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Transaction Bell-Astral: La vitalité et l'avenir de la culture québécoise ne passent jamais par Toronto

13/08/2012 04:03 EDT | Actualisé 13/10/2012 05:12 EDT
CP

Revenons quelques années en arrière, en janvier 2005, alors que Corus et Astral Média se partageaient le radiodiffuseur Radiomédia dans une transaction rejetée par les Québécois, mais qui, une fois est coutume, néanmoins acceptée par le CRTC. À l'époque, le CRTC n'avait pas tenu compte des 6 500 interventions, dont la grande majorité en défaveur de la transaction, incluant celles de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec et du porte-parole du Parti Québécois et avait décidé de satisfaire le géant Corus.

Cinq ans plus tard, en 2010, Corus jetait l'éponge : le géant de la radiodiffusion canadienne n'arrivait pas à s'implanter dans le marché québécois. Comme l'expliquait La Presse, « les dirigeants de l'entreprise torontoise se sont lassés de dépenser temps et argent à restructurer une division peu profitable ». Pire pour les dirigeants de Corus, ils étaient incapables « d'avoir à fonctionner dans les deux langues».

Corus vendait donc Corus Québec à Cogeco dont le siège social est à Montréal. Depuis, les choses se sont rétablies. L'échec du géant Shaw, propriétaire de Corus, témoigne que le marché de la radiodiffusion au Canada n'est pas le même que celui du Québec. Et pourtant, encore une fois, voilà qu'un géant des télécommunications canadien veut acquérir une entreprise de radiodiffusion québécoise : Astral Média. Mauvaise idée.

Avec cette transaction, Bell, basée à Toronto, serait propriétaire de 8 des 10 chaînes spécialisées les plus populaires et, du coup, aura la capacité de dicter les conditions du marché publicitaire, ce qui aura un impact direct sur les revenus des télévisions généralistes québécoises, dont la SRC, TVA, Canal V et Télé-Québec. Bell pourra, de plus, offrir un éventail de contenu culturel non réglementé pour ses services de téléphonie mobile ou Internet au désavantage de ses concurrents québécois.

Il n'y a rien dans cette transaction qui serve l'intérêt du Québec et rien que le Québec ne puisse faire parce que nous ne contrôlons pas nos télécommunications, ni notre radiodiffusion. Lorsque le Parti Québécois demande la création d'un organisme réglementaire québécois, ce n'est pas un caprice nationaliste. Il en va de l'intérêt même de notre culture, de la diversité de nos voix et de notre capacité à produire des émissions qui nous ressemblent.

Le 10 septembre prochain, le CRTC tiendra des audiences publiques à Montréal sur cette transaction. Un gouvernement du Parti Québécois fera savoir clairement au gouvernement fédéral et à son organisme réglementaire que nous voulons que nos entreprises culturelles demeurent québécoises. La Loi sur la radiodiffusion prévoit à l'article 28 que le gouvernement fédéral peut « annuler ou renvoyer au Conseil pour réexamen et nouvelle audience la décision de celui-ci d'attribuer, de modifier ou de renouveler une licence, s'il est convaincu que la décision en cause ne va pas dans le sens des objectifs de la politique canadienne de radiodiffusion ». Soyez assurés que nous ne ménagerons aucun effort pour éviter qu'un autre fleuron de notre culture passe à Bay Street.

Il est plus que temps de se tenir debout et de défendre notre identité, défendre notre façon de faire les choses, de défendre notre culture. Le Parti Québécois entreprendra, dès le début de son mandat, des négociations avec le gouvernement fédéral pour rapatrier tous les pouvoirs en matière de culture et de communications. Entre Toronto et le Québec, c'est à nous de choisir.

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