LES BLOGUES

La série Vietnam de Ken Burns et Lynn Novick

Parce que nous entrerons «peut-être» bientôt en conflit dans cette même région de l'Asie, il vous faut comprendre ce qu'est la guerre.

28/10/2017 08:00 EDT
quicksnapphoto via Getty Images
La grande révélation du documentaire est que les politiciens sont malhonnêtes! Hé oui, et avec preuve.
Television brought the brutality of war into the comfort of the living room. Vietnam was lost in the living rooms of America - not on the battlefields of Vietnam.Marshall McLuhan

L'émission Les Grands Reportages à RDI présente tous les lundis d'automne la magistrale série documentaire The Vietnam War, par le célèbre documentariste américain Ken Burns et sa coréalisatrice Lynn Novick. Ce documentaire de 10 épisodes en version originale anglaise totalise plus de 17 heures d'entrevues récentes, de photos et vidéos d'époque ainsi que des enregistrements audios uniques des conversations téléphoniques de la Maison-Blanche.

Au Québec, nous avons l'heureuse chance pour ceux qui veulent le visionner en français (attention, c'est franchouillard, pas québécois) de nous pointer les lundis soir devant le téléviseur, la série ayant été adaptée spécialement pour ICI RDI dans un format de 9 épisodes de une heure chacun. Vous comprendrez donc que la version française qui a débuté le 16 octobre est la moitié du documentaire originale.

J'ai visionné les 18 heures de documentaires au réseau PBS quand ce fut la primeur en septembre. Il fallait bien ajuster son enregistreur, car la série a été diffusée pendant 2 semaines à raison de 5 émissions par semaine, un marathon de Viêt Nam. Sans compter les nombreuses rediffusions chères à ce poste (PBS) incluant des versions pour les malentendants.

Parce que nous entrerons «peut-être» bientôt en conflit dans cette même région de l'Asie, il vous faut comprendre ce qu'est la guerre.

La série est toujours en rediffusion présentement à ce même PBS, vous pouvez aussi visionner les épisodes sur le site de PBS (payant) en 5 versions différentes, dont une non censurée (fuck fuck fuck fuck) et une en vietnamien. Pourquoi vous dis-je tout cela? Parce que vous n'avez aucune bonne raison DE NE PAS écouter et regarder cet important documentaire d'une période troublée de l'histoire du monde, et ce, même si vous n'avez aucune relation familiale, amicale, sentimentale avec les États-Unis et même si vous êtes nés bien après. Parce que nous entrerons «peut-être» bientôt en conflit dans cette même région de l'Asie, il vous faut comprendre ce qu'est la guerre.

Cruelle Critique: The Vietnam War

J'ai donc visionné récemment les 10 épisodes de longueur variable, certain de 1h30 et d'autres de près de 2 heures. L'équivalent de 10 films au cinéma. Les épisodes sont agencés de façon chronologique débutant avec la période d'Indochine avant la participation américaine. Et cela se termine de nos jours avec les commémorations de cette guerre tragique.

J'ai commencé tranquillement par un épisode par jour et puis vers la fin je n'en pouvais plus, j'ai écouté les 5 derniers épisodes en rafale. C'est ce qu'on appelle le «visionnage boulimique» (binge watching). Pourquoi ai-je fait cela? Parce que j'étais captivé tout simplement, même sachant la fin, c'est-à-dire un désastre pour la politique américaine étrangère. Il me fallait en venir à bout sans interruption et j'ai versé une petite larme, je vous explique plus loin.

Premièrement, pour ceux qui n'ont aucune idée de ce qui s'est passé au Viêt Nam entre 1950 et 1975 voici un ultra-court résumé: la région était sous contrôle français puis ils ont abandonné le pays et le Viêt Nam s'est divisé en deux, Nord (communiste) et Sud (non-communiste) qui s'affrontaient et les États-Unis ont soutenu le Sud contre le communisme, un peu au début puis de plus en plus d'envois de troupes et de bombes, mais les pertes américaines divisaient le peuple américain qui pouvait voir le déroulement de la guerre à la télévision presque en direct et une révolte étudiante s'est déclenchée aux États-Unis puis Saigon, la capitale du Sud, tombe aux mains du Nord et les Américains subissent la plus grande défaite militaire et diplomatique de leur histoire. Avec plus d'un million de morts, dont plus de 58 000 soldats américains.

Le génie de Ken Burns et Lynn Novick

Pour ceux qui connaissent le style Ken Burns, vous ne serez pas déroutés. Presque 30 documentaires plus tard, la formule est toujours la même: narration de Peter Coyote (il a la même voix que l'acteur Kevin Costner), l'image se concentre sur des photographies d'époque (souvent en noir et blanc) et un zoom se fait sur une partie de la photo pendant que la narration explique ou cite des paroles en rapport avec la photo. Tout cela entrecoupé par des entrevues récentes d'historiens, d'experts ou de témoins des évènements. Quelquefois l'interviewé est à gauche de l'écran, ensuite l'autre interviewé est à droite, et toujours sur un fond sombre.

Enfin, les épisodes sont souvent divisés en vignettes d'une dizaine de minutes, par exemple, la contribution des noirs d'Amérique par rapport au sujet ou une remarquable personne oubliée (souvent une femme ou un amérindien) qui obtient son moment de gloire posthume. Énoncé comme ça, ça semble ennuyant, mais c'est justement le génie de ces deux réalisateurs (que je n'ai pas) qu'au produit fini, ça ne l'est pas ennuyeux.

Dans le cas du documentaire The Vietnam War, j'avais peur qu'on sacrifie l'histoire officielle chronologique aux dépens des anecdotes des soldats et civils, mais non, un bel équilibre entre la narration du déroulement de la guerre et des témoignages des participants de tous les camps (soldats américains, révolutionnaires étudiants, soldats du Viêt Nam Sud, soldats du Viêt Nam Nord) permet de comprendre les enjeux à la fois au niveau macro-politique et sur le terrain.

Les politiciens malhonnêtes

La grande révélation du documentaire est que les politiciens sont malhonnêtes! Hé oui, et avec preuve. D'incroyables enregistrements audios de Lyndon B. Johnson (LBJ) avec McNamara l'ancien bras droit de Kennedy et d'autres conseillers démontrent que les politiciens américains savaient dans quel bourbier ils s'étaient engagés, mais persistaient à enfoncer encore plus le bras américain dans l'engrenage de la défaite. Afin de sauver soit leur prochaine réélection ou de calmer les tensions étudiantes au pays.

Le dernier épisode parle du monument des vétérans de la guerre du Viêt Nam et vous ressentirez la même peine que ceux qui s'y rendent pour lire quelques-uns des 58 000 noms de sacrifiés pour aucune raison valable sauf la perfidie des dirigeants.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost