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Abolissons la formule Rand!

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Le ministre Pierre Paradis laissait récemment entendre qu'il ne fermait pas la porte à un éventuel pluralisme syndical dans le domaine de l'agriculture. C'est une bonne nouvelle, mais pourquoi s'arrêter là ? 10 ans après que les Jeunes libéraux aient suggéré l'abandon de la formule Rand, ne faudrait-il pas permettre une liberté syndicale à TOUS les travailleurs du Québec ?

En ce moment, nous sommes des milliers à cotiser à un syndicat par la force, directement à même notre salaire. On ne nous demande pas si nous appuyons les valeurs de cette organisation. On ne nous offre pas la liberté de nous associer autrement. On prend nos cotisations et c'est tout. On nous enlève ce qui devrait constituer un droit fondamental : celui de voter avec nos pieds, et de nous dissocier d'un syndicat dans lequel nous n'aurions plus confiance pour nous organiser autrement.

Quand les Jeunes libéraux avaient lancé l'idée d'abolir la formule Rand, les centrales syndicales avaient affirmé que cela affaiblirait le rapport de force syndical. C'est tout à fait faux : les grandes centrales syndicales seraient peut-être affaiblies, et des gratte-papiers devraient peut-être réapprendre à travailler sur le terrain, mais de nombreux syndicats locaux, indépendants, pourraient naître et négocier eux-mêmes leurs conditions de travail. En France, où la formule Rand n'existe pas, deux travailleurs d'une même catégorie d'emploi dans une même entreprise peuvent être membres de deux syndicats différents. Les litiges sont référés devant un conseil de prud'hommes, organisation paritaire relevant essentiellement de l'État. Or, dirait-on que le rapport de force syndical est plus faible en France qu'au Québec, avec leur semaine de 35 heures et de nombreux autres avantages que nous n'avons pas ? Bien sûr que non.

On a également affirmé que l'employeur pourrait utiliser une soi-disant division des travailleurs en plusieurs syndicats pour affaiblir ces derniers. Encore une fois, c'est faux. La multiplication ne divise pas ; elle enrichit. Irait-on dire que les pays ayant des élections à la proportionnelle sont plus faibles sous prétexte qu'il y a davantage de partis représentés au parlement ? La multiplication de syndicats locaux forcerait les travailleurs à s'impliquer syndicalement, à s'assurer que leurs syndicats marchent droit et fonctionnent d'une manière éthique. Ceux-ci, en constante compétition pour conserver leurs membres et en avoir de nouveaux, devraient montrer patte blanche et agir d'une manière réellement transparente et honnête.

Le fait de critiquer la formule Rand a trop souvent été associé, au Québec, aux idées antisyndicales. Disons-le franchement : on peut être syndicaliste et souhaiter une pluralité syndicale. À long terme, c'est même la seule manière de mettre en compétition les organisations syndicales et de s'assurer que celles-ci demeurent près des préoccupations des travailleurs. En ce moment, elles ont le monopole ; pourquoi marcheraient-elles droit ? Pourquoi respecteraient-elles leurs membres ? Pourquoi seraient-elles attachées aux fondements de la démocratie et se doteraient-elles de hauts standards éthiques, par exemple ? Leurs membres sont captifs ; peu importe ce qu'ils font, on prend leurs cotisations à la source, et tant pis pour le reste.

Le pluralisme syndical dans le domaine de l'agriculture est une bonne chose. Mais n'oublions surtout pas les travailleurs québécois qui aimeraient avoir la liberté de s'associer syndicalement au syndicat de leur choix et de refuser de verser des cotisations à une organisation ne les représentant pas adéquatement.

Louis Préfontaine, ex-représentant syndical

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