté le cours du fleuve tel que vous l'aviez anticipé. La Charte de la langue française est encore aujourd'hui le plus important symbole de notre affirmation et soyez assuré qu'en tant que membres de la grande famille québécoise, un impératif non négociable s'imposera toujours à nous, soit celui de projeter vers l'avenir la même détermination en matière d'affirmation et de promotion du français. Et cela, avec le même courage dont vous avez fait preuve en faisant adopter cette loi historique.

Il est temps, de nouveau, de se faire confiance et, comme vous l'avez fait en 1977, de s'en donner les moyens.

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