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Apprivoiser le suicide: le rendre plus humain

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Je suis bipolaire et j'ai attenté à mes jours à trois reprises. Et pour tout dire, en phase dépressive, je pense encore au suicide. Je ne suis pas psychiatre. Mais mon point de vue mérite d'autant plus d'être entendu, parce que je connais de l'intérieur les ravages de la maladie mentale. Ce que j'ai appris, aucun livre, même le plus savant, ne peut l'enseigner.

Depuis les années 1980, nous investissons massivement dans la prévention du suicide et les résultats tardent à se manifester. Au Québec, trois personnes se suicident chaque jour. Toutes les 40 secondes, une personne s'enlève la vie quelque part dans le monde et un nombre beaucoup plus élevé d'individus tentent de se suicider. Le suicide demeure la principale cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 29 ans. La prévention à elle seule est un échec.

Poussons donc notre réflexion un peu plus loin.

Cela prend beaucoup de volonté pour se suicider. Une volonté du désespoir, dira-t-on. Un fait saute aux yeux : le lien tissé serré avec la maladie mentale. La plupart des personnes qui se suicident, environ 8 sur 10, souffrent de maladies mentales.

La bipolarité vient en tête de file. La majorité des personnes qui se suicident ont consulté un
professionnel de la santé avant de passer à l'acte.

C'était le cas de mon père et celui de mon frère qui, tous deux, se sont suicidés. Quant à moi, cela aura pris deux suicides ratés avant que je sois diagnostiquée bipolaire en 1989, ainsi que je le raconte dans l'essai que j'ai fait paraître récemment. La bipolaire que je suis ne manque pas un comprimé depuis lors et a souffert d'insuffisance rénale à cause du lithium avalé religieusement pendant seize ans. Bourrée de médicaments, parce qu'à la recherche d'un régulateur d'humeur efficace, j'ai raté ma troisième tentative de suicide, en 2009.

Est-il vrai que je ne pense plus au suicide ? Non. Le suicide demeure omniprésent en phase dépressive. Même si un jour j'ai choisi la vie, je dois la choisir de nouveau chaque jour. Parfois une heure à la fois, si ce n'est à la minute.

Pour tout dire, la souffrance est telle que l'idée de peut-être un jour avoir accès à l'euthanasie m'apporte un certain réconfort. Euthanasie : «Ensemble des méthodes utilisées pour hâter la mort d'un malade incurable qui souffre inutilement ou qui est en état d'agonie depuis déjà un long moment ou pour tout autre motif d'ordre éthique.» Mort douce. La prévention comme politique de base ? Certes. Je suggère toutefois qu'il doit aussi y avoir une place pour apprivoiser le suicide, sinon le légitimer.

Au Québec, nous venons d'entériner une loi qui permet de mourir dans la dignité. Pourtant, les personnes atteintes de maladies mentales ne sont pas considérées comme à l'agonie ni incurables, même si la maladie est chronique et qu'aucun traitement médical approprié n'existe.

La bipolaire mourra bipolaire. Au Québec, les personnes atteintes de maladies mentales n'ont pas le droit de demander l'aide médicale à mourir, car elles sont considérées comme incapables de jugement et de raison. À mes yeux, il s'agit de discrimination, probablement justifiée par la peur d'avouer l'insuccès de la psychiatrie. Il vaut la peine de considérer le cas de la Belgique qui depuis 2002 admet qu'une personne souffrant de maladie mentale de façon intolérable peut faire une demande d'euthanasie.

Il me semble que cette reconnaissance contribue à déstigmatiser un acte qui, ici, apparaît toujours presque monstrueux.

En 2016, 40 ans après la mort de mon père, la maladie mentale, c'est toujours laid, et le suicide, c'est toujours mal. Je n'en peux plus des interprétations faciles de la pop-psychologie. Je n'en peux d'entendre «il s'est suicidé à cause d'une peine d'amour». Pensez-vous vraiment que les gens qui se sont suicidés étaient dans une simple mauvaise passe ? Non. Elles étaient plutôt dans une impasse ! Prévention, bien sûr. Mais il y a également une démarche à entreprendre vers l'acceptation...

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien. Au Québec, contactez le Centre de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).

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