Maëlle Turbide

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Le consumérisme et la nature humaine

Publication: 02/01/2014 17:55

Le temps des Fêtes est-il une interminable foire commerciale ou une période d'entraide, de solidarité et de réjouissance en famille ? C'est sûrement un peu des deux, à des degrés divers pour différentes personnes. En général, toutefois, on se rend bien compte qu'un consumérisme débridé n'aide personne à se sentir utile et aimé.

Notre société de consommation, qui tente de nous faire croire que le bonheur est dans les choses, est un modèle de plus en plus décrié, et pour cause : l'accroissement des extrêmes de richesse et de pauvreté, la dégradation de l'environnement et les changements climatiques sont des résultats tangibles, et malheureux, d'un système qui occulte la responsabilité morale de nos choix économiques.

L'idée répandue que la consommation des individus peut être l'objet de manipulations par les marchés et que les individus eux-mêmes ne sont que d'insatiables consommateurs de biens et produits a un effet réducteur ; c'est comme si nous étions uniquement régis par des pulsions matérielles. En outre, on se trouve ainsi à créer des oppositions fictives entre ce que les humains voudraient (consommer davantage) et ce dont l'humanité aurait vraiment besoin (un accès équitable aux ressources).

L'être humain possède bien sûr une nature matérielle, mais il est aussi caractérisé par une vie intérieure, qu'on appelle l'âme ou l'esprit. C'est cette réalité intérieure qui « saisit les mystères de l'existence », « découvre les vérités scientifiques » et « ouvre la porte au monde des arts » (1). Cette réalité intérieure saisit d'ailleurs très bien que le consumérisme ambiant n'offre aucune réponse adéquate à notre besoin, individuel et collectif, de justice.

La justice doit être au cœur de nos interactions économiques, c'est une question de respect de la nature humaine. La société peut être comparée à un corps humain dans lequel chaque partie remplit une fonction, à la mesure de sa capacité. Toutefois, dès qu'une partie souffre, aussi petite soit-elle, c'est l'ensemble du corps qui souffre. La pauvreté et la détérioration de l'environnement nous concernent tous.

L'individu a certainement un rôle important à jouer dans la transformation d'une société de consommation centrée sur l'importance du pouvoir d'achat des ménages. Toutefois, les décisions individuelles de chaque ménage, bien qu'importantes, ne peuvent à elles seules renverser la vapeur. Les efforts des individus doivent être encouragés et soutenus autant par la collectivité que par les institutions. Cela implique un changement dans la structure même de la société et exige que nous consacrions de l'énergie à explorer le « fonctionnement d'un nouvel ensemble de relations entre l'individu, la communauté et les institutions de la société » (2). À la base de ce nouvel ensemble de relations se trouve certainement « une conception révisée du pouvoir, affranchie de la notion de domination ainsi que des idées connexes de compétition, de conflit, de division et de supériorité » (3). Des qualités comme l'amour, la coopération, la modération et l'altruisme, qui font appel à notre réalité intérieure, ont vraisemblablement un rôle à jouer dans la construction d'une société plus juste, qui aura vraiment à cœur la prospérité globale de la famille humaine.

Le temps des Fêtes, qui nous submerge dans le matérialisme en même temps qu'il nous rappelle l'importance de l'entraide, de la solidarité et de la famille, est une période propice à une prise de conscience de la portée que notre réalité intérieure peut avoir sur son environnement extérieur.

1. Abdu'l-Bahá, Les bases de l'unité du monde, Maison d'éditions bahá'íes, Bruxelles, p. 150. (Recueil de causeries données par Abdu'l-Bahá de 1911 à 1913 lors de ses voyages en Occident.)
2. La Maison universelle de justice (le Conseil de direction mondial de la Communauté bahá'íe), Lettre aux bahá'ís d'Iran, 2 mars 2013, p. 7.
3. Idem.


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