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Chaires pour chercheurs étrangers, pour faire contrepoids

La venue de ses nouveaux chercheurs insufflera des idées nouvelles dont nos universités ont bien besoin.

10/08/2017 09:00 EDT
skynesher
De moins en moins de citoyens font confiance aux universitaires.

Les journaux nous apprennent que dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération, le gouvernement canadien ouvre 150 chaires dans nos universités à des chercheurs étrangers. J'appuie sans réserve cette belle initiative qui combat l'inceste académique qui caractérise de plus en plus le monde des études supérieures.

Devant le nivellement par le bas qui gangrène nos universités depuis 1980, il est temps que notre gouvernement prenne les mesures nécessaires pour que le Canada reste compétitif face aux autres pays développés.

Voici quelques exemples des conséquences de ce nivellement par le bas. À l'UQO, incluant le campus Saint-Jérôme, les deux tiers des cours de premier cycle et près de la moitié des cours du deuxième cycle sont enseignés par des chargés de cours. De plus en plus d'ex-politiciens, d'ex-syndicalistes, etc. enseignent dans nos universités, sans avoir obtenu une maitrise ou un doctorat.

De moins en moins de citoyens font confiance aux universitaires. L'ex-rectrice de McGill a touché plus de 750 000$ dollars lors de son départ. Plusieurs autres universités ont connu le même problème. Si vous ajoutez à ces généreuses primes, les prises de position idéologique pour défendre les religions, combatte la Charte des Valeurs du PQ, exciter à les étudiants du Printemps Érable, des grands professeurs de philosophie catholique comme Charles Taylor et Daniel Weinstock de McGill, Michel Seymour, Christian Nadeau de l'UdM, Jocelyn Maclure de l'ULaval et le sociologue interculturel Gérard ''Elvis'' Bouchard de l'UQAC, on se rend bien compte que le bon sens n'a plus la cote dans nos institutions de haut savoir. J'ai comme l'impression que l'universitaire traditionnel, qui consacrait son temps à la recherche fondamentale a disparu. Plusieurs professeurs se comportent de nos jours, comme le bouffon du roi du Moyen Âge. Ils me donnent l'impression d'être des hommes du ressentiment.

Plusieurs sujets non académiques occupent de plus en plus nos étudiants qui réagissent ainsi parce qu'ils ne sont pas à leur place. La censure, à l'UQAM, qui consiste à empêcher un conférencier invité de parler devient la norme, l'appropriation culturelle qui a mis fin aux cours de yoga parascolaires donnés à l'université d'Ottawa, la culture du viol systémique à l'ULaval, la notion d'espace sécuritaire, constituent les problèmes «systémiques et endémiques» qui mobilisent de plus en plus les énergies intellectuelles vitales de nos universitaires à l'heure actuelle.

J'espère que cette mesure du gouvernement Trudeau réduira l'influence du clientélisme qui caractérise nos universités.

J'espère que cette mesure du gouvernement Trudeau réduira l'influence du clientélisme qui caractérise nos universités. Quand nos politiciens sont rendus à présenter les cégeps et les universités en région comme des sources de financement utiles pour ces communautés éloignées, on intuitionne un problème. Ces institutions de haut savoir ne jouent plus le rôle pour lequel elles ont été créées.

Je travaille dans le monde de l'éducation depuis 50 ans. J'ai constaté qu'une forme moderne d'inceste se pratiquait à grande échelle, l'inceste académique. Il y a quelques années, j'ai rencontré un collègue du bac en philo. Il avait obtenu son bac, sa maitrise et son doctorat à l'UQAM et maintenant il enseignait dans la même université. Nous avons parlé de certains anciens camarades d'études, qui faisaient de même. J'ai été surpris.

Traditionnellement, l'université visait, son nom l'indique bien, le véhicule de l'univers des connaissances, l'étude de l'ensemble du savoir. Ce qui impliquait autrefois, que l'étudiant passe une année de son bac dans un autre pays, comme c'est le cas aux HEC actuellement et à Harvard. La connaissance s'acquiert dans les livres, mais aussi en vivant à l'étranger, en discutant avec des gens qui possèdent des coutumes différentes des nôtres, etc.

Le fait d'aller enseigner à l'étranger devrait constituer une condition obligatoire dans la carrière d'un professeur. Tout comme l'obtention des diplômes d'études supérieurs, qui devraient se faire dans au moins deux universités. Malheureusement, pour toutes sortes de raisons, l'inceste académique est pratiqué et accepté à grande échelle dans nos universités et collèges.

Enseigner pendant toute sa carrière de 35 années dans un même collège ou université limite énormément la découverte de nouvelles idées. Le professeur peut être branché sur Facebook, cela n'est pas suffisant. En adhérant à un syndicat, les professeurs protègent leur sécurité d'emploi, ce qui entraine qu'ils sont moins portés à aller se renseigner à l'étranger pour se perfectionner. Syndiqués les professeurs des institutions de haut savoir deviennent comme des cols bleus.

Le gouvernement qui vise l'intérêt général propose un bon programme en permettant à des chercheurs reconnus à l'étranger de venir travailler au Canada et de nous faire profiter de leurs compétences.

Cette nouveauté s'attaque à l'esprit tribal qui caractérise nos institutions de haut savoir. La peur de l'étranger est inscrite dans nos gènes, même si ces derniers sont munis de plusieurs diplômes. Cette mesure du gouvernement prône l'inclusion qui est une des caractéristiques du Canada.

Ce faisant, le gouvernement contribue à lutter contre toutes les formes de pensée tribales qui subsistent encore dans notre société. Il reste à souhaiter qu'après s'être attaquées à l'inceste académique, les autorités de notre pays lancent des pistes de réflexion sur les autres attitudes qui nous empêchent d'avancer.

La venue de ses nouveaux chercheurs insufflera des idées nouvelles dont nos universités ont bien besoin. Souhaitons que leur sélection ne se fasse pas sur la base de critères idéologiques, marqués par la rectitude politique, qui décourage toute recherche libre.

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