LES BLOGUES

L'ombre qui se cache derrière C-377

17/05/2013 12:18 EDT | Actualisé 16/07/2013 05:12 EDT
Alamy

L'ombre derrière le projet de loi C-377 porte un nom et ce n'est pas celui du député conservateur d'arrière-ban, Russ Hiebert, qui a été utilisé pour servir d'écran de fumée afin de cacher la source véritable de cette offensive antisyndicale sans pareil au Parlement canadien. Il s'agit plutôt d'un puissant groupe d'intérêts antisyndical, Merit Canada, créé en novembre 2008 par huit différentes associations provinciales d'employeurs de la construction, absentes au Québec, et prêtes à tout pour combattre le droit des travailleuses et des travailleurs à se regrouper pour défendre leurs intérêts.

Une discrétion... troublante

Sans les actions de lobbying soutenues menées par Merit Canada, il n'y aurait jamais eu de projet de loi C-377. Rarement aura-t-on vu au pays une telle relation incestueuse entre des membres du Parlement et du Sénat, et un groupe d'entrepreneurs privés, déterminés à imposer à tous leur volonté et leur antisyndicalisme comme inspiration pour la rédaction et l'adoption d'un projet de loi. Pourtant, il a été bien peu question de ces relations inquiétantes pour notre démocratie dans nos médias. Une discrétion des journalistes, qui ont comme mission de nous informer, qui m'apparaît très troublante....

Cette organisation de droite livre une véritable guerre ouverte aux organisations syndicales. Elle a d'ailleurs multiplié les activités de lobbying au cours des dernières années auprès des membres du gouvernement Harper et du Sénat pour les convaincre d'adopter un projet de loi tel que C-377, afin de leur permettre d'espionner à leur guise les organisations syndicales et de mettre la main sur des renseignements précieux portant sur leur capacité financière.

Relations politiques étroites et lobbying

Les activités de lobbying de Merit Canada ont commencé par l'entremise des lobbyistes de Hill and Knowlton Canada, dont l'ex-ministre libéral Don Boudria. Il faut également savoir que la firme est présidée et dirigée au Canada par Michael Coates, qui a été le principal conseiller de Stephen Harper pour la préparation des débats des chefs en 2006 et en 2008.

Merit Canada a enfoncé à fond la pédale du lobbying à partir de juin 2011 en procédant à l'embauche d'un président (lobbyiste) à temps plein, en la personne de Terrance Oakey, auparavant vice-président des affaires avec le gouvernement fédéral pour le compte du Conseil canadien du commerce de détail. Il a également travaillé pour différents ministres et sénateurs conservateurs ainsi qu'au bureau national du parti à Ottawa.

Une « job de bras » antisyndicale endossée par Stephen Harper

Bref, Terrance Oakey avait tous les contacts nécessaires auprès des conservateurs pour exécuter la « job de bras » de Merit Canada contre les organisations syndicales. Le lobbyiste n'a pas perdu de temps puisque, du 31 août 2011 au 8 avril 2013, il s'est livré à pas moins de 94 rencontres auprès de membres du Sénat et du Parlement, dont le bureau du premier ministre, pour les convaincre d'adopter le controversé projet de loi antisyndical.

Stephen Harper, au risque de salir une fois de plus l'image du Canada auprès des institutions de droit international, n'a pas hésité à livrer la marchandise à ses amis de la droite et à se laisser aveugler pour son antisyndicalisme primaire. C'est une attitude pour le moins indigne d'un premier ministre qui se respecte... et qui respecte le pays qu'il représente.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Quelques controverses du gouvernement Harper