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Mon samedi parmi des Arabes

10/09/2013 12:26 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

À tous ceux et celles qui ont lu mon précédent texte intitulé Un vent mauvais sur le Québec et qui se sont étranglé avec mes propos, je les inviterais à ne pas poursuivre leur lecture. Ils risquent d'être encore plus dégoûtés par ce nouveau ramassis d'états d'âme comme ils me l'ont «gentiment» reproché.

Ceci dit, pourquoi ai-je envie de partager avec vous aujourd'hui des anecdotes de vie en plein débat autour de la charte des valeurs québécoises ? Peut-être parce que je pense que les généralisations et une réflexion saine ne font jamais bon ménage. Peut-être aussi parce que, dans notre débat de société actuel, je trouve que la tendance est trop souvent d'associer, sournoisement, le voile et la religion musulmane alors que celui-ci n'est pas porté dans toutes les communautés et par toutes les femmes. Et sans même savoir si le voile est, dans un cas, un signe d'appartenance librement consenti ou, dans un autre, véritablement un outil de réclusion et d'humiliation, on brandit automatiquement la grande menace de l'atteinte à l'égalité hommes-femmes fort heureusement acquise au Québec. Dans ce cas, n'y aurait-il pas eu lieu de manifester aussi notre inquiétude relativement au sort des femmes juives de la communauté hassidique qui doivent se raser les cheveux, porter une perruque et ne côtoyer personne, ne serait-ce que la voisine ?

J'ajouterais aussi que la position de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) m'a quelque peu rassurée. En effet, la Fédération estime que la laïcité doit s'appliquer aux institutions plutôt qu'aux individus. Je suis de ce même avis, qu'il faut parler d'une véritable charte de la laïcité, laquelle devra légiférer de façon claire, impartiale et sans compromis le fonctionnement de la fonction publique en regard de sa réalité dans un contexte de forte immigration. Je pense justement aux commissions scolaires (en première ligne en termes d'intégration). Il est impensable qu'elles soient encore laissées à elles seules dans des règlements d'accommodements à la pièce.

Enfin, idéaliste et humaniste, j'aime m'attarder sur des images du quotidien, que ce soit dans les transports en commun, au travail, dans la rue, dans les magasins ou dans des salons privés, qui seront d'Épinal pour certains ou des clichés pour d'autres. Mais c'est aussi ça la vraie vie, non ?

Samedi après-midi dans le rayon lingerie d'un grand magasin du centre-ville de Montréal. Parmi les soutiens-gorge et les petites culottes, c'est un peu le foutoir. Une employée - teint foncé et voile - s'affaire à remettre de l'ordre dans tout ça. J'entends aussi une femme qui rappelle à l'ordre - en français - ses petites filles qui se taquinent et partagent leur opinion sur la marchandise: «regarde, maman, il est beau celui-là, hein ?». L'employée du magasin et la cliente (elle aussi porte un voile) se croisent. Elles se mettent à discuter et la «maman» demande à l'autre des conseils sur les procédures à suivre pour travailler dans le magasin. L'une venait de Somalie et l'autre de Syrie. Avec l'information en mains, la maman a continué de magasiner sa lingerie pendant que son mari attendait quelques mètres plus loin, comme le font souvent bon nombre d'hommes qui accompagnent leur blonde. Quelques minutes plus tard, c'est une femme d'une cinquantaine d'années d'origine asiatique qui me demande mon avis sur le choix d'un 34 B considérant la taille de sa poitrine qu'elle me pointait au cas où je ne savais pas où elle se trouvait. «Oh, vous savez, madame, entre un 34B et un 36B, il n'y a pas vraiment une grande différence». Comme quoi, sur la planète lingerie, la quête de l'idéal est universelle ...

En soirée, je me suis rendue chez mon amie Leila, Russo-algérienne, pour fêter l'anniversaire de Saloua, Tunisienne d'origine, en amour depuis peu avec Raffi, venu de Syrie. Se trouvaient à cette soirée, Nadia et Karima, Marocaines toutes les deux, ainsi que Radia, Algérienne également et son mari Amin (Kabyle). Ne manquaient, pour compléter le tableau, que Samira, Algérienne d'origine, mère de deux beaux enfants dont le père Fabio est Cubain. Hyper féminines jusqu'au bout des ongles, aucune ne porte de voile. Elles parlent un français impeccable - en plus de leur langue d'origine et de l'anglais - et occupent des postes clés dans les domaines de la finance, de l'architecture ou pharmaceutique. Leur point commun ? Une fierté de leurs origines, un amour pour leur langue et un plaisir évident à partager leur culture (cuisine, musique, parcours de vie). Samedi soir, j'ai vécu dans un salon du centre-ville, une expérience d'interaction humaine et d'ouverture sur l'autre et ce, sans même franchir de frontières.

On fait souvent référence à la situation en France - catastrophique j'en conviens. Il faut savoir que, dans les années 60, les pouvoirs publics favorisaient une immigration économique. Les blancs et moins blancs vivaient dans les mêmes banlieues. Puis les premiers ont quitté pour des cieux meilleurs. Par la suite (années 70), la crise économique et la fin du plein emploi ont apporté leur lot de laissés pour compte, et l'habitat dans certaines banlieues devint insalubre. Des ghettos d'immigration ont poussé comme des champignons autour de Paris (oui, oui, on peut parler de bidonvilles) sans aucune mesure d'intégration de leurs occupants (bien au contraire). Des enfants ont vu leurs parents en baver et isolés dans ces affreuses cages à lapins dans lesquels ni vous ni moi n'imaginerions élever des enfants. Les enfants des enfants ont vu la même descente aux enfers. Bref, on voit aujourd'hui des jeunes issus de l'immigration et nés en France rejeter en bloc leur pays et de l'autre, des Français de souche qui en ont ras-le-bol d'une violence endémique. Et quand on ne sait plus vivre ensemble, une seule étincelle peut mettre le feu aux poudres.

J'espère que nous n'en arriverons pas là. Nous avons encore le temps de discuter et de nous entendre.

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