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Regard sceptique sur l'affaire Madeleine McCann (2e partie)

26/05/2017 09:47 EDT | Actualisé 26/05/2017 09:47 EDT

Le 25 mai dernier, pour la journée internationale des enfants disparus, tous ceux qui s'intéressent au sort de la petite Madeleine McCann sont toujours dans la plus profonde incompréhension sur cette affaire non résolue.

Précédemment, j'écrivais sur les faits sur sa disparition, il y a 10 ans. Le 12 mai dernier, elle a eu 14 ans si elle est toujours vivante. Depuis cet évènement en 2007, nombre de rebondissements se sont produits dans l'enquête avec des révélations à chaque anniversaire de cette triste journée afin de relancer l'intérêt sur la disparation. Il s'agit plus que d'un fait divers, car cette tragédie a soulevé les tensions entre la Grande-Bretagne et le Portugal et entre les classes sociales chez les Britanniques.

Détective d'estrade

Si j'appliquais les règles strictes d'une enquête menée de manière sceptique ici, mon article se terminerait maintenant, car je devrais moi-même avoir accès aux rapports de police, interviewer les parents et me rendre sur place pour constater les lieux du crime. Comme je n'ai rien fait de tout cela, je ne pourrais me permettre d'élucider quoi que ce soit. Mais ce serait bien ennuyant, n'est-ce pas?

Cette enquête hyper médiatisée regorge de déclarations des autorités et des parents, amis et témoins ainsi que du coulage d'information.

C'est pourquoi je délaisse temporairement mon chapeau sceptique et mets celui de détective d'estrade. Cette enquête hyper médiatisée regorge de déclarations des autorités et des parents, amis et témoins ainsi que du coulage d'information. Il est donc quand même possible de se prononcer un tant soit peu sur l'affaire en analysant les faits à travers les médias, autrement dit jouer au détective tout comme le public britannique s'y autorise, divisé depuis 10 ans sur ce sujet.

Ces deux camps qu'on appelle les pro-McCann et les anti-McCann, disculpe ou accuse respectivement les parents, le tout teinté de patriotisme et de haine des élites.

La collaboration des parents à l'enquête

J'avais terminé la première partie de ce billet sur les soupçons de la police portugaise concernant les parents. En fait, il semble qu'elle s'est concentré à inculper les parents par tous les moyens possibles dès le début. Voyant cela, ceux-ci ont évidemment refusé de collaborer à l'enquête, plusieurs interprétant cela comme un aveu de leur culpabilité. Mais ne feriez-vous pas de même à leur place? Si vous êtes innocents et vous constatiez que la police essaie de vous coffrer, ne refuseriez-vous pas de collaborer, car vous sauriez que tout ce que vous dîtes ne servirait qu'à vous accuser? Et si vous êtes coupables, il serait normal de ne pas collaborer quoique vous pourriez aussi jouer la comédie.

Donc, on ne peut déduire la culpabilité des parents à partir de leur aide à l'enquête ou pas. C'est souvent un argument des anti-McCann de soulever que les parents ne collaborent pas, donc ils sont nécessairement coupables. Mais mon regard sceptique montre qu'on ne peut rien déduire de la collaboration des parents tenant compte que la police portugaise les soupçonne depuis le début et dans un sens, elle-même ne collabore pas à l'enquête menée par les parents pour retrouver leur fille (ils ont engagé leur propre détective) dans l'hypothèse que les parents soient innocents, évidemment.

La crédibilité de la police portugaise

Un argument plus solide serait de donner sa confiance aux corps policiers. Si la police portugaise a soupçonné les parents, elle devait posséder de bons indices, ayant accès aux lieux du crime et ayant interviewé les parents et témoins sur place, leur dossier sur l'affaire est surement assez touffu. Or, les pro-McCann mettent en doute l'efficacité de la police portugaise en comparaison à Scotland Yard (la police britannique) allant même jusqu'à les accuser de complot pour ne pas nuire au tourisme du Portugal en cachant les potentiels abuseurs sexuels qui séviraient autour des lieux de villégiature dans cette partie du Portugal.

Plusieurs affirmations sont soulevées ici et j'ai voulu en vérifier quelques-unes. Premièrement, le rang de la police portugaise dans le monde. Est-elle si inefficace que certains le croient? Il faut savoir que contrairement au Québec où chaque corps de police possède son unité d'enquête criminelle, la police portugaise sépare les enquêtes criminelles des autres fonctions de la police, si bien que l'enquête de la disparition de Madeleine McCann a été donnée à la Policie Judiciaire (Polícia Judiciária) de la région de Portimão commandée par le nébuleux Gonçalo Amaral.

Gonçalo Amaral

Toute cette histoire n'aurait pas fait les manchettes pendant 10 années si le curieux Gonçalo Amaral était au-dessus de tout soupçon. Or, ce chef de police a été condamné exactement deux ans après la disparition de Madeleine pour une dissimulation dans une autre affaire de disparition d'une enfant en 2004 dans la même région. Il aurait falsifié des documents pour couvrir les policiers qui ont obtenu illégalement (en les torturant) les soi-disant aveux des coupables de ce crime résolu en un mois.

Encore plus troublant, ce chef de police fut accusé un mois seulement après la disparition de Madeleine pour son parjure, mais est resté en fonction plusieurs mois avant d'être transféré à une autre région en octobre 2007. Pendant tous ces mois, l'enquête s'est concentrée à incriminer les parents McCann. Et de rocambolesque en rocambolesque, il écrira un livre en juillet 2008 fournissant ses théories de complot sur la culpabilité des McCann et ceux-ci iront en cours pour arrêter la publication, une tentative qui sera vaine jusqu'en Cour Suprême du Portugal.

On peut donc conclure que la police portugaise de cette région agissait de manière très peu professionnelle et par conséquent mettre en doute leurs constatations. Ce qui n'innocente pas automatiquement les McCann.

Que penser?

Je pourrais continuer ainsi de fait en fait et d'argument en argument, mais cette petite introduction à la pensée sceptique montre comment décortiquer ce qui apparait dans les médias. Mon opinion personnelle sur ce cas est 50/50. À moins de trouver le corps ou Madeleine vivante, il est bien possible que nous ne saurons jamais la vérité.

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