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Réforme du travail: la France impose la précarité et un recul pour les travailleurs

19/04/2016 10:25 EDT | Actualisé 20/04/2017 05:12 EDT

Avez-vous remarqué les manifestations qui ont lieu en ce moment en France? Le mouvement #NuitDebout ou, encore, le mouvement #Onvautmieuxqueça, ça vous dit quelque chose? Tout cela a commencé avec une réforme très controversée du Code du travail français : le projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs.

Ce titre est positif, non? En fait, il est en totale contradiction avec le contenu. Il l'est tellement, d'ailleurs, que devant le vaste mouvement de protestation qui s'organise partout en France, la ministre du Travail a retiré l'expression «nouvelles libertés» de l'intitulé. Parce qu'il y a quand même des limites à prendre les Français pour des imbéciles...

Disparités de traitement, précarité et «flexibilité» au menu

La réforme s'inscrit dans une longue lignée de réformes qui ont précarisé l'emploi pour les travailleuses et travailleurs français. Depuis que le gouvernement de Lionel Jospin a mis en place la loi des 35 heures, le patronat français veut pouvoir augmenter le temps de travail de ses personnes salariées (sans compensation) et les licencier plus aisément.

La loi El Khomri prévoit l'augmentation du temps de travail quotidien de 10 à 12 heures par jour et jusqu'à 60 heures par semaine si un accord particulier intervient entre l'entreprise et ses personnes salariées. Par ailleurs, les heures supplémentaires seraient moins bien rémunérées! Lorsque l'on sait que certaines entreprises négocient en menaçant d'une fermeture, il est assez probable que les employées et employés acceptent ces accords.

Un employeur pourrait prétexter une quelconque baisse d'activité temporaire (sans avoir à les justifier!) pour imposer une baisse de salaire à une personne salariée. Si cette dernière refusait, elle pourrait être licenciée pour des motifs disciplinaires, et non plus pour des motifs économiques, compliquant sa situation au chômage. Il s'agit d'un gros cadeau au patronat puisqu'actuellement, les licenciements pour motifs économiques sont encadrés de façon beaucoup plus stricte.

C'est d'autant plus inquiétant que les indemnités pour licenciement ne seraient plus soumises à l'appréciation d'un juge, mais plafonnées à un niveau si bas qu'il n'y aurait plus vraiment d'obstacle au licenciement abusif.

En plus de tout cela, la durée du travail des apprentis mineurs (et on ne parle pas ici des travailleurs des mines, mais bien des travailleurs de moins de 18 ans) pourrait être augmentée sur simple décision du patron, jusqu'à 10 heures par jour et 40 heures par semaine, là où il fallait auparavant une dérogation de l'inspection du travail.

Que la pointe de l'iceberg

Ce n'est pas tout, cette réforme majeure comporte tellement de clauses différentes que même la ministre qui en est responsable ne les comprend pas tout à fait. Il s'agit en réalité d'une véritable révolution en matière de protection des travailleuses et travailleurs. On y voit poindre la primauté des droits individuels et des entreprises sur les droits collectifs des travailleuses et travailleurs.

Décidément, on n'a plus les socialistes qu'on avait. Essentiellement, ils ont capitulé devant les employeurs, les seuls qui se voient avantagés par cette nouvelle législation qui précarise davantage l'emploi. Le message qu'on envoie aux travailleuses et travailleurs, c'est qu'ils devront travailler plus, pour moins, au profit des compagnies pour lesquelles ils travaillent.

Le peuple français n'est pas dupe. C'est pourquoi il est dans la rue, à Paris, à Neuilly, à Nantes, à Marseille dans le cadre du mouvement #NuitDebout. C'est aussi pourquoi les jeunes vedettes françaises de YouTube ont lancé une mobilisation citoyenne, affirmant haut et fort : #Onvautmieuxqueça.

Cette réforme n'est qu'une goutte de plus, celle qui aura fait déborder le vase après un chômage en croissance depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Hollande. Les Français sont en train de perdre confiance en leurs institutions politiques et le manifestent bruyamment. Espérons pour nos collègues français que le gouvernement saura les entendre et remettre ce projet de loi aux calendes grecques!

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