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L'anorexie: un choix?

14/11/2016 10:49 EST | Actualisé 15/11/2016 01:21 EST

Je plaide coupable : il y a deux ans, j'ai fait le choix personnel, et totalement conscient, de changer ma frite pour une salade. J'avoue aussi que le mois suivant, c'est tout mon burger qui s'est transformé en salade. Et encore pire, quelque temps après, au lieu de collationner de la crème glacée, j'ai pris un céleri.

Et bam! Illumination! Pourquoi ne serais-je pas anorexique?

C'est facile : tu n'as qu'à remplacer tous les sucres, les graisses, les glucides et, pourquoi pas?, les protéines par des fruits et légumes.

C'est facile : à chaque fois que tu mets une bouchée dans ta bouche, tu n'as qu'à te sentir mal.

C'est facile : tu n'as qu'à paranoïer jour et nuit sur les calories ingérées versus les calories brûlées - il ne faut surtout pas trop manger!

J'ai aussi choisi d'avoir tout le temps froid ; de ne pas être capable de m'acheter un jean parce qu'ils sont tous trop grands ; de ne pas guérir lorsque je me blesse parce que mon corps n'est pas assez fort pour cicatriser mes blessures ; de faire des crises de panique récurrentes parce que je n'arrive pas à contrôler ma pensée ; de manquer de concentration en cours ; d'être désagréable lorsque je ne feel pas (en l'occurrence, la plupart du temps) ; de m'isoler de ma famille, de mes amis.

J'ai tout décidé ça : c'est mon choix d'être maigre.

Ma vie actuellement, je la déteste. Autant mes habitudes alimentaires, que mon corps, que toutes les autres sphères de ma vie. Moi, me croyant à l'abri de toutes maladies : « je suis beaucoup trop forte pour ça ». Eh bien, non! Cela à commencé en faisant un peu attention : me tenir en forme, et essayer de mieux manger - comme tout le monde. Par la suite, les séances de sport et les repas «santé» ont pris un peu plus d'importance - comme nous suggèrent les spécialistes. Et, deux ans plus tard, j'ai été diagnostiquée anorexique.

Pourtant, ça n'arrive qu'aux autres, qu'aux filles laides qui n'ont que la peau sur les os (on m'avait montré des images au primaire, tsé!)

Ça m'a pris plusieurs mois avant de l'annoncer à ma famille. Je ne voulais pas qu'ils me jugent, simplement parce que je me juge déjà assez comme ça. La réaction de ma mère fut : «Pourtant, tu manges. Tu manges même plus que moi!» Comme s'il y avait une définition fixe. Anorexie : nom féminin désignant les personnes qui ne mangent jamais. Oui, je mange! Je mange même une pointe de pizza, ou des nachos, ou de la crème glacée. Sauf que rarement. Sauf que je me sens mal après!

La réaction de mon père fut : «Reviens à la maison, on va te nourrir, ta belle-mère fait bien à manger». Comme si le problème était que je ne me faisais pas bien à manger, que je n'étais pas autonome  «si je te sers à manger, le problème est réglé». Oui, des fois, je soupe au gruau, parce que je suis une étudiante pauvre et paresseuse, comme un autre étudiant souperait au Kraft Dinner (sauf que j'aime vraiment le goût du gruau!) Sauf, que quand je feel pas, je ne mange pas, que je sois chez moi ou ailleurs.

Et la réponse de ma belle-mère fut : «Pourquoi? Pourquoi toi?»

Comme si c'était mon choix et que j'avais fait le mauvais.

Vous souffrez d'un trouble alimentaire? Vous avez besoin d'aide? Vous pouvez visiter le site web de Anorexie et boulimie Québec. Vous pouvez également joindre la ligne d'écoute et de référence d'ANEB Québec (tous les jours de 8h à 3h) au 514 630-0907 oo au 1 800 630-0907.

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