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L'enflure du Souvenir

18/11/2014 09:51 EST | Actualisé 18/01/2015 05:12 EST

On dirait que tous les ans, on en beurre une nouvelle couche. Le 11 novembre est devenu un cri de ralliement pour les bellicistes de tout acabit drapant leurs envies militaristes derrière un nationalisme canadien bébête à mi-chemin entre l'intervention humanitaire et une version revisitée de la loi du Talion : mon œil contre un tapis de bombes, ma dent contre ton pays à genoux.

On a très certainement touché le fond dans le cadre de la chronique de Richard Martineau, publiée mardi dernier dans le Journal de Montréal. Celui-ci affirmait qu'on devait honorer « nos » militaires puisque ceux-ci étaient prêts à donner leur vie pour une cause les dépassant, et il dénonçait également les députés du Parti québécois ayant refusé, en 2007, d'applaudir des militaires canadiens ayant participé à la guerre en Afghanistan.

Il serait peut-être bon de rappeler à tous les Martineau de ce monde que le fait de donner sa vie pour une cause ne mérite pas le respect en soi. Des terroristes donnent leur vie pour ce qu'ils croient juste ; les respecte-t-on pour autant ? Ce qui compte, ce n'est pas le sacrifice, mais la raison de celui-ci. Quand des soldats canadiens vont mourir dans une guerre qui n'est pas la nôtre, pour défendre des intérêts qui ne sont pas les nôtres, pourquoi devrions-nous les honorer ? Entre un terroriste qui se fait exploser dans un cinéma bondé et tue des innocents ou un soldat qui largue une bombe sur un village et tue des victimes « collatérales », la marge est mince. Dans les deux cas, on tue au nom d'idéaux, et tout un bric-à-brac idéologique appuie les deux actions.

L'histoire du Québec en est une d'opposition aux guerres impérialistes. Depuis la lutte contre la guerre des Boers en passant par l'émeute de 1918 ou la conscription forcée de 1942, les Québécois ont toujours refusé les guerres offensives. Ce dernier mot est important : contrairement à Martineau, qui a une position binaire entre d'un côté une paix bébête qu'il assimile à la soumission ou une guerre juste, il faut faire la distinction entre une action militaire pour protéger la nation et celle qui en agresse d'autres. Si le Québec était directement attaqué, il serait légitime de se défendre. Or, depuis que nous sommes soumis à une domination étrangère, britannique ou canadienne, TOUTES les guerres menées ont été offensives. Le Québec ne s'est pas trouvé une seule fois directement menacé par une autre nation ou un autre groupe que la nation canadienne qui occupe déjà notre pays. Pire : le fait d'attaquer des peuples étrangers fait de nous des cibles pour nombre de fanatiques.

Quand des députés ont fait le choix, en 2007, de refuser d'applaudir les militaires canadiens ayant participé à la guerre d'Afghanistan, c'était le bon choix. Ces soldats ont renié l'héritage pacifiste du peuple québécois et ont choisi de se placer sous les ordres d'une puissance étrangère ayant elle-même décidé de faire un combat n'étant pas le nôtre. Il n'y a aucune fierté à tuer des Afghans, aucun respect à obtenir de notre part pour participer à une organisation utilisant la violence à l'étranger pour atteindre les objectifs politiques d'un pays qui n'est pas le nôtre.

Martineau écrit « plus jamais » en parlant de ces fiers députés qui ont refusé l'à-plat-ventrisme devant les militaires canadiens. La seule chose qui ne devrait plus jamais exister, c'est l'enflure du Souvenir, une métastase de symbolisme guerrier visant à obtenir ce qui a été tenté par tous les suprématistes canadiens et leurs sbires colonisés depuis deux siècles : la soumission des Québécois et leur identification à une armée n'étant pas la leur, se battant pour une nation n'étant pas la leur, et pour une cause se révélant n'être qu'un leurre.

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