Louis Balthazar

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Un choix de politique étrangère pour les Américains

Publication: 16/10/2012 10:45

La politique étrangère demeure le plus souvent un enjeu mineur pour l'électorat américain. En dépit de l'importance croissante qu'on accorde à de prétendues failles de sécurité dans les missions américaines au Moyen-Orient, il ne semble pas que cela puisse devenir un facteur important de l'équation de la campagne présidentielle.

Pour le reste du monde cependant, la politique étrangère est la question fondamentale. Nous nous demandons tous, hors des États-Unis, comment le comportement de la superpuissance affectera le monde dans lequel nous vivrons au cours des quatre prochaines années.

Une certaine continuité

La politique étrangère des États-Unis comporte une machinerie si lourde qu'elle ne peut généralement être modifiée d'une manière substantielle par un changement à la présidence.
Ainsi, au cours du mandat qui s'achève, on a pu observer beaucoup plus de continuité qu'on l'aurait cru. Le président Obama apportait avec lui de grands espoirs, une volonté de rupture fondamentale avec l'administration de George W. Bush, un nouvel esprit insufflé à la diplomatie américaine. Les grands discours de 2009 rompaient à ce point avec la politique de la canonnière du dernier gouvernement républicain que le nouveau président s'est vu attribuer le prix Nobel de la paix.

Cependant, dans les faits, les États-Unis demeuraient bien engagés dans une guerre aussi meurtrière qu'inutile en Afghanistan. Obama a même approuvé un accroissement notable des effectifs. La lutte au terrorisme se poursuivait systématiquement, bien qu'elle faisait l'objet de moins de déclarations et qu'elle se concentrait davantage sur des cibles précises. On a observé une augmentation significative des attaques d'avions robot (les fameux drones) accompagnés d'effets meurtriers dans les populations civiles. La prison de Guantanamo est toujours en place. Les relations ne se sont guère améliorées, ni avec la Russie, ni avec la Chine, ni avec la Corée du Nord, ni avec l'Iran, ni en fait avec la plupart des pays du monde.

Le président a obtenu un grand succès avec la capture de Ben-Laden. Mais voilà justement une opération qui ne se distingue guère du style des interventions musclées de l'administration précédente. On peut en dire autant de l'assassinat ciblé d'Al-Awlaki, un citoyen américain, au Yémen, en septembre 2011, et de plusieurs autres cibles de drones.

On pourrait continuer sur cette veine et en venir à la conclusion, dont plusieurs ne se sont pas privés, que la politique d'Obama poursuivait celle de George W. Bush, bien qu'en adoptant un style nouveau. Tout dépend de ce qu'on entend par « style ». Mais on aurait tort d'enfermer la diplomatie américaine sous Obama dans de vaines paroles sans conséquence. Malgré toutes les continuités de cette diplomatie, malgré ses tâtonnements et ses mésaventures, elle a néanmoins été affectée par un esprit nouveau.

Une nouvelle perception du monde

Barack Obama est un être complexe et sa politique est souvent le fruit de longues réflexions et d'un souci d'équilibre qui en devient parfois obsessionnel. Sa perception du monde est aussi marquée par la complexité. C'est ce qui le distingue fondamentalement de son prédécesseur et aussi, tout probablement, de son adversaire républicain dans la course à la présidence.

George W. Bush voyait les relations internationales en termes fort simples : Washington demeurait incontestablement la seule grande puissance et le seul grand réservoir de bienveillance pour le monde entier. Barack Obama, au contraire, perçoit un monde en flux constant, voué à la multipolarité. Il est bien conscient que les États-Unis ne sont plus la seule grande puissance qui compte. Tout en visant à maximiser la puissance américaine, il est conscient de gérer la destinée et les actions d'une puissance en déclin relatif. Non pas que les États-Unis ne demeureront pas encore longtemps le pays le plus puissant du monde, mais ils devront tenir compte de plus en plus des autres acteurs majeurs du système international.

Parmi bien d'autres, deux traits de la diplomatie obamienne illustrent fort bien cette nouvelle conscience à Washington. D'abord, la reconnaissance des faillites passées. Il va de soi que cela ne peut être claironné régulièrement. Barack Obama s'est contenté de le faire une seule fois d'une manière explicite. C'est au moment de son discours du 4 juin 2009, au Caire, un discours qui annonçait à sa façon, le printemps arabe qui allait se manifester un an et demi plus tard. En pleine Guerre froide, a-t-il osé dire, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d'un gouvernement iranien démocratiquement élu.C'était suffisant pour qu'on lui reproche de renoncer à l'exceptionnalisme américain selon lequel les États-Unis ont toujours raison.

La seconde marque de cette nouvelle diplomatie s'est manifestée au moment de l'intervention en Lybie. Obama a bien voulu que les forces armées américaines viennent en aide aux rebelles opposés à la dictature de Khadafi, mais il a insisté pour que cela se fasse discrètement, laissant la première place à la France et au Royaume-Uni. En pratique, les forces américaines jouaient toujours un rôle prépondérant, mais la discrétion américaine est demeurée telle qu'on a pu accuser Obama de diriger dans l'ombre (leadership frombehind). Encore ici, c'était une première dans l'histoire américaine. Jamais Washington n'avait accepté de faire partie d'une alliance qu'elle ne contrôlait pas visiblement.

L'énigme Romney

Il est difficile d'identifier clairement ce que serait la politique étrangère d'un Mitt Romney. Si l'on se fie à ses discours de campagne électorale, notamment celui qu'il a livré, le 6 octobre dernier au Virginia Military Institute, il faut croire qu'un président Romney chercherait à affirmer sans nuances le leadership des États-Unis au Moyen-Orient, un leadership qu'appellent de leurs vœux, selon lui, la plupart des acteurs de la région. Il s'engage à « projeter la puissance américaine » d'une manière plus décisive que jamais. Dès les premiers jours de son administration, il entrerait en confrontation avec les leaders chinois qu'il accuse de manipuler grossièrement les taux de change. Il s'opposerait aussi plus vigoureusement qu'Obama à la Russie de Wladimir Poutine, à ses yeux le pire ennemi des États-Unis.

Mais il semble bien qu'en définitive, en dépit d'une rhétorique plus musclée, le nouveau président ne modifierait pas sensiblement la politique d'Obama dans des dossiers comme l'opposition à la construction nucléaire en Iran, l'aide aux rebelles syriens ou le retrait graduel des troupes en Afghanistan.

Romney pourrait aussi surprendre, comme jadis le belliqueux Nixon qui est allé embrasser Mao en 1972. Mais, il semble clair, pour le moment, qu'il ne voudrait renoncer ni à l'exceptionnalisme américain ni au leadership tous azimuts.

Un choix clair

En somme, les Américains feront un choix déterminant, le 6 novembre prochain. Ils pourront reporter au pouvoir un président qui paraît bien disposé à gouverner dans le cadre d'un monde de plus en plus complexe. Un monde dans lequel la puissance américaine subit un net déclin, tout relatif qu'il soit. Il semble bien que Barack Obama ferait oublier un exceptionnalisme américain qui a toujours reposé d'ailleurs, sur une fiction. Tout indique aussi qu'il poursuivrait un leadership discret dans un monde de plus en plus multipolaire.

Par contre, Mitt Romney annonce une présidence américaine qui fermerait les yeux sur un déclin qu'on considère à droite comme une pure fabrication libérale. Un nouveau président républicain voudrait revêtir le manteau de Ronald Reagan et clamer à nouveau la grandeur et l'invincibilité des États-Unis, sans trop se soucier de la complexité du monde de 2013. C'est notre responsabilité, disait-il récemment, d'utiliser la puissance de l'Amérique pour façonner l'histoire et non pour diriger dans l'ombre, laissant notre destinée à la merci des événements.

Voilà un choix plutôt clair.

 
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