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Le diable est dans les détails, ce qui n'est point «banal» au Quebekistan

28/01/2013 08:58 EST | Actualisé 29/01/2013 10:22 EST
PC

Luc Tremblay a été directeur des communications à Union Montréal 2004-2005. Il a assisté Martin Dumont dans les rencontres de presse en relation avec son passage à la Commission Charbonneau.

Dans la saga qu'est devenue la Commission Charbonneau et le témoignage controversé de Martin Dumont, il faut se demander si ce témoin a contribué à faire avancer les travaux de la Commission pour faire la lumière sur le système de collusion et de corruption. Martin Dumont, témoin impuissant, à qui le patron disait que tout était normal et un premier magistrat sans curiosité, ne voyant rien ce qui se passait dans la cour de son royaume.

Le diable est dans les détails et c'est principalement ce qui semble mettre en doute la crédibilité de Martin Dumont. Les parties impliquées font leur travail en s'acharnant principalement sur la forme plutôt que sur le fond, ce qui a soulevé un certain doute dans l'opinion publique. La forme prend ainsi toute la place. Peu importe ce qu'a dit Martin Dumont sur les événements qu'il a vécu en 2004-2005, il a maintenu sa version des faits sur le fond. À noter, la commission a renoncé à la preuve vidéo qui aurait pu altérer le fond du témoignage de Martin Dumont.

Pour ce qui est de la valeur de ce témoignage, avec l'avancement des travaux et notamment avec le témoignage de Michel Lalonde, on commence à constater que la version de Martin Dumont portant sur la mécanique du financement illégal d'Union Montréal ainsi que sur la présence du coffre-fort de Bernard Trépanier, se confirme.

Que ce soit sur l'ordre de grandeur des montants, Dumont parlait de 850 000$, Michel Lalonde nous parle de 1,3 M$ et confirme qu'il a vu le coffre-fort et qu'après le départ de Trépanier des bureaux du parti de l'ex-maire Tremblay, il a poursuivi ses contributions à monsieur 3%. Déjà, on constate que les chiffres avancés par Dumont sont très conservateurs et les événements relatés en cette matière sont validés par un acteur important associé à ce système de collusion.

D'autre part, au sujet du fameux coffre-fort gourmand, Dumont a toujours dit qu'il était dans le bureau de Bernard Trépanier alors que celui dont Me Dorval, procureur d'Union Montréal nous parle abondamment, documenté de photos et factures, est et a toujours été, selon les prétentions de Me Dorval, celui qui se trouvait dans le bureau de Louis Lewis, directeur financier du parti Union Montréal.

De plus, madame Alexandra Pion a confirmé la présence de ce dit coffre-fort dans le bureau de Monsieur Trépanier et nous a révélé qu'il lui a demandé de compter de l'argent comptant. Comme plusieurs observateurs le prétendent dans le cas de Dumont, a-t-elle embelli sa vérité? Rappelons qu'elle n'a pas été contre-interrogée mais a corroboré certains aspects du témoignage de Martin Dumont.

Quant à la déclaration du maire Tremblay lors de l'élection partielle de 2004 à Saint-Laurent au local électoral d'Union Montréal, elle demeure plausible. À ce sujet, je paraphraserai J.Jacques Samson du Journal de Québec qui dit essentiellement que les politiciens ne veulent pas savoir à propos du financement de leur parti et l'entourage, pour les protéger, les éloignent le plus possible du financement.

On peut penser que Dumont est un témoin avec beaucoup de contradictions, mais il ne faut pas oublier qu'il a été un des rares témoins qui ne faisait pas partie du système. Ce système a été corroboré et décrit dans ses moindres détails par Michel Lalonde devant la commission.

N'eût été de sa contribution substantielle, la Commission Charbonneau aurait-elle réussi à comprendre aussi rapidement les mécanismes qui ont été dévoilés dans sa salle d'audience? Les témoins mis en cause auraient-ils confirmé aussi candidement ce que Dumont a vu et entendu en 2004-2005?

On aura beau le mettre en contradiction pour miner sa crédibilité et tenter de le ridiculiser sur la place publique, Martin Dumont est le seul à ce jour qui a pris, devant l'establishment envers et contre tous, ses responsabilités en dévoilant publiquement ce que plusieurs confirment aujourd'hui.

Pour cela, la population du Québec, la Commission Charbonneau, les gérants d'estrade et commentateurs politiques devraient se garder une petite gêne et remercier Martin Dumont car il a accompli son devoir de citoyen, ce que peu de gens dans sa situation auraient osé faire.

Twitter commente le contre-interrogatoire de Matin Dumont