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Éducation publique: la renaissance et l'espoir

27/05/2014 08:53 EDT | Actualisé 27/07/2014 05:12 EDT

Mercredi dernier, j'ai appris plein de mauvaises nouvelles sur les écoles de Montréal. Pourtant, en fin de soirée, j'avais retrouvé l'espoir, j'étais confiant.

Mercredi soir dernier, j'ai donc assisté au Conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). J'y allais parce que la CSDM a annoncé au début du mois de mai qu'elle veut ajouter quatre nouveaux groupes dans l'école de quartier de mon fils, Saint-Jean-de-Brébeuf, sans ajouter de nouveaux espaces. Conséquemment, il faudrait transformer des locaux cruciaux au bon fonctionnement de l'école (aide aux élèves en difficulté, services de garde, cours en arts, enseignement de l'anglais) en salles de classe régulière. En clair, il faudrait, dans notre école publique, abolir des services qui permettent d'offrir une éducation de qualité à nos enfants du pré-scolaire et du primaire.

Avant de vous dire ce qui s'est passé mercredi soir, laissez-moi d'abord vous expliquer ce qui s'est passé à Saint-Jean-de-Brébeuf lorsque que le Conseil d'établissement (CÉ) de l'école a pris connaissance de la décision de la CSDM. Ce fut un électrochoc. Les parents et les professeurs qui y siègent ont immédiatement pris position contre ce projet. Les parents membres du CÉ ont mobilisés les autres parents, les professeurs membres du CÉ ont mobilisé leur syndicat. Et, ensemble, ils ont cherché et trouvé des solutions alternatives, écrit un manifeste pour dénoncer la situation et proposer des solutions, monté un site web, communiqué avec les média et demandés d'être entendus à la prochaine réunion du Conseil des commissaires de la CSDM qui se déroulait le 21 mai.

Nous y voilà! En transport en commun ou en covoiturage, nous nous sommes rendus à la réunion des commissaires : nos déléguées - une mère, une enseignante et une représentante syndicale - s'étaient fait promettre une participation à l'ordre du jour. Au total, nous étions une quarantaine de parents et des professeurs, heureux de nous voir en grand groupe, accompagnés d'une quinzaine de gamins qui s'occupaient avec leurs Legos, leurs dessins et leurs jeux électroniques. L'histoire pourrait s'arrêter là, et ce serait déjà une très belle réussite.

Mais il y a beaucoup plus. À notre arrivée, il y avait déjà des douzaines de personnes (plus de 200?) entassées dans le gymnase où se déroulait la réunion. Il faisait chaud. Des adultes, des gamins, des grands ados, des macarons pas contents. Des logos de syndicats. On révisait nerveusement des discours sur des feuilles branlantes.

La réunion commence et au point n°1, questions de l'assemblée, se mettent à défiler des dizaines de professionnels de l'enseignement (orthopédagogues, psychologues, animateurs et animatrice à la vie communautaire) qui clament leur colère de voir leurs postes coupés et qui demandent, indignés, qui va épauler les élèves en difficulté d'apprentissage, qui viennent d'arriver au Québec et qui ne parlent par encore français ou qui proviennent de familles « poquées ». À chaque intervention, des pères, des mères et des ados (les gamins jouent toujours aux jeux électroniques) applaudissent à tout rompre. Nous aussi, de Saint-Jean-de-Brébeuf, nous applaudissons chaleureusement. Des délégués syndicaux prennent la parole et expliquent que la CSDM avait déjà peu de professionnels par rapport à d'autres commissions scolaires et que ces coupes rendent impossible d'offrir une éducation de qualité aux enfants de Montréal. Et tout le monde applaudit son indignation.

Puis vient notre tour. Nous dénonçons le projet pour notre école, offrons des pistes de solutions et les orthopédagogues, psychologues, animateurs à la vie communautaire, parents et ados applaudissent (les gamins...).

Pendant la réunion, la réponse des commissaires à toutes ces interventions s'est essentiellement résumée à ceci (je paraphrase, mais si peu) : « Depuis trois ans, nous subissons des coupes majeures. Le nouveau gouvernement annonce de nouvelles coupes. Désolé, nous n'avons pas le choix. »

En un sens, ce à quoi nous avons assisté hier c'est à l'effondrement d'un système d'éducation public. Le point de rupture. Il n'y aurait plus assez d'argent pour offrir les services qui permettent aux étudiants vulnérables de réussir et de s'intégrer dans la société et pour bâtir les locaux qui permettent d'enseigner les arts et les langues à nos filles et nos garçons. Et la seule réponse publique des commissaires est « nous n'avons pas le choix ».

Si je sors néanmoins optimiste de cette réunion c'est d'abord parce que nous étions des centaines à refuser le discours du nous-n'avons-pas-le-choix. Si c'est vrai que la CSDM n'a plus les ressources nécessaires pour octroyer une éducation de qualité aux écolières et écoliers montréalais, il faut qu'elle lutte farouchement pour obtenir plus de financement du gouvernement québécois. Pas qu'elle obéisse aveuglément et froidement aux dictats de Québec. On ne réussira jamais à me convaincre que nous ne sommes pas assez riches au Québec pour offrir une éducation gratuite de qualité aux jeunes de 4 à 17 ans.

C'est aussi à cause de la solidarité que j'ai vue mercredi soir. Elle était tangible, physique. On rigolait, on applaudissait (et on avait très chaud). Cette solidarité transcendait les supposés « groupes de pression ». Parents des quartiers favorisés, professionnels, syndicats, parents des quartiers défavorisés, professeurs, réclamaient coude à coude un système d'éducation public de qualité.

Malgré toutes les coupures des dernières années, il a encore bien des qualités ce système d'éducation public. L'école de mon fils en est une belle preuve. Mais face à l'actuelle offensive des soit disant tenants de l'austérité, de la rigueur ou de la responsabilité, il faudra faire preuve de beaucoup de détermination et de solidarité pour que notre immense richesses collective soit utilisée pour éduquer toutes nos filles et tous nos fils. Peut-être que la soirée de mercredi dernier aura été un précurseur de cela. C'est mon espoir.

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