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PKP: fin du suspense... et après?

20/05/2015 08:49 EDT | Actualisé 20/05/2016 05:12 EDT

Après des mois de campagne dont les seuls points saillants ont été le retrait de trois candidats pour des raisons diverses, Pierre Karl Péladeau est donc devenu chef du Parti québécois. Avec 57,58% et une forte participation, sa légitimité est totale. Même si ses équipes visaient au départ de la campagne un score au delà des 70%, son résultat est conforme aux attentes des derniers sondages qui, cette fois, ont été globalement fiables pour tout le monde (29,21% pour Alexandre Cloutier et 13,21% pour Martine Ouellet).

Maintenant que le PQ s'est doté d'un chef, quel est son avenir? Ses perspectives? Je suis de ceux qui ne comprennent pas que le clinquant médiatique d'un PKP ait pu à ce point emballer un PQ à la recherche du sauveur suprême. De fait, faute de passé politique, les seuls faits d'armes du nouveau leader sont à charge: patron voyou responsable d'un lock-out historique, dons financiers au Parti libéral et à l'ADQ, gaffes multiples quasiment à chaque apparition publique... Mais PKP a levé le poing, parlé d'indépendance (tout en conservant un flou total sur le processus) et emballé les foules.

Je ne crois pas une minute aux envolées sociales-démocrates du nouveau leader, les promesses n'engageant que ceux qui les croient. Son accession à la tête du PQ sonne la rupture définitive avec ce qui fut le parti de l'à priori positif aux travailleurs, et est d'abord la victoire des médias de masse. Mais curieusement, contrairement à beaucoup d'observateurs horrifiés, cela me semble plutôt une bonne nouvelle.

Pas une bonne nouvelle pour la pensée politique, définitivement battue par le bling-bling, mais pour le spectre politique, en ce qu'elle clarifie les choses. Il y a désormais un PQ clairement de droite et de centre-droit, lorgnant sur la CAQ et son électorat, qui agitera la «crédibilité économique» et la question identitaire comme axes centraux. Très bien, c'était déjà ce qu'avait fait le gouvernement Marois dans les faits, dans la droite ligne de la gouvernance «libérale» de Lucien Bouchard. Sauf que tout ça ne se feignait pas, on trouvait encore des gens sincèrement progressistes au PQ, un peu comme on en trouve encore au sein du Parti socialiste français....

Beaucoup ont imaginé que la victoire de PKP effrayait Québec solidaire, et que c'est la raison pour laquelle ce parti attaquait le magnat de la presse. Mais les études d'opinions montrent bien que ce n'est pas du tout les appuis solidaires que le PQ-libéral rogne. La gauche aurait même tendance à en profiter. Il faut alors admettre qu'il s'agit simplement de deux visions du monde qui s'affrontent: entre une gouvernance-Québécor marqué par l'autoritarisme (que l'on retrouve en politique contre ses concurrents ou les journalistes) et une vision globalisante et inclusive de l'indépendance, pensant aussi bien en terme de mieux-être social que d'environnement ou de redistribution.

À cet effet, si le choix des péquistes m'attriste, il ne me surprend pas et à le mérite de poser les choses. Aux prochaines élections, dans trois ans, on verra si la bulle PKP s'est dégonflée (comme tant d'autres avant elle) ou s'il aura réussi à surprendre et gagner une crédibilité à ce jour absente. En tous les cas les projets s'affronteront clairement et sans confusion possible ce qui, malgré un scrutin vicié, est toujours une bonne chose.

On me criera qu'il s'agit encore de division du vote indépendantiste, je suis très sceptique à ce sujet. Si demain PKP arrive au pouvoir et veut faire l'indépendance, il trouvera nécessairement tous les indépendantistes derrière lui, de gauche comme de droite, de la même manière que les indépendantistes républicains écossais ont soutenu l'indépendance monarchiste du Scottish National Party.

Pour le reste, heureusement, indépendantiste ne veut pas dire uniforme et il reste des gens pour croire que l'indépendance est aussi (avant tout?) celle montrée face aux lobbies, aux minières, aux puissances financières... sans laquelle elle ne restera qu'une incantation creuse et sans fondement.

Ce texte a été publié en parallèle sur le blogue La politique québécoise vue de France.

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