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D'une indépendance l'autre

29/09/2014 11:38 EDT | Actualisé 29/11/2014 05:12 EST

Le scrutin référendaire en Écosse a focalisé de nombreux regards au Québec. Il y avait ceux qui l'assumaient, les indépendantistes revendiqués du Parti québécois et du Bloc - qui avaient envoyés des observateurs - ainsi que ceux d'Option nationale ou de Québec solidaire. Tous ont eu un élan de ferveur, d'envie, y ont cru. Bien sûr la déception était là une fois les résultats dépouillés, mais qu'importe, l'Écosse avait déjà gagné (pour reprendre le titre d'une chronique d'Amir Khadir) en montrant que par la pédagogie on pouvait passer de moins de 30% d'appuis à 45%. En prouvant qu'un vrai débat pouvait avoir lieu et que, face à un gouvernement méprisant une question claire, l'affirmation de ses principes permettait de prendre la main.

Au Canada, quelques fédéralistes ont pâli dans les dernières semaines, tapant sur les indépendantistes s'étant déplacés, fustigeant leur «ingérence» tout en se positionnant contre la partition du Royaume-Uni, un joli paradoxe ! Mais maintenant que le scrutin est passé, après deux ans de campagne, il serait malvenu de tourner la page pour ne plus regarder que vers la Catalogne, qui vient d'officialiser la tenue de son référendum d'autodétermination contre la volonté de Madrid.

Si les observateurs indépendantistes ont tous salué un énoncé très clair, peu ou prou «Voulez-vous être indépendant, oui ou non ?», très loin du délirant énoncé du référendum de 1995 qui a traumatisé plus d'un Québécois, s'arrêter à cela pour analyser le relatif succès du Parti national écossais (SNP) serait un peu court. Il faudrait rappeler d'abord que le gouvernement de Salmond a toujours prôné une indépendance douce, finalement pas très éloignée de la dévolution maximum aujourd'hui obtenue : monarchie conservée, tout comme la livre, la place dans l'OTAN et l'Union européenne. Les républicains indépendantistes en sont pour leurs frais, mais ce n'est pas forcément idiot d'y aller par étapes et une indépendance même insatisfaisante sur certains points vaut mieux qu'une « gouvernance souverainiste » dans une confédération.

Ensuite, et c'est là que le bât blesse, le gouvernement indépendantiste promettait une vraie rupture politique avec le gouvernement conservateur, liant progressisme et indépendance, avec en chef de file la santé et l'éducation gratuite. Le Parti québécois, qui a pris le pli austère depuis les années Bouchard et semble ouvrir ses bras à l'ultralibéral Pierre-Karl Péladeau, devrait ouvrir les yeux là-dessus et se rappeler du « préjugé favorable aux travailleurs » qui avait fait le succès du PQ de René Lévesque.

Enfin, et le fossé est ici encore plus grand, Alex Salmond a fait du débat sur l'indépendance une grande question à la fois émancipatrice et intégrante, loin du rejet du « vote ethnique » et du clivage facile sur l'ostracisation, le SNP a tout fait pour convaincre les immigrés qu'ils étaient des Écossais comme les autres, puisqu'ils vivaient là, et qu'ils avaient tout intérêt à l'indépendance. Le travail a porté ses fruits, le vote indépendantiste ayant augmenté régulièrement chez ces populations. Loin d'un prétendu « vote communautaire », le SNP a simplement cherché à parler à toute la population, une idée que le Parti québécois ferait bien de conserver en tête pour la prochaine fois...

Cette vision large, inclusive, positive, peut d'ores et déjà s'incarner sur le territoire. Ainsi, quand les Atikamekws, nation autochtone de Mauricie, se sont proclamés souverains sur leur territoire suite à un jugement de la Cour suprême à propos d'une autre nation, les indépendantistes de tous bords auraient dû saluer l'initiative. Pourtant, le conflit ayant mené à cette autoproclamation (une question financière, liée à l'exploitation de la forêt) oppose Québec et les Atikamekws depuis bien longtemps, y compris quand Pauline Marois était première ministre ! L'indépendance à deux vitesses n'a pas de sens et ceux qui prônent la « libération du peuple québécois » ne devraient pas oser le faire s'ils ne se battent pas dans le même temps pour les premières nations, bien plus opprimées qu'eux.

Ces deux combats doivent se mêler, se rejoindre, pour porter une parole convaincante, et peut-être convaincre l'honnêteté du projet indépendantiste. Mais sans ce premier acte de dialogue d'égal à égal, cette reconnaissance du droit des autochtones à posséder, exploiter ou protéger leur territoire - ce qui revient nécessairement à faire perdre terres et ressources au Québec -, toute grande déclaration n'est que du vent.

Un texte publié conjointement sur le blogue La politique québécoise vue de France

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