Lise Ravary

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Bonne fête Israël, mais...

Publication: 27/04/2012 06:12

Mercredi soir, à la tombée du soleil, débuta Yom Ha'atzmaut, l'anniversaire de la Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël. Israël aura 64 ans cette année. Si jeune, ce pays se bat depuis 1948 pour sa survie. Or la couleur du ciel a rarement été aussi inquiétante que maintenant.

L' Iran dit haut et fort qu'Israël doit disparaître et fait tourner ses centrifugeuses en ce sens. L'Égypte pourrait retourner à l'état de guerre d'avant 1978. Le Hamas, au pouvoir à Gaza, rêve de jeter tous les Juifs à la mer. On continue d'enseigner aux enfants palestiniens à haïr les Juifs - des livres d'école, souvent financés par l'ONU, prônent la violence. L'ONU qui n'en rate pas une pour condamner ce tout petit pays vulnérable (qui me fait penser un peu au Québec: 8 millions d'Israéliens dans une mer arabe) sans jamais dénoncer les pires atrocités contre Israël. (Un jour à Jérusalem un haut dignitaire de l'ONU m'a dit 'One day the bastards will pay...). Et il y a les tensions croissantes entre les Juifs religieux et la majorité laïque. Sans compter les problèmes normaux d'un État moderne: l'économie, l'immigration (et l'émigration), les questions identitaires, le transport, le chômage, la pauvreté et l'exclusion sociale.

Tristement, il y a du nouveau. Les ennemis d'Israël, les islamistes et une certaine gauche laïque, ont réussi à vendre l'idée que ce pays n'a pas le droit d'exister. On est passé de 'Stoppons l'occupation' à 'Israël = pays illégitime'. Stéphane Gendron, qui n'y a jamais mis les pieds et qui pourfend les préoccupations légitimes des Québécois sur l'islamisme, est un grand promoteur de cette idée. En gros, une patrie pour tous les peuples de la terre, les Québécois compris, mais pas pour les Juifs. "Qu'ils retournent en Allemagne", m'a dit un jeune Québécois la semaine dernière. Un autre m'écrit: 'Nous avions de la sympathie pour les Juifs sous Hitler. Plus maintenant.' Autrement dit, on vous aime quand vous êtes en train de vous faire massacrer?

Avant d'aller plus loin, je précise ma position sur Israël. Je suis pour l'existence d'un État juif qui vivra en paix (mais pas nécessairement en amour) avec son voisin, un État palestinien viable et souverain, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Trop d'ignorance sévit, enrobée d'une bonne couche de mauvaise foi. J'ai déjà entendu aux nouvelles à la radio de Radio-Canada, pour souligner le jour de l'indépendance, qu'Israël était né quand les Juifs ont envahi la Palestine en 1948. J'ai téléphoné à la salle des nouvelles pour protester, où on m'a répondu: "À chacun son interprétation". Et on a diffusé cette sornette toute la matinée.

"Peu d'États sont aussi légitimes qu'Israël, car le pays a été créé par les Nations-Unies lors de la redistribution des territoires sous mandat britannique, après la Deuxième Guerre mondiale", fait valoir le grand journaliste de centre-gauche Hirsh Goodman dans son livre The Anatomy of Israel's Survival. Peu de pays sont créés à partir d'une décision de l'ONU, ici la résolution 181 de 1947.

Laissons Le Monde diplomatique, une publication très très très critique envers Israël, expliquer ce qu'est 181:

La résolution 181 de l'ONU recommande le partage de la Palestine en un État juif, un État arabe et une zone sous contrôle international pour Jérusalem, Bethléem et les Lieux saints. 14 000 kilomètres carrés, avec 558 000 Juifs et 405 000 Arabes pour l'État juif, 11 500 kilomètres carrés, avec 804 000 Arabes et 10 000 Juifs pour l'État arabe, 106 000 Arabes et 100 000 Juifs pour la zone internationale. Entre les deux États devait s'installer une union économique, monétaire et douanière.
La résolution est acceptée par les Juifs, mais rejetée par les Arabes. La violence éclate. Israël déclare son indépendance le 15 mai 1948 sur le territoire prévu par la résolution 181, huit heures avant la fin du mandat britannique. Le lendemain, l'Egypte, la Transjordanie, l'Iraq, le Liban et la Syrie envahissent l'État nouveau-né. C'est la guerre d'indépendance pour les Juifs, la Nakba, la catastrophe, pour les populations arabes. Ce ne sera pas la dernière fois qu'Israël sera envahi par ses voisins.

Il y a toujours eu une présence juive en Palestine après l'invasion de la Judée et le saccage de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère. (Mais la Palestine comme État indépendant n'a jamais existé. Elle a toujours été une province d'empires étrangers.) À la fin du 19e siècle commence l'immigration des Juifs d'Europe de l'Est, chassés par les pogroms russes. L'affaire Dreyfus secoue la France. Theodore Herzl fonde le mouvement sioniste à Bâle en 1897. Pendant ce temps, des Juifs européens achètent à prix fort, aux Arabes, des terres en Palestine. Les Anglais, responsables du territoire, promettent aux Juifs un foyer national en Palestine (la déclaration Balfour de 1917) et promettent la même chose aux Palestiniens (perfide Albion...). L'immigration juive augmente. Il y a des pogroms. Les Anglais paniquent et font tout pour casser l'immigration. Certains Juifs se tournent vers la violence pour chasser les Anglais, ce que David Ben Gurion, le père de la nation n'approuvera jamais. Le rêve de Herzl prend forme malgré tout et la Guerre accélère les choses.


Pendant ce temps, Eliezer ben Yehuda travaille à ressusciter l'hébreu comme langue nationale. Une langue qui n'avait pas été parlée depuis 2 000 ans et dont l'existence ET la qualité sont aujourd'hui protégés par L'Académie hébraïque. Un exemple pour nous.

Oui, la naissance du pays fut terrible. Son histoire définitive n'a pas encore été écrite. Oui, de terribles erreurs ont été commises des deux côtés et continuent de l'être. On sait que les populations arabes ont fui ou ont été chassées pendant la guerre de l'Indépendance, mais sait-on que 800,000 Juifs ont aussi été chassés des pays arabes où ils vivaient depuis toujours, en réponse à la création d'Israël?

Mais tout ça, c'est du passé. On pensait différemment à cette époque coloniale. Les leaders sionistes croyaient que les pays arabes allaient porter secours aux réfugiés. Il n'en fut rien: même aujourd'hui, le Liban n'offre aucune assistance aux descendants de réfugiés palestiniens, pas de soins de santé de base et interdiction de travailler dans 73 catégories d'emplois.

La Terre d'Israël, Eretz Israël, que j'ai sillonnée dans tous les sens, ne cessera jamais de m'étonner et aussi de me faire rager. Je l'aime parce que ce pays a changé ma vie. C'est à cause de lui que je me suis convertie au judaïsme. Je ne vivrai jamais là-bas, pour des raisons familiales, mais depuis 20 ans, je souhaite y aller le plus souvent possible. C'est d'une beauté, d'une créativité et d'une vitalité uniques. En Israël, les chauffeurs de taxi ne vous parlent pas de la température. Ils causent politique, littérature, science. On ressent l'urgence de vivre, sans doute parce que la mort rôde depuis 64 ans.

Je ne suis pas neutre. Je ne suis pas aveugle non plus. J'étais choquée cette semaine d'apprendre que le gouvernement Netanyahou venait de légaliser trois autres colonies sauvages. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi on s'entête avec les colonies. Un jour, inévitablement, il faudra démanteler la majorité d'entre elles, comme on l'a fait avant de quitter Gaza. Ce sera le prix de la paix.

J'abhorre le mur aussi, comme tous les Israéliens, mais force est de constater que ça fonctionne: les attentats ont chuté presqu'à zéro depuis sa construction.

"Il n'y a pas de solution facile à un problème complexe", disait mon père. Et comment.

L'illustrissime rabbin sioniste Yeshayahou Leibowitz, un des grands penseurs du judaïsme, écrivait au lendemain de la Guerre de Six Jours: "Cette victoire est un des désastres de notre histoire. Quittons sur-le-champ, sans attendre une journée, ces territoires qui causeront notre ruine." Ben Gurion pensait la même chose.

Les Israéliens ont toujours été en faveur des deux États. Présentement, ça se situe autour de 65%. Par contre, lors d'un récent sondage, 66% des Palestiniens rejetaient la solution des deux États. Comme en 1947. Tant que le conflit portera sur l'existence plutôt que sur les frontières d'Israël, le conflit demeurera insoluble.

Un jour, il y aura la paix, une paix froide sans doute, c'est inévitable, à moins qu'on ne laisse Ahmadinejad mettre ses menaces à exécution et qu'il anéantisse non seulement Israël, mais toute la région, y compris la Palestine.

C'est triste d'être si pessimiste en cette journée d'anniversaire, mais la réalité du pays reste inchangée depuis 1948: Les États arabes peuvent se permettre le luxe de perdre plusieurs guerres contre Israël. Israël n'en perdra qu'une seule.

 

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