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Nous sommes maintenant dans le camp des «bad guys»

25/04/2017 09:29 EDT | Actualisé 25/04/2017 09:29 EDT

Vous remerciez les États-Unis d'être le gagnant de la Guerre Froide contre l'«Empire du Mal» (Evil Empire, terme utilisé par Ronald Reagan pour dénigrer l'URSS). Vous n'avez jamais douté que le capitalisme est le moins pire des systèmes économiques, que la démocratie est le moins pire des systèmes politiques, qu'elle est le salut de l'Humanité tel que le percevaient les Grecs Anciens. Vous n'avez jamais douté que vous viviez dans un pays situé du côté des «bons»: les good guys.

La grande majorité des actions militaires et politiques que votre pays et ses alliés prennent (souvent dans l'ombre ou l'assentiment des États-Unis) sont justes et justifiées et dans l'intérêt du bien commun de l'Humanité, pensez-vous. Vous vous réconfortez d'être né dans le bon camp. Vous êtes certain que vous et vos concitoyens avez raison. Vous êtes les gentils.

Et bien, avec Trump, peut-être devrions-nous penser que nous sommes maintenant, contre notre gré, avec les méchants.

Revisitons l'histoire

Ce n'est pas d'hier que les États-Unis posent des actions militaires dignes d'un empire belliqueux. Certains n'en ont jamais douté, mais probablement peu savent à quel point les États-Unis ont commencé des conflits et pas seulement joué à la police mondiale.

Avec la guerre froide qui fut (est-elle vraiment terminée?) une guerre idéologique entre deux systèmes politiques, comparable aux guerres de religion du passé, il est difficile d'affirmer de manière absolue qu'un camp a raison et l'autre a tort. Surtout quand on fait partie d'un des camps et qu'on reçoit la propagande de son camp à propos du camp adverse comme seule source d'information.

C'est pourquoi les États-Unis ont dépeint l'URSS comme cet ours communiste assoiffé de sang, prêt à une attaque-surprise de première frappe avec leurs missiles nucléaires ou bombardiers volant au-dessus du Canada. Donc, la pauvre victime américaine n'avait d'autre choix que de se défendre contre l'agresseur russe.

Or, c'était faux. Dans cet article à propos d'une doctrine de première frappe des États-Unis, on affirme qu'à l'époque de Kennedy, le bouillant général de l'Air Curtis LeMay contemplait une attaque-surprise sur l'URSS avec les missiles intercontinentaux. La propagande de l'époque annonçait erronément que l'URSS avait un avantage numérique en matière d'ogives nucléaires afin d'augmenter politiquement encore plus l'avantage américain.

Et que manigançaient les Russes pendant ce temps? Une stratégie de première frappe eux aussi? Non. La Russie prévoyait survivre à une attaque nucléaire des méchants Américains, en construisant d'innombrables abris souterrains pour la population, une stratégie de défense en quelque sorte, pendant que les Américains timidement prenaient les mêmes mesures sans trop y croire, par exemple le fameux film Duck and Cover, enseignant stupidement aux enfants de se cacher en dessous d'une table lors d'une attaque nucléaire.

Et de nos jours?

Après la désintégration (probablement temporaire) de l'empire russe commencée en 1989 avec la chute du Mur de Berlin, il n'est pas étonnant que les États-Unis se soient permis une guerre en Irak en 1990, traditionnellement faisant partie de la sphère d'influence russe. C'est comme si les États-Unis affaiblis par une hypothétique deuxième guerre de Sécession en 1989 auraient vu les troupes russes envahir le Mexique pour y établir un état communiste. Ne serions-nous pas outrés en Amérique du Nord?

Après tout ça, on s'étonnera du 11 septembre 2001. Et Bush junior d'en rajouter avec la deuxième guerre d'Irak en 2003, indirectement responsable de la création du groupe État islamique et des nombreux actes terroristes des loups solitaires.

En voyez-vous beaucoup des drones chinois ou russes se promener hors de leurs pays et tuer des cibles ainsi que quelques victimes innocentes collatérales?

Sans oublier que même le pacifique Obama a autorisé l'emploi des drones pour des assassinats en tant que police mondiale, quoique tout ça est camouflé sous le prétexte d'une guerre contre un ennemi invisible qui s'appelle terrorisme. En voyez-vous beaucoup des drones chinois ou russes se promener hors de leurs pays et tuer des cibles ainsi que quelques victimes innocentes collatérales?

Si ce n'était pas évident jusqu'à maintenant que notre voisin est un gros intimidateur mondial, avec Trump, ce l'est tout simplement sans honte, semble-t-il.

J'en ai pour preuve trois actions.

La frappe en Syrie

Trump a été ému en voyant les enfants mourir d'asphyxie par le gaz sarin, des clips probablement visionnés au réseau Fox. Et d'envoyer 59 missiles Tomahawk sur un aéroport militaire syrien en représailles, un geste futile selon cet article, mais un geste politique.

Par chevalerie, les militaires ont averti les occupants russes et syriens de la base une heure avant sa destruction, cependant, ils n'ont ni atteint les stocks de gaz sarin, ni mis hors d'état l'aéroport de façon permanente. Une démonstration de musculature américaine au coût entre 60 et 90 millions.

Ma question: où était Trump quand les frappes américaines ont tué des enfants irakiens? A-t-il été ému?

MOAB et le porte-avions Carl Vinson

Ce que Trump ne pouvait se permettre quand il n'était qu'un entrepreneur immobilier ce sont les joujous militaires auxquels il a maintenant accès. La MOAB (vrai nom Massive Ordnance Air Blast, surnom Mother of all Bombs) a été larguée le 13 avril 2017 au-dessus d'une série de tunnels en Afghanistan abritant supposément l'État islamique section Khorasan. Une bombe jamais utilisée jusqu'à présent qui aurait causé quelques victimes civiles à plusieurs kilomètres de distance.

Autre joujou préféré de Trump: les porte-avions. Le Carl Vinson, entre autres, qui se promène allégrement dans le Pacifique et en Asie, comme si une si imposante flotte passait inaperçue même avec de simples observateurs visuels, dans le but d'effrayer la Corée du Nord, un état rebelle déjà effrayé par la superpuissance américaine (de là sa quête de l'arme nucléaire). Imaginez seulement si une flotte russe se pointait au large de Terre-Neuve pour effrayer le Canada. Ne serions-nous pas outrés avec raison?

Que nous soyons d'accord ou pas, notre voisin qui s'offusque contre notre industrie laitière et forestière est un intimidateur mondial. Par association géographique, nous sommes malheureusement dans le camp des coupables que l'Histoire jugera.

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