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Une réforme malade envers et contre tous

15/11/2014 09:07 EST | Actualisé 15/01/2015 05:12 EST

Connaissez-vous le projet de loi 10 ? Ce projet vise à modifier en profondeur l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux. S'il devait être adopté tel quel, les effets sur le personnel et les services aux patients seraient catastrophiques.

Pratiquement tous les intervenants et intervenantes de la santé s'entendent pour dire que cette réforme, combinée aux nombreuses compressions imposées au réseau de la santé et des services sociaux, compromettra les services. Les seuls à applaudir sont les membres de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) qui y voient une opportunité de mettre le grappin sur les fonds publics en récoltant des contrats d'approvisionnement ou de sous-traitance.

La démocratie, cette empêcheuse de tourner en rond...

Un des effets néfastes de ce projet de loi centralisateur est qu'il marque un recul certain de la participation citoyenne aux conseils d'administration des établissements de santé. Cela semble être une marotte des libéraux à vrai dire. Les rumeurs de réorganisation de la gouvernance du système scolaire et des services à la petite enfance vont dans le même sens. De plus, la réforme proposée par le ministre Barrette est menée à vitesse grand V sans réelle volonté de consulter les acteurs du milieu et sans que la population ait donné un mandat clair en ce sens.

Il semble que pour nos élus, la démocratie soit trop lourde à porter. Les conséquences sont nombreuses : les recours seront plus difficiles à exercer pour les citoyennes et citoyens, les attributions de contrats se feront avec des contrôles moindres, etc. En effet, le projet de loi prévoit une baisse du nombre de conseils d'administration dans le réseau et une centralisation sans commune mesure des pouvoirs de décision entre les seules mains du ministre. Il y a lieu de craindre une accélération de la privatisation et de la sous-traitance dans ce contexte.

Une réforme colonialiste

Pour les régions, cette réforme s'inscrit en ligne directe avec la perte d'autonomie que le Parti libéral du Québec (PLQ) est en train de leur imposer avec son plan d'austérité - pensons seulement à l'abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) et des Centres locaux de développement (CLD). Avec le projet de loi 10, on abolit le niveau de gestion local. Les établissements deviendront de simples points de services incapables de prendre des décisions adaptées aux réalités régionales. Pourtant, la réalité d'Alma est bien différente de celle de Sept-Îles, de Matane ou de Maniwaki. C'est une véritable mise en tutelle des régions par le ministre Barrette !

Le modèle albertain ?

Ce projet de loi semble vouloir imiter la réforme albertaine en santé. Quels ont été les résultats de cette réforme ? Une explosion des coûts de santé, une augmentation fulgurante de la bureaucratie, moins de services et une attente interminable pour les patients ! Connaissant les conséquences d'une telle réforme, pourquoi s'entêter ?

Rien ne démontre les économies qui seront réalisées et il n'y a aucun plan de réinvestissement dans le réseau. Le ministre Barrette pratique également une forme de pensée magique puisqu'il croit que cette réforme se fera sans coût. Quel est le véritable objectif ?

Des solutions simples

Si l'objectif est de réellement servir les patients et de mieux financer le réseau de la santé et des services sociaux, il existe des solutions simples et peu coûteuses. Freiner la croissance du secteur privé en santé serait déjà un bon début et permettrait de renforcer l'expertise publique dans le domaine. Accroître l'autonomie professionnelle du personnel soignant plutôt que de chercher à toujours plus mesurer et encadrer leur performance est une autre idée qui ne coûte rien et qui rapporte gros.

Pour ce qui est du financement, une assurance médicament entièrement publique pourrait nous permettre d'économiser un milliard de dollars annuellement ! On pourrait en économiser deux de plus en révisant les avantages fiscaux et industriels que nous consentons aux pharmaceutiques. On parle ici de 3 000 millions de dollars. Ce n'est pas rien ! Vous voulez plus de millions ? En ne permettant plus aux médecins de s'incorporer, ce sont 150 millions de dollars qui reviennent dans le réseau.

En augmentant l'accès aux sages-femmes, on économise encore plus, de même qu'en réinvestissant en prévention et en santé publique. On peut aussi économiser beaucoup en arrêtant de recourir au personnel d'agences de placement et aux heures supplémentaires obligatoires plutôt que d'engager du personnel. Les solutions existent, il suffit d'être à l'écoute. Manifestement, le ministre fait la sourde oreille, mais le volume monte, il n'aura d'autre choix que de se rendre à l'évidence.

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