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La vertu

Publication: 17/10/2012 16:00

Mesdames, j'ai toujours été précoce. C'est ça que ma mère disait en tout cas. En sixième année, j'avais déjà des seins. Et j'avais l'intention de m'en servir.

Au début, ma mère n'a pas trop fait de cas de ma nouvelle poitrine. Mais elle a bien dû se rendre à l'évidence lorsqu'elle a reçu une note du professeur d'éducation physique. C'était écrit de m'acheter une brassière. Le lendemain, on est allés chez Sears pour m'acheter un modèle pour débutante. Moi, je voulais un vrai soutien-gorge noir comme dans les films de Kim Basinger. Je rêvais en couleur. Au lieu de ça, j'ai eu le modèle blanc avec les deux petites raquettes de tennis brodées au milieu. Je savais que je ne pourrais pas me servir de mes seins avec ça.

Pas longtemps après, un soir, j'ai trouvé du sang dans mes bobettes. J'étais certaine que c'était pour me punir d'avoir écouté un Freddy en cachette avec Simon. Ma mère ne voulait pas que j'écoute des films d'horreur. Elle disait que j'étais trop peureuse pour ça. Elle ne voulait pas non plus que je me tienne avec Simon, parce qu'il était efféminé.

Les sœurs qui nous enseignaient à Simon et à moi pensaient la même chose. Et pour aider Simon à devenir un homme, elles ont convoqué ma mère et la sienne pour leur dire qu'on allait être dans des classes séparées à la rentrée. Comme ça, je jouerais avec les autres filles pendant que Simon ferait du sport avec les autres garçons de sixième. Ma mère était bien contente. Même que je l'ai entendu raconter à mon père ce soir-là que grâce à elle et aux sœurs, Simon ne deviendrait pas un homosexuel. La mère de Simon, elle, ne l'entendait pas de cette façon. Elle l'a changé d'école son fils et l'a inscrit à des cours de danse. Mais ça c'est une autre histoire.

Il y avait du sang dans mes bobettes, donc. Et je ne savais pas quoi faire. Je savais juste que ma mère avait la même chose à tous les mois. Au travers de la porte de la salle de bain, j'ai appelé ma mère. Je voulais qu'elle me dise quoi faire. Quand elle a vu le sang, elle a fait une espèce de face de fière. Puis l'inquiétude a pris le dessus. «Maintenant, tu peux avoir des bébé. Comprends-tu ce que ça veut dire?», qu'elle m'a demandé. J'ai fais signe que non. C'est là qu'elle m'a expliqué que je ne pourrais plus voir Simon dans ma chambre, «même si ça l'intéresse sûrement pas, ce que t'as». Je ne comprenais pas grand chose à ce que racontait ma mère et je comprenais encore moins de quelle façon Simon pouvait me mettre enceinte. Mais il n'y a pas eu d'autres explications. Ma mère a sorti des grosses serviettes hygiéniques et m'a expliqué comment les coller tout au fond de mes bobettes. Je me rappelle avoir marché comme un astronaute pendant trois jours, jusqu'à temps que Mélanie, une fille dans ma classe, me glisse un tampon en douce en sortant de l'école. Je n'en revenais pas. Je pensais que j'étais la seule fille de ma classe à être menstruée.

Après, je me suis rendue compte qu'on était quatre. C'est Mélanie qui me l'a dit. Il y avait aussi Gabrielle et Bianca. Avec elles, on formait un genre de société secrète à seins et à tampons. On se sentait vieilles. Comme les filles de secondaire 1 qu'on voyait passer le midi devant notre école.

Ça n'a pas duré longtemps, la société secrète. En voulant laver mon sac d'école, ma mère a trouvé dedans les tampons que me donnait Mélanie. Ma mère me les a fait jeter dans la poubelle en me faisant promettre de ne plus jamais remettre ça. «Les tampons, c'est pour les filles faciles,», qu'elle m'a expliqué. J'ai promis que je porterais juste des serviettes à l'avenir. Et c'est ce que j'ai fait. Mais je ne lui ai pas dit que je me faisais pognasser presque tous les soirs après l'école par un garçon de secondaire 4. Ni que les filles de de ma classe qui portaient des tampons n'avaient encore jamais embrassé un gars de leur vie.

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