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La nouvelle religion de notre monde meilleur...

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« Le Bon Dieu devra se faire à l'idée, il n'a plus le monopole sur le moment de la mort. «Il y a même un ex-prêtre qui l'a demandée, l'aide à mourir. Et il était accompagné par deux prêtres... » pouvait-on lire dans le journal Le Soleil. Quelle étrange façon d'apostropher Dieu en personne pour marquer la « révolution tendre » de certaines expériences vécues grâce au recours de l'aide médicale à mourir.

La lecture de ces lignes m'a tout de suite renvoyé au roman d'Aldous Huxley, Le meilleur des mondes. Je suis très étonné de constater à quel point cette dystopie, écrite en 1932, distille de plus en plus la fiction en réalité. En effet, le projet d'Huxley dénonçait deux tendances lourdes au regard de l'évolution politique des sociétés à venir, marquées par l'influence de la technoscience. Le premier est la substitution du Dieu traditionnel (Yahvé et le Christ) par un autre (le dieu Ford). Le second, découlant directement du premier, table sur la nécessité de banaliser le memento mori en organisant une mise en scène aseptisée et bucolique des temps de la fin.

Les médias nous offrent des témoignages tous plus poignants les uns que les autres. Il y a le meurtre par compassion dont est accusé Michel Cadotte, qui fait réagir à l'instantané nos politiques. Il y a l'émouvant Dr Viens, qui un lundi de Pâques (sic), « frissonne à la pensée qu'il aurait pu décliner sa première demande d'aide médicale à mourir » et se priver ainsi de vivre « un geste humain et médical d'une telle noblesse » ou encore le Dr Alain Naud, médecin-délivreur, témoignant des conversations en fin de vie comme « des rencontres qui sont d'une pureté absolue. » et évoquant la profession de foi d'une de ses patientes, qui au moment de mourir et en fermant les yeux pour une dernière fois a dit : «Merci pour tout. Vous êtes mon délivreur. Continuez de faire ce que vous faites pour les malades qui en auront besoin.»

« Mais vous déformez les faits Monsieur ! » s'exclameront ceux directement concernés par mes propos. » Ils verront dans ma façon de citer les articles des journaux, une façon de récupérer leurs propos en les ajustant au point de vue qui fait mon affaire. En cela, ils ont bien raison. C'est ça le point !

Pour influencer les débats sur ces questions délicates, les journalistes jouent sur la corde sensible de nos affections.

Pour influencer les débats sur ces questions délicates, les journalistes jouent sur la corde sensible de nos affections. Ce n'est pas un reproche, c'est une partie de leur travail. Mais ce qu'ils déforment dans leur reportage et que je déforme à mon tour, ne l'avait-il pas déjà été à la faveur des souvenirs évoqués par les acteurs eux-mêmes ? Quand on raconte, on biaise toujours. Ne vous est-il pas arrivé d'exagérer la grandeur de vos exploits ou de minimiser l'ampleur de vos erreurs ? Je pense que nous le faisons tous, c'est la part subjective de notre façon d'actualiser le passé.

Je pense que toute la question de la loi 2, et de l'urgence à déjà la modifier, n'a d'assise que sur cette construction d'un pathos nourri par l'appel aux sentiments. Rien de mal en soi, mais un peu comme pour la question des accommodements raisonnables, dont nous sommes les champions au Québec, j'y vois la marque d'un déséquilibre.

La loi 2 s'est établie en faisant fi de l'avis de la majorité des personnes entendues en commission parlementaire. Elle s'est construite et tend à se développer à la faveur d'une idéologie très voisine de ce qui est décrit dans le roman d'Huxley. Le désordre est lié à la place qu'on accorde aux sentiments et au peu de place qu'on fait à la raison. C'est là que le bât blesse et c'est le lien étroit qui lie les politiques d'aide à mourir et celles concernant les accommodements raisonnables. Nous ne réussissons pas à prendre la distance nécessaire pour examiner les problématiques complexes sous-tendant ces réalités. En lieu et place, nous restons trop collés à l'appel aux sentiments. Pour un témoignage bricolé, vous aurez son pendant contraire. Il ne s'agit pas de ne pas témoigner, il s'agit de discerner les raisons derrière les expériences. Ça, c'est tout un job !

En définitive, nous assistons peut-être à la naissance d'une nouvelle forme de religion avec ses prêtres nouveaux, promettant des morts paisibles avec leurs codes et leurs rites associés. Nous voyons poindre une fraternité nouvelle dont la devise est «communauté-identité-stabilité». Brave new world ! que notre Québec en mutation !

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