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Attention, trop de porno peut nuire à votre sexualité

28/11/2016 11:23 EST | Actualisé 28/11/2016 11:23 EST

Nombreux sont les hommes qui viennent consulter en sexologie parce qu'ils n'arrivent plus à faire l'amour avec leur partenaire. L'une des causes provient d'une surconsommation de X qui vient brouiller le curseur du réel et de l'imaginaire et alimenter la spirale des anxiétés de performance. Culte du corps, taille du pénis, durée et pratiques extrêmes confèrent aux pratiques sexuelles une dimension «sans limite» qui peut bouleverser la conception de la sexualité dans la vie des couples.

Le porno...

Dans une étude de 2013, le Journal of sexual medecine révèle qu'un homme sur quatre de moins de quarante ans présente des troubles de l'érection. Les derniers sondages en sexologie évoquent 30 % d'hommes atteints régulièrement d'éjaculation précoce. La consommation excessive de films X peut expliquer en partie les faits. D'une part, parce que cette dernière engage souvent une rapidité d'action masturbatoire (pour ne pas être surpris ou démasqué), laquelle encourage le mécanisme réflexe de l'éjaculation; d'autre part, parce qu'une consommation excessive de porno peut engendrer une dépendance accompagnée d'un effet de tolérance, lequel provoque une angoisse de performance fréquente chez les hommes face à l'enjeu de «tenir dans la durée». De surcroît, à l'instar d'une drogue, le consommateur ressent peu à peu le besoin d'augmenter les doses (temps de connexions, caractère «hard» des contenus, etc.) pour maintenir les effets excitants. La spirale addictive a vite fait de s'installer.

...et ses effets au masculin

Physiologiquement, en cas de masturbation intensive, des lésions sur le gland, le frein ou une désensibilisation de la verge peuvent apparaître. Il n'est pas rare de recevoir également en cabinet de consultations des patients qui présentent une anéjaculation (incapacité à éjaculer) ou un temps de réponse très long avant d'arriver à l'orgasme (phénomène d'anorgasmie). Au-delà du caractère physiologique naturel lié au vieillissement, cela provient généralement d'un épuisement fantasmatique induit par l'usage excessif d'images pornographiques. L'image de l'écran sape l'imaginaire. Pour les personnes accros au porno, la réalité s'avère de plus en plus fade et le support visuel - avec ses contenus transgressifs à foison - devient peu à peu l'unique recours pour déclencher une érection.

«Sex fiction» et principe de réalité

Par-delà les troubles sexuels, il existe aussi des troubles relationnels qui peuvent altérer la dynamique du couple. Un décalage entre le vécu et les images du net peuvent induire des comparaisons frustrantes, des injonctions de performance (avec l'anxiété qui va avec), un sentiment de culpabilité ou encore des dépendances dont il est ensuite difficile de s'extraire. Car «faire du sexe» n'est pas vivre une sexualité. C'est pourquoi, il est important d'expliquer aux adolescents (et parfois aux adultes) que ce qu'ils voient sur des sites pornographiques relève d'une fiction menée par une industrie bien rôdée. Face à la cyberpornographie, c'est tout le rapport au symbolique et à l'imaginaire qui s'en trouve chamboulé, comme le démontrent les jeunes patients qui consultent pour addiction sexuelle suite à une fascination ou une sidération précoce dont ils ne peuvent ensuite se sortir sans un accompagnement thérapeutique ciblé.

Prévention versus diabolisation

Depuis une vingtaine d'années, la facilité d'accès aux contenus pornographiques a changé la donne de l'éducation à la sexualité. Il ne s'agit donc pas de diaboliser la pornographie, mais de faire de la prévention et de l'accompagnement, notamment auprès des jeunes, afin de les informer des effets possibles d'une consommation excessive pouvant provoquer à l'âge adulte un certain nombre de troubles sexuels (et affectifs). L'information, la prévention et la faculté de discernement restent en la matière d'utiles prérequis à l'épanouissement sexuel.

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Ce billet initialement publié sur le Huffington Post France a été traduit de l'anglais.

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