Magaly Brodeur

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Sauver plus de vie...sans effort: Repenser la politique québécoise sur les dons d'organes

Publication: 1/03/2012 00:58

Selon un sondage réalisé en 2010 par le Canadian Blood Services, 95% des Canadiens affirment être en faveur du don d'organes (Ipsos Reid, 2010). Parmi ces derniers, 51% affirment avoir décidé de faire don de leurs organes à leur décès. Cependant, sur ce nombre près des trois quarts n'avaient pas encore pris de dispositions pour faire connaître leur intention (signature de l'autocollant de don d'organe sur la carte d'assurance maladie, inscription au registre de consentement des dons d'organes et de tissus, etc.).

Au Québec, ces statistiques décevantes se reflètent dans le nombre de donneurs annuels. En effet, en 2010, seulement 119 personnes ont donné leurs organes...et ce, sur 58 400 décès!

Comment expliquer un taux aussi faible?

L'intention est là. En effet, près de la majorité des Québécois se disent en faveur du don d'organes et plus de la moitié d'entre eux affirment avoir pris une décision en ce sens. Cependant, lorsque vient le temps de passer de la parole aux actes...c'est là que la situation semble se corser. En effet, très peu de Québécois semblent prendre des mesures concrètes pour faire connaître et/ou respecter leur décision.

Dans de nombreux cas, ce n'est pas pour mal faire que plusieurs d'entre nous omettent d'agir. On y pense, on lit un article, on entend une histoire tragique au sujet d'un patient décédé alors qu'il était en attente d'une greffe et, ensuite...on oublie d'agir. Ou encore, on reçoit notre nouvelle carte d'assurance-maladie. On détruit notre ancienne carte, sur laquelle on avait manifesté notre désir de faire don de nos organes, et on oublie d'apposer le fameux autocollant sur la nouvelle...

Bref, on oublie, on est distrait...et cela coûte de nombreuses vies.

Quelle avenue possible?

Malgré les efforts réalisés au cours des dernières années, particulièrement en terme de sensibilisation, le nombre de donneurs reste faible. Dans un tel contexte, comment augmenter le nombre de donneurs?

Devrait-on tout simplement rendre le don d'organes obligatoire? Une telle mesure serait certainement fort impopulaire au sein de la population et brimerait les droits et libertés. Dès lors, quelle avenue privilégier? La solution réside dans l'adoption d'un système de consentement présumé.

À l'heure actuelle, il est possible de classifier les systèmes régissant les dons d'organes en deux catégories : les systèmes de consentement présumé et les systèmes de consentement explicite. Au Québec, nous avons un système de consentement explicite. Cela signifie que pour pouvoir prélever les organes d'une personne décédée, il faut que le défunt ait donné son consentement explicite. C'est-à-dire qu'il ait soit : signé l'autocollant de don d'organe et l'avoir apposé sur sa carte soleil, communiqué sa volonté à ses proches et/ou inclut cette disposition dans son testament et être inscrit au registre des consentements de dons d'organes et de tissus. En d'autres termes, le défunt doit avoir activement manifesté son désir de faire don de ses organes.

Cependant, dans un système de consentement présumé, les citoyens n'ont pas à manifester activement leur désir de faire don de leurs organes. Les autorités tiennent pour acquis que les individus désirent donner leurs organes à leur décès, c'est-à-dire qu'ils considèrent que c'est le choix « par défaut » de la majorité de la population (Richard Thaler & Cass R. Sustein, 2007). Ce qui semble, selon les sondages, être le cas au Québec. Et, afin de respecter les droits et libertés ceux qui ne désirent pas faire don de leurs organes, ces derniers peuvent s'assurer que leurs vœux seront respectés en entreprenant une démarche active telle que remplir un formulaire et/ou s'inscrire à un registre, comme dans le cas du consentement explicite, mais inversé. C'est-à-dire que la minorité fait les démarches et non, la majorité.

Le système de consentement présumé comporte de nombreux avantages. En effet, il permet d'éviter les oublis et ne requiert aucun effort ou démarche à entreprendre pour la majorité et il permet à la minorité, c'est-à-dire ceux qui sont contre le don d'organe ou qui désirent s'abstenir de voir leur volonté respectée.

Et alors, est-ce que ça fonctionne?

De nombreux pays ont adopté un système de consentement présumé au cours des dernières décennies, et ce, principalement au cours des années 1990. La liste de ces pays est longue : Norvège, Suède, Autriche, Belgique, France, Espagne, Portugal, etc..

Alors, est-ce que ce type de système fonctionne? Oui. Les résultats sont concluants. En moyenne, les pays qui ont un système de consentement présumé ont un taux de donation de 25 à 30% plus élevé que ceux ayant un système de consentement explicite (British Medical Journal, 2007).

Dès lors, qu'est-ce que le Québec attend pour agir et adopter un système de consentement présumé? En effet, si près de 95% des Québécois sont en faveur du don d'organes, l'acceptabilité sociale d'une telle politique ne devrait pas - en théorie - susciter la controverse. On pourrait ainsi faire d'une pierre deux coups en adoptant un système qui faciliterait à la fois la vie des citoyens et qui permettrait d'augmenter le nombre de donneurs d'organes.

Conclusion

À l'heure actuelle, plus de 1240 Québécois sont en attente d'une transplantation. Imaginez, si le nombre de donneurs pouvait tout simplement passer de 119 à 1000 dès l'an prochain. Et bien, ce serait plus de 4000 personnes qui pourraient bénéficier d'une greffe. Fini les listes d'attentes! Du moins techniquement... il y a bien entendu de nombreux facteurs à considérer tels que la compatibilité, le moment du décès, la qualité des organes, etc. Cependant, il est certain que l'adoption d'un système de consentement présumé pourrait contribuer à sauver, faciliter et/ou prolonger la vie de nombreux Québécois. En 2010, le délai d'attente pour une transplantation de rein était de 706 jours et de 656 pour les poumons. Ce qui est extrêmement long...

En 2010, 46 Québécois sont décédés alors qu'ils étaient en attente d'une transplantation. Une telle situation est inadmissible et il faut agir dès maintenant.

 

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