Louis Balthazar

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La dégénérescence du parti républicain

Publication: 8/02/2012 04:30

Comment reconnaître les idées du fondateur Abraham Lincoln dans le Parti républicain d'aujourd'hui? Lincoln avait voué son parti au rétablissement de l'unité de la nation américaine et à la cause de l'abolition de l'esclavage au nom de l'égalité et de la liberté. La bourgeoisie sudiste lui en a voulu au point de bouder son parti durant plus de cent ans.

Comment reconnaître le parti de Théodore Roosevelt qui a fait sa marque avec des lois antitrust et une volonté de diminuer les écarts de richesse? Ce président républicain a été le fondateur du grand mouvement de protection de l'environnement. On lui doit les grands parcs nationaux des États-Unis. Les républicains d'aujourd'hui entendent supprimer l'agence de protection de l'environnement, mise sur pied par Richard Nixon qui n'était pas tout à fait un démocrate.

Comment reconnaître le parti de Dwight Eisenhower qui a présidé au bipartisme de la guerre froide et n'a jamais remis en question les grandes réformes sociales du New Deal de Franklin Roosevelt? C'était l'époque de l'équilibre entre big business, big government et big unions. Ce président, ancien général d'armée, est aussi celui qui a mis en garde (bien en vain) ses successeurs contre la menace du complexe militaro-industriel.

Ce parti républicain représentait certes des intérêts conservateurs, ceux de la classe économique des grands possédants, mais il faisait preuve d'assez de sagesse et de sens du compromis pour maintenir le consensus américain. Parmi ses représentants, on trouve Nelson Rockefeller et James Lindsay, anciens gouverneurs de l'État de New York, des sénateurs comme Richard Lugar, Susan Collins et Olympia Snow, des présidents comme Gerald Ford et George H. W. Bush.

Que s'est-il passé?

Il faut remonter à 1964 pour identifier les premiers signes de la décrépitude du parti républicain. Le candidat choisi, cette année-là, à la convention républicaine, Barry Goldwater, appuyé à l'investiture par un certain Ronald Reagan, défend une idéologie ultraconservatrice, hostile à l'État-providence. Goldwater est défait à plate couture à l'élection présidentielle. Mais ses idées radicales feront leur chemin, remettant en cause les progrès sociaux de l'époque et l'évolution culturelle. Peu à peu, on fait valoir une nouvelle stratégie sudiste qui consiste à récupérer les votes de la droite opposée, plus ou moins ouvertement, à la politique des droits civiques. C'est un fait accompli aujourd'hui.

En 1978, ce conservatisme sans partage fait son entrée à Washington. Aux élections législatives, les républicains gagnent 15 sièges à la Chambre. Les nouveaux élus sont vigoureusement opposés au consensus bipartite qui avait plus ou moins prévalu jusque-là. Parmi eux, un ancien professeur d'histoire de Géorgie, Newt Gingrich (Voir George Packer, « The Broken Contract », Foreign Affairs, 11 oct. 2011). Deux ans plus tard, Ronald Reagan accède à la Maison-Blanche. Les idées de la nouvelle droite investissent le parti républicain. Il faut renverser l'équilibre établi depuis la Deuxième Guerre mondiale, imposer la dérégulation, écraser les grands syndicats, purger le gouvernement des politiques sociales, laisser la voie libre aux grandes fortunes au nom de l'individualisme à outrance. Malgré tout, Reagan a assez de sens commun et de flair politique pour accepter d'augmenter les impôts et se montrer conciliant quant au libre choix à l'avortement.

On connait la suite. Après l'intervalle de Bush père, les républicains du Congrès se montrent intransigeants à l'égard de Bill Clinton et George W. Bush introduit le culte des coupures de taxe tout en s'engageant dans des politiques militaires ruineuses. Aucun compromis possible avec Barack Obama qui est dépeint comme un dangereux socialiste.

Romney, un républicain à l'ancienne?

Mitt Romney, qui deviendra bientôt, semble-t-il, le candidat à la présidence pour 2012, aurait tout pour rétablir le pragmatisme et la sagesse du Parti républicain d'autrefois. Son père, candidat malheureux aux primaires de 1968, appartenait à cette tradition. Lui-même a fait preuve d'un républicanisme modéré comme gouverneur du Massachusetts. Mais, à l'entendre se défendre contre les « enragés » de la mouvance contemporaine, tout porte à croire qu'il entend bien répudier son passé aussi bien que la tradition de son parti.

On retrouve dans son discours à peu près tous les éléments du credo républicain à la mode du jour. Il faut rendre l'avortement illégal, bannir le mariage gai, chasser du pays les 12 millions d'immigrants sans-papiers, révoquer l'assurance maladie, considérer le réchauffement climatique comme une invention gauchiste, s'opposer à tout contrôle des armes aussi bien qu'à tout accroissement des impôts, abolir l'agence de protection de l'environnement et le ministère de l'Éducation. En politique étrangère, il faut affirmer sans vergogne la puissance américaine et son exceptionnalisme, envisager de bombarder l'Iran, donner raison en tout à Israël et refuser aux Palestiniens le droit d'exister.

Évidemment, Mitt Romney, bien connu pour sa flexibilité, pourra trouver les moyens d'atténuer certains de ces articles de foi, une fois qu'il sera libéré de l'enfer des primaires et s'adressera à l'ensemble des Américains. Il le pourrait peut-être davantage si jamais il devenait président. Jusqu'à quel degré? Cela reste à voir.

 
 
 
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21:23 sur 12/02/2012
Intéressante analyse, mais je ne suis pas d'accord sur quelques points. Dès l'élection de Teddy Roosevelt, le parti républicain avait perdu le nord. Fervent partisan de l'impérialisme britannique, Roosevelt a été celui qui a transformé le parti. Depuis ce temps, Wall street et cie en ont fait le frère jumeau à bien des égards du parti démocrate. Quelques différences subsistent notamment sur le fait que les "Nouveaux républicains" allias les néo-conservateurs n'ont rien de républicains et ne sont que des impérialistes... Ils préfèrent une domination politico-économique alors que les démocrates se contentent davantage d'une suprématie économique...
Pour moi, Ron Paul est le seul qui représente les valeurs traditionnelles républicaines...
06:55 sur 12/02/2012
Les républicains se tirent dans le pied en étant pour faire des immigrants illégaux des citoyens. On parle de 10 millions. Et si c'était 30 ou 40?
Les républicains s'autodétruisent avec cette tiers-mondisation. L'empire s'écroule.
22:56 sur 10/02/2012
Analyse pertiente de M. Balthazar. Le parti républicain a réussi aussi un tour de force : amener certaines personnes de classes de classes populaires à se retrouver dans ses idées de droite par intériorisation de son (chacun est responsable de son succès, l'Etat taxe trop, on est pauvre par sa faute, etc.). La critique de ces points de vue semble plus difficile aux USA qu'aileurs...
22:51 sur 10/02/2012
L'analyse du professeur Balthazar est juste et fine, comme à son habitude. Un bon résumé de la situation. J'ai cependant une question : comment expliquer le taux d'appui que Romney reçoit chez bon nombre de personnes de classes populaires qui sont à des kilomètres du milieu social qu'il défend ? Intériorisation par eux du discours dominant qui les tient responsables de leur situation (i.e. chacun est responsable de son destin,chacun peut s'en sortir, chacun peut devenir millionnaire etc.) ?
S Langlois
16:03 sur 09/02/2012
Article très intéressant, M. Balthazar.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Franois Ricard
François Ricard
06:43 sur 09/02/2012
Le système américain fait une nette distinction des pouvoirs. Malheureusement ils ont perdu le contrôle de leur système à cause des caisses électorales. Eisenhower en 1958 avait averti ses compatriotes que le complexe militaro-industriel était à faire main basse sur leur gouvernement. Tous ses successeurs ont préféré ignorer son avertissement. Aujourd’hui, quand on y regarde de près, les Etats-Unis d’Amérique ne sont plus une démocratie mais une ploutocratie. Tout ce qu’il leur reste est le simulacre électoral qui est dominé par l’argent.
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ToMo OhKa
Lanceur,Frappeur Ambidextre/Pitcher,Switch Hitter
02:22 sur 09/02/2012
Le seul Véritable Républicain, si on se fit a la constitution et aux buts historiques visés de ce parti est Ron Paul.

Tous les autre sont des néo-conservateur qui adorent aller en guerre et se faire graisser la patte a gauche et a droite tout en mentionnant leur foi religieuse pour avoir l'air honnête et crédible auprès du très imposant électorat religieux américain.

Ceci dit, je suis en total désaccord avec cet article.

Mr.Romney est de loin l'homme le plus loin de ses électeurs. Il n'a jamais été pauvre. Ni même dans la classe moyenne. Il n'a aucune idée de la réalité et de la vie de son peuple sur une basse quotidienne.

Je le croit, ce Romney, lorsqu'il dit qu'il se fout des pauvres, comme dit dans une récente entrevue télévisée. Selon lui, qui n'a jamais été près d’être un homme qui gagne moins que 75 000$, le "filet social" qu'il voit de ses jumelles du haut de sa tour d'Ivoire, fonctionne parfaitement.

C'est du a une incapacité notoire de voir ce que les gens pauvres on besoin. Et non pas a la méchanceté, a mon humble avis. Il est simplement totalement déconnecté de la classe pauvre, et même de la classe moyenne.

Tout cela fait qu'il est très dangereux de mettre aux commandes un homme qui ne comprend pas son propre peuple a la tète de la plus puissante nation sur terre.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
01:26 sur 09/02/2012
Le schisme chez les Americains, crée par la droite neo-conservatrice, leur a fait perdre le controle de leur pays.

Ils sont incapables de s'elever au-dela d'un discours de droite vs gauche, donc d'addresser les problemes en fonction des interets superieurs de leur pays, au lieu d'interet partisan.

Et nos reformistes sont a importés ce modele politque au Canada...
22:02 sur 08/02/2012
Romney ou Obama même hobbyiste, rien ne change
14:16 sur 08/02/2012
Les reçentes enquetes d'un comité sénatorial sur des sommes considérables et inexpliquées semble vouloir montrer que le candidat Romney a un contentieux avec le IRS américain et qu'au mieux il aurait abusé d'un abris fiscal aux iles Cayman pour éviter de payer "his fair share" de l'impot sur le revenu américain et qu'au pire il sera affublé d'évasion fiscale purement et simplement; or ce boulet va certes ralentir son momentum dans la course à la candidature de son parti et l'on peut en mesurer déjà les effets sur les résultats d'hier au Missouris, au Minesota et au Colorado; qui veut s'associer à un possible escroc au moment ou le plus grand nombre d'américains sentent les méfaits de politiques laxes quant aux grandes fortunes.
17:54 sur 08/02/2012
A mon avis les republicains sont en train de remettre les Etats-Unis dans L'age de la Pierre.Ce Monsieur Romney a payer des impots de 14.9% sur 43 millions de dollars qu'il a recu. Mais ses secretaries et tout le reste du monde doivent payer 35% ou plus, sur mil fois moins que ce monsieur a recu, C´est la honte que on peut considerer ce monsieur comme capable d´etre president.
10:13 sur 08/02/2012
"Évidemment, Mitt Romney, bien connu pour sa flexibilité, pourra trouver les moyens d'atténuer certains de ces articles de foi, une fois qu'il sera libéré de l'enfer des primaires et s'adressera à l'ensemble des Américains."

LOL

J'suis Creole de la Nouvelle Orleans. OP n'connaissez pas les Republicans...Mal...100% mal.