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Ma fille n'aime plus l'école, et je la comprends...

01/10/2014 10:47 EDT | Actualisé 01/12/2014 05:12 EST

Bien sûr que non, je ne lui ai pas dit... C'est entre vous et moi. Mais mon constat est le suivant : l'éducation en fin de secondaire est du bourrage de crâne. Ma fille a fait sa scolarité jusqu'à aujourd'hui dans le système public d'éducation. D'excellentes années au primaire, et de très belles au secondaire... jusqu'à cette année où elle débute son secondaire 4 dans son école à vocation particulière art dramatique où les relations élèves et professeurs ont toujours été très bonnes. Emballée à la veille de la rentrée, elle a rapidement déchanté au bout de deux semaines seulement. J'écoutais ses doléances d'une oreille distraite, car une ado est une ado, ça a tendance à rouspéter pour rien...

Sauf que j'ai assisté à la rencontre parents-professeurs organisée à l'école la semaine dernière. Et là, j'ai su et j'ai compris. L'année va être difficile. Les professeurs avaient déjà l'air découragés et à les écouter, je l'étais moi-même. Que s'est-il donc passé ?

J'ai peut-être une explication, que voici. Vers la fin du secondaire 3, les jeunes sont entrés dans le vrai monde, celui de la performance et des modèles de réussite préétablis. Car on leur demandait de faire un choix qui semblait pouvoir avoir des répercussions sur la suite de leur parcours scolaire et sur leur avenir professionnel. Alors toi le jeune, tu choisis TS (mathématique, séquence Technico-sciences) ou CST (mathématique, séquence Culture, société et technique) ? Ce sont les deux voies proposées dans l'école de ma fille. Sachez qu'il existe aussi SN (mathématique, séquence Sciences naturelles), STE (science et technologie de l'environnement de la 4e secondaire) ou SE (science et environnement).

Très vite ont circulé dans les couloirs et entre les élèves des rumeurs sur le fait que la filière TS allait ouvrir les portes de tous les cégeps tandis que la filière CST, bof... Il y avait déjà les bons et les moins bons, il y avait ceux qui réussiront et ceux qui auront des métiers qui ne paieront pas beaucoup. Un grand nombre d'élèves a choisi TS par choix ou par obligation des parents, ce qui a nécessité la création de deux classes ; les autres par choix, ou parce qu'ils ont un niveau en maths plus faible, ont choisi CST et se retrouvent dans une seule classe de 32 élèves. Un melting pot d'apprenants aux nombreux défis (démotivation et troubles d'apprentissage) et aux niveaux de connaissance divers (certains sont passés entre les mailles du filet et les retards se sont alors accumulés au fil des ans). Je conclurai ce tableau bien sombre sur le fait que le secondaire 4 est l'année la plus importante en vue de l'acceptation au cégep et que le programme de l'année est très lourd en raison des exigences du Ministère. Les élèves et leurs professeurs doivent passer au travers une tonne de sujets en l'espace de quelques mois seulement. À côté de cela, les apprenants se coltinent la même matière en histoire, soit celle du Canada et du Québec pendant deux années consécutives. En secondaire 3, elle est étudiée d'un point de vue chronologique, en secondaire 4, elle l'est par thèmes. C'est à n'y rien comprendre.

Assise sur ma chaise de classe lors de cette rencontre avec les professeurs, je me revoyais à l'école à cet âge-là et avec les mêmes défis. On devait également choisir notre parcours. J'avais opté pour la filière lettres et langues étrangères, la « poubelle » pour bon nombre de personnes, notamment les bollés des sciences et maths. Ça fait plus de trente ans et ça n'a donc pas changé... ?

Je ne cherche pas ici à dénoncer le travail des professeurs ni à dénigrer de quelconques difficultés d'apprentissage. Mais je ne peux que constater que la course au diplôme est l'unique raison d'être qui motive ainsi des heures et des heures de bourrage de crânes et d'apprentissages par cœur. Qu'en reste-t-il une fois le diplôme en main ? Le ministère de l'Éducation reste l'instance souveraine qui, du haut de son donjon, impose des prérequis et exige des résultats sans s'adapter aux réalités vécues par les jeunes et à leurs nouvelles connaissances. Parce qu'ils en ont et qu'elles évoluent très vite !

De nos jours, on parle beaucoup d'éducation, mais comme valeur marchande uniquement. Or, on aura bien beau réduire les budgets, le problème de fond restera le même : l'école d'aujourd'hui doit être repensée. Elle doit réfléchir à la place qu'elle peut donner à l'élève dans l'élaboration de son propre processus d'apprentissage, elle doit accepter l'introduction de types d'éducation non traditionnels qui pourraient s'arrimer à l'enseignement formel existant. Ma fille, par exemple, n'a jamais été aussi engagée dans un cours d'histoire que le jour où elle et une amie ont décidé de monter une vidéo sur un sujet qu'elles ont choisi, la crise d'Octobre. Recherche de photos, voix hors champ, montage, etc. Le résultat final était bluffant. Plutôt que d'apprendre par cœur ce qu'un professeur ou un livre lui a raconté, elle a puisé elle-même dans les carnets de l'histoire pour créer son récit à elle.

Alors, oublions un peu les gros sous, et pensons créativité et inventivité.

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