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Les désarrois multiples d'un indépendantiste en 2017

Si je vote OUI pour un pays, mais avec qui exactement vais-je me retrouver dans ce pays? Des racistes? Des islamophobes?

11/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 11/07/2017 09:55 EDT
Serghei Piletchi
Les fédéralistes sont toujours désireux de sonner la mort de l'option indépendantiste.
Aime le peuple, évite la foule.
Franz Liszt

L'éditorial du 28 juin du Globe and Mail semble mettre le couvercle sur la marmite du mouvement indépendantiste québécois à la veille du 150e du Canada. L'éditorial du quotidien prétend que les Québécois francophones auraient acquis une forme d'autodétermination suffisante dans la province depuis 50 ans pour être satisfaits d'être partie intégrante de la fédération canadienne, une sorte de mariage sans amour selon une source souverainiste qui n'est pas nommée.

Alors que très certainement, ce constat venant d'anglophones n'habitant probablement pas le Québec plaira aux fédéralistes québécois, permettez-moi d'exprimer mon désaccord sur ce biffage plutôt expéditif du mouvement souverainiste. Les fédéralistes sont toujours désireux de sonner la mort de l'option indépendantiste, s'appuyant sur les intentions de vote au Parti québécois, un piètre baromètre du résultat d'un référendum sur la souveraineté.

L'appui à la souveraineté

Le plus récent sondage que j'ai trouvé sur les intentions de vote advenant un référendum sur la souveraineté au Québec est celui de Léger de mars 2017 dont le résultat est de 36% pour. Autrement dit, le tiers des Québécois, toutes ethnies et langues confondues, désire transformer cette province en pays. Dans le même sondage, si nous additionnons les intentions de vote au Parti québécois et à Québec Solidaire, les deux partis ouvertement souverainistes, nous obtenons (comme par hasard) 39%, dans la marge d'erreur de l'appui à la souveraineté.

Le tiers des Québécois qui se prononce sur une option, je ne considère pas cela comme une option morte à envoyer aux poubelles.

Le tiers des Québécois qui se prononce sur une option, je ne considère pas cela comme une option morte à envoyer aux poubelles. Peut-être si nous parlions d'un appui à 10%, pourrait-on affirmer que les souverainistes sont devenus marginaux, mais ce n'est pas le cas. Certes, on ne fonde pas un pays avec 36%, et selon moi, pas plus à 50.1%. Regardez seulement ce qui se passe aux États-Unis, cette superpuissance bipolaire avec deux moteurs fonctionnant en sens inverse l'un de l'autre.

On peut aussi apercevoir une curiosité dans ce sondage: le 9% de non-francophones qui voteraient OUI. S'agit-il d'excentriques ou de nihilistes anglophones? Ou tout simplement d'anglos de Montréal qui ne se sentent aucune affinité avec Toronto? Mystère. À ce sujet, je vous recommande le très intéressant documentaire Québec My Country Mon Pays de John Walker, un exilé anglo qui a eu le mal de la province.

Pas le moment de se réjouir

Bien qu'à 36%, l'idée du pays n'est pas morte, elle n'est pas forte, comme on dit si bien ici. Un premier désarroi pour un souverainiste est de voir les rangs de ses congénères diminués d'année en année, de mois en mois, comme le montrent ces tableaux de l'historique des intentions au vote référendaire de Léger. Mais... attendez... une descente aux enfers depuis 1995? Mais ce n'est pas ce que les sondages nous montrent. En fait, si un référendum avait eu lieu en mai 2005, la province serait un pays. Depuis ce moment, le OUI a glissé à 39% deux ans plus tard et oscille entre 36% et 47% depuis 10 ans, au gré des insultes du ROC (Rest of Canada), j'imagine.

Si quelqu'un voulait mettre ces données dans un fichier Excel et en produire un graphique, nous aurions un beau résumé du OUI à travers le temps et qu'il n'y a pas de quoi s'affoler, moi-même étant trop paresseux pour le faire, car cette supposée dégringolade du OUI m'épuise mentalement. J'ironise à peine.

Le bluff incompris du PQ

Mais mon désarroi est plus profond que des soustractions de pourcentage. J'ai toujours détesté l'idée d'associer un parti politique à la cause souverainiste. Je considère que le parti n'est que l'outil, le véhicule pour la cause et non la cause elle-même. Or, qu'on le veuille ou non, le PQ reste encore jusqu'à ce jour le meilleur véhicule pour l'indépendance. J'étais bien content du bluff de Jean-François Lisée, celui de sembler de mettre l'option sous le tapis pour l'élection de 2018, afin d'atteindre le pouvoir, car seulement avec le pouvoir peut-on atteindre la souveraineté, une notion toute simple qui échappe à plusieurs souverainistes, dirait-on.

Mais quelle ne fut pas ma déception quand je m'aperçus que ceux à qui le bluff était destiné, les électeurs du NON, ont très bien vu que le PQ aurait préparé la souveraineté en catimini jusqu'en 2022 ou même déclencher un référendum avant si les «conditions étaient favorables» et ont maintenu leur vote anti-PQ. Alors que de l'autre côté, ceux à qui le bluff n'était pas destiné, les électeurs du OUI, ont cru erronément que le PQ avait abandonné l'option souverainiste, et l'ont délaissé pour je ne sais trop quel tiers parti, plombant dans l'aile la moindre chance à la souveraineté. C'est totalement absurde. On dirait un mauvais film politique de série B.

Un pays avec qui exactement?

Enfin, mon plus grand désarroi est envers mes compatriotes. Les réseaux sociaux nous montrent le côté vilain de l'être humain et les récents évènements de terrorisme mondial, absolument pas relié à l'autodétermination du peuple québécois, ont révélé le racisme latent chez plusieurs de nos «de souche» dont nous étions si fiers de compter parmi nos rangs. Si je vote OUI pour un pays, mais avec qui exactement vais-je me retrouver dans ce pays? Des racistes? Des islamophobes? Je sais bien que Richard Martineau croit fermement qu'il a raison d'être islamophobe (ce n'est évidemment pas le mot qu'il emploie), mais moi je crois fermement qu'il est dans le tort.

Oui pour l'indépendance, mais est-ce que je voudrais faire partie de ce pays?

Dans ce dialogue de sourds où probablement personne ne va changer d'avis sur ses positions par rapport aux musulmans, pour la première fois, je préfèrerais être avec mes amis canadien-anglais que québécois. Alors que j'ai toujours cru que la langue francophone unissait le peuple québécois et les valeurs d'acceptation allaient suivre, je réalise que je suis plus près des valeurs anglophones, pour le peu qu'on peut associer des valeurs à une langue. Oui pour l'indépendance, mais est-ce que je voudrais faire partie de ce pays?

Je ne le sais plus et la raison de mon grand désarroi d'indépendantiste de 2017.

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