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Il faut guérir notre système de santé

Les soins aux personnes ne peuvent pas être traités comme une chaîne de montage bien huilée telle que l'imagine Gaétan Barrette.

13/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 13/09/2017 09:00 EDT
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Il y a une limite à essayer de toujours faire plus avec moins, et cette limite est rapidement atteinte lorsqu'on soigne des êtres humains comme c'est le cas dans nos hôpitaux, CLSC, CHSLD et autres établissements de santé.

Il n'y a pas à dire, notre système de santé est malade. Depuis l'imposition de la réforme Barrette, la situation ne fait qu'empirer. La semaine dernière, la chirurgienne générale du centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord a dénoncé les conditions de travail des infirmières du bloc opératoire dans un cri du cœur paru dans La Presse. Jeudi dernier, on apprenait que près de 40% des infirmières de l'urgence de l'hôpital de Maria sont en arrêt de travail. Les symptômes parlent. Il est impossible de continuer à prétendre que ce sont des problèmes individuels et il y a urgence d'agir!

L'organisation du travail au cœur du problème...

La maladie qui afflige notre système de santé et de services sociaux a un nom : Barrette. La réforme de notre bouillant ministre était hâtive et brouillonne. Lorsqu'on la combine à la saignée que son gouvernement a imposée aux budgets des CISSS et des CIUSSS, on se retrouve avec la recette parfaite pour augmenter indument la pression sur le personnel déjà surchargé, ce qui mène ultimement à l'épuisement et à la dépression.

Plusieurs recherches concernant les problèmes de santé mentale au travail ont démontré que l'organisation du travail est la cause de problèmes tels que le stress aigu et chronique, l'épuisement professionnel, la détresse psychologique, la dépression, le désespoir et les idéations suicidaires.

Les soins aux personnes ne peuvent pas être traités comme une chaîne de montage bien huilée telle que l'imagine Gaétan Barrette.

Il y a une limite à essayer de toujours faire plus avec moins, et cette limite est rapidement atteinte lorsqu'on soigne des êtres humains comme c'est le cas dans nos hôpitaux, CLSC, CHSLD et autres établissements de santé. Les soins aux personnes ne peuvent pas être traités comme une chaîne de montage bien huilée telle que l'imagine Gaétan Barrette. Travailler avec des humains, ça prend du temps. On engage les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes pour leurs compétences, certes, mais aussi pour leur dévouement et leur humanité.

Empêcher le personnel de la santé et des services sociaux de faire preuve d'humanité en gérant le réseau comme une usine à boulon est une mauvaise idée qui ne peut mener qu'à une forme de détresse et à un sentiment d'impuissance pour ces femmes et ces hommes qui soignent la population.

...et de la solution!

Lors du grand Forum sur l'organisation du travail tenu l'an dernier par la CSQ, plusieurs membres sont venus au micro pour exprimer leur désarroi, mais aussi leurs idées pour améliorer les choses par une meilleure organisation du travail.

Un consensus se dégage autour de l'importance de prendre la précarité par les cornes et de stabiliser les équipes de travail.

Un consensus se dégage autour de l'importance de prendre la précarité par les cornes et de stabiliser les équipes de travail. Juste en faisant ça, nous pourrions résoudre beaucoup de problèmes d'organisation et de planification du travail. En planifiant mieux, nous pourrions, par exemple, mettre fin aux heures supplémentaires obligatoires qui sont un irritant majeur chez le personnel infirmier!

L'erreur serait de penser que la responsabilité de s'adapter à un environnement de travail devenu invivable à la suite de la réforme chaotique et aux compressions récurrentes incombe au personnel. C'est plutôt aux gestionnaires, au ministère et, ultimement, au gouvernement de réaliser que le problème est systémique et que le personnel de la santé et des services sociaux a grand besoin de pouvoir souffler et d'avoir les ressources nécessaires pour s'occuper humainement des patients québécois!