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La privatisation tranquille

29/06/2015 11:04 EDT | Actualisé 29/06/2016 05:12 EDT

De plus en plus souvent, les patients sont amenés à payer pour recevoir certains soins, pourtant couverts par l'assurance-maladie, lorsqu'ils consultent dans les cabinets de médecins. Cela vous semble-t-il étrange, lorsqu'on sait que tout ce qui est médicalement nécessaire doit être accessible gratuitement pour les patients?

Vous est-il déjà arrivé, ou à un de vos proches, de vous faire facturer certains frais pour des gouttes oculaires, une injection de médicament, une prise de sang, etc.? Il y a de grandes chances que la réponse à cette question soit oui. Voilà ce qu'en pense le ministre de la Santé et des Services sociaux: «ça existe, les gens s'en servent et la majorité des gens qui s'en servent sont bien contents avec ça», nous dit Gaétan Barrette. Plutôt que de se questionner sur les raisons qui poussent certaines cliniques à exiger ces frais supplémentaires aux patients, le ministre s'apprête à en normaliser la pratique.

Désengagement de l'État

Se prétendant incapable de mieux financer les cliniques, le ministre veut refiler la facture aux patients. Il l'admet lui-même! Dans un article paru dans Le Devoir, le 17 juin dernier, le ministre affirme ceci:

Je pourrais très bien arriver et dire, à partir de maintenant, je couvre la totalité du service en question dans la RAMQ. Mais quand j'ai fait l'évaluation récemment - ça fait un mois que je suis là-dessus -, c'est une facture qui peut grimper jusqu'à au moins 50 millions de dollars. Est-ce que moi, j'ai les moyens de ramener dans le public toutes ces activités? La réponse à ça, budgétairement, c'est non.

En ouvrant la porte à la pleine reconnaissance de ces frais accessoires demandés aux patients lorsqu'ils consultent un médecin, Gaétan Barrette s'attaque de plein fouet à l'accessibilité des soins de santé, qui est pourtant le grand principe qui sous-tend la création de notre système public de santé.

Privatisation tranquille

La loi interdit aux cliniques de facturer autre chose que les coûts des médicaments qui sont administrés aux patients lors d'un traitement. Cela signifie que les cliniques ne peuvent facturer leurs frais de gestion. Elles en viennent donc à surfacturer certains actes pourtant couverts par la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ). En multipliant ainsi les frais facturés aux patients et en normalisant cette pratique, pour compenser les frais de gestion des cliniques au lieu de les financer adéquatement, Gaétan Barrette autorise et encourage une forme de privatisation du financement des soins.

En encourageant la création de «supercliniques», on peut s'attendre à voir exploser la facturation de frais accessoires aux patients. Ce choix politique ne peut relever que d'une volonté de privatiser davantage notre système de santé.

Volonté politique pour le système public

Le ministre de la Santé et des Services sociaux abdique ses responsabilités. Au lieu de les pelleter dans la cour des patients, il devrait mettre à profit sa légendaire combativité pour effectuer un mouvement vers une plus grande prestation publique de soins de santé et un meilleur financement de ces derniers.

Plus d'un milliard de dollars pourraient possiblement être récupérés si le Québec faisait une véritable révision de la politique du médicament. C'est là bien plus que les 50 millions qui manquent pour éliminer les frais accessoires !

Notre système public peut et doit s'assurer que tous les patients ont accès aux soins médicalement nécessaires, sans débourser pour des frais supplémentaires, ni contracter une assurance privée. La santé n'est pas une relation d'affaires. Nous pouvons faire ce choix comme société. Nous en avons les moyens, il suffit d'y mettre un peu de volonté politique.

Références :

Feu vert aux frais accessoires

La surfacturation médicale. Quand le médecin veut nous faire payer des soins couverts

Registre des frais facturés lors de consultations médicales mis en place par la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles

Recours collectif concernant la surfacturation illégale par les médecins et les cliniques

Assurance médicaments : des économies potentielles de 3,3 milliards $ par année

La CSQ souhaite une véritable révision de la politique du médicament

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