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La formation des maîtres

16/02/2014 07:47 EST | Actualisé 18/04/2014 05:12 EDT

L'éducation dans les écoles primaires et secondaires du Québec fait couler beaucoup d'encre depuis quelque temps. Certains critiquent les dérives indéniables du système éducatif québécois vers l'abysse économique dans lequel nous vivons, point de vue auquel j'adhère grandement.

Nous sommes actuellement dans une ère où tout doit émerger et aboutir rapidement. Une ère où les écoles refusent de faire échouer un élève, non par compassion, mais par besoin de main-d'oeuvre sur le marché du travail. On marchandise ainsi la diplomation des élèves au détriment de leurs réelles compétences, et ce, dans l'optique égoïste de lui donner l'apparence d'être apte à travailler dans un emploi souvent sous-rémunéré, le tout sous le couvert de « compétences ». Nous sommes donc en droit de nous demander où sont les enseignants, dont je fais partie. Puis, à la lumière de certains faits, la formation des maîtres est remise en question. Survolons donc rapidement ce que doit vivre un étudiant universitaire pour pratiquer ce métier faussement mal-aimé qu'est l'enseignement.

Formation

Commençons par me présenter. Je suis enseignant de français langue seconde. Enseignant de français. Noble statut. Qu'en est-il réellement de la formation se cachant derrière ce beau rideau d'images on ne peut plus prestigieuses d'amant de la langue française? Je vous surprendrai et en choquerai même quelques-uns en exprimant haut et fort qu'en quatre ans de formation, je n'ai reçu qu'un cours de grammaire. De la grammaire poussée. Trop, selon certains. Je suis pourtant d'avis que notre métier exige un tel approfondissement de la matière.

J'ai également souvent entendu de la bouche de nombreux étudiants que la matière vue dans ce cours ne serait de toute façon jamais enseignée à la « clientèle » visée. Je répondrai à cette affirmation que c'est en voyant nos futurs élèves en tant que clientèle que nous contribuons à l'asservissement de nos collègues et à la stagnation de notre cursus. Nous devons, en tant que futurs enseignants, chercher à pousser plus loin notre réflexion sur la question étudiante, mais nous devons également tenter de comprendre notre matière d'excellence au niveau des experts. Dans mon cas, au niveau des plus grands grammairiens de ce monde. Ne nous contentons pas de connaitre ce que nous enseignerons, puisque de toute façon, nous n'enseignerons peut-être bientôt plus rien, à entendre parler quelques apprentis sorciers du ministère. Mais ne nous avançons pas trop, le sujet sera amplement abordé plus bas.

Y a-t-il une solution?

Ce qu'il faudrait à la formation des maîtres au Québec, c'est d'abord et avant tout plus de cours sur la matière qui sera enseignée. Cet énoncé peut transparaître une évidence éclatante aux yeux de certains, voir même de la majorité, mais il n'en est rien dans les faits. Rappelons le peu de cours de français auxquels il m'ait été donné d'assister au cours de mon parcours universitaire. C'est un non-sens.

Pour pallier ce besoin, cessons une fois pour toutes de se fier uniquement aux cours de didactique pour enfin donner des cours de savoirs, de faits et de données véritables. Qu'est-ce qu'un cours de didactique? Un cours où l'on nous enseigne comment enseigner. Vous l'aurez deviné, j'ai assisté à un cours de didactique d'univers social, un cours de didactique des sciences et un cours de didactique des mathématiques. Je sais maintenant comment enseigner ces trois matières, sans savoir en quoi elles consistent précisément. Pourquoi donc nous bornons-nous à inculquer ce schème insensé à ceux et celles qui auront pour lourde tâche de s'assurer de l'avenir de notre société? Je pose visiblement plusieurs questions, mais je pense avoir trouvé une des raisons de mon incompréhension devant la désuétude du système éducatif québécois.

Le fameux renouveau pédagogique

En effet, je reviendrai encore peser sur le bouton d'alarme attaché à la Réforme. Depuis le début de ce texte, je conteste le fait d'enseigner comment enseigner, plutôt que d'enseigner quoi enseigner. Ce discours nous vient directement de la Réforme, ce renouveau pédagogique qui se voulait un pionnier de nouvelles approches pédagogiques, devant créer chez les élèves en difficultés, entre autres, un éveil intellectuel inégalé. Du moins, c'est ce qu'on nous a vendu.

L'élève étant au centre du savoir, au centre de son apprentissage et de son épanouissement scolaire, l'enseignant n'a comme tâche que celle de facilitateur. Le rôle de transmetteur est ainsi laissé de côté et les élèves, bâtissant eux-mêmes leurs connaissances, n'ont éventuellement plus vraiment besoin d'enseignants ayant acquis les compétences requises à leur maturité éducative. Les enseignants ne se retrouvent donc plus dans l'obligation d'exercer un savoir absolu sur la matière enseignée. La régression est ainsi entamée. Je trouve donc toute la légitimité nécessaire pour me demander si la Réforme n'est pas en quelque sorte une des raisons principales du remaniement des cours administrés aux futurs enseignants. Enseigner comment enseigner, mais pas quoi enseigner. Là est toute la logique de ce système constructiviste que l'on nous a imposé.

En y voyant de plus près, nous constatons aisément que la formation des maîtres est lacunaire au sens où ceux-ci ne ressortent pas grandis ou épanouis de ces quatre années universitaires. Ils baignent ainsi dans un flou pédagogique puisqu'on leur montre comment enseigner ce qu'ils ne savent pas nécessairement. Il n'est donc pas étonnant de voir nos enfants baigner dans autant d'incertitude, sinon plus. Renchérissons en exigeant que l'on nous laisse enseigner, nous, enseignants, mais de nous donner les outils dont nous avons besoin. Si nous devons enseigner l'univers social, montrez-nous l'histoire qui nous est propre, la géographie qui nous entoure. Si nous devons enseigner la science ou les mathématiques, montrez-nous les atomes et les nombres. Et si nous devons enseigner le français, cessez cet atroce nivellement vers le bas et montrez-nous les lettres. Nous savons enseigner. Nous avons la pédagogie. Contentez-vous de nous offrir ce dont nous avons réellement besoin : le savoir.


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