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Ce n’est jamais un problème de «timing»

Deux mois et demi après mon arrivée à Montréal, ma vie était bouleversée sentimentalement.

02/11/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
J’ai perdu la raison. J’étais convaincue que je ne m’en remettrais pas, jamais. Mais je suis là.

Le vide. Voilà ce qu'il avait laissé en moi après cette histoire d'amour impossible. Une sensation de vide. Je ne pensais pas un jour pouvoir ressentir en moi le néant. Et encore moins après l'avoir rencontré. Lui. J'ai 23 ans, je suis française. Cette rencontre était précieuse, rare, et effrayante. Mais après ce vide, l'amour subsista pour lui. Il s'éternisera. Il restera ancré en moi comme l'amour inespéré.

Deux mois et demi après mon arrivée à Montréal, ma vie était bouleversée sentimentalement.

C'était la dernière chose à laquelle je m'attendais: un coup de coeur. J'ai immédiatement compris. Compris que je n'avais jamais touché une âme identique à la mienne. J'étais effrayée par cette sensation. Et cette connexion, lorsque j'ai effleuré involontairement son bras. Ce frisson. Indescriptible. Les mots n'existent pas. J'ai été intrigué, j'ai eu peur, j'ai été tétanisé, incapable de bouger.

J'ai perdu la raison. J'étais convaincue que je ne m'en remettrais pas, jamais. Mais je suis là.

Rien ne s'est passé comme une romance. Rien n'a été simple. Il n'y a pas de « happy-end ». Seulement des actes manqués et un amour inavouable. Chaque amour ne peut aboutir. Mais je n'ai pas hésité, non, pas un seul instant, à engager mes tripes et mon coeur. Je savais que j'allais y laisser une partie de moi. Ce n'est pas grave. J'ai joué gros, et j'ai perdu bien plus encore. Peu importe la souffrance que j'ai ressentie, la douleur dans le fond de ma poitrine, les larmes sur mes joues. J'ai eu mal. À en crever. J'ai cru perdre la raison. J'ai perdu la raison. J'étais convaincue que je ne m'en remettrais pas, jamais. Mais je suis là.

C'était un combat pour une cause perdue, mais je voulais tout de même le mener. Il le fallait. Pour lui, pour moi. Je le devais. Je me le devais. Je le lui devais. Un jour, il comprendra. Il le comprend déjà. Cela en valait la peine. Je suis triste. Pour lui. J'ai été malheureuse. Il l'est encore plus: il n'a pas saisi sa chance. Notre chance. Il le sait, mais n'en a pas conscience. Pas encore.

C'était beau, c'était intense, c'était une admirable et somptueuse souffrance. J'ai aimé ce désespoir, car il émanait de lui.

Il a emporté une partie de mon coeur, et bien plus encore: il a changé la donne. Cette bribe de moi lui sera toujours due. C'est une évidence. Je lui dois. Infiniment.

J'ai aimé cette souffrance. Je ne me suis jamais sentie si vivante.

Je ne souffre plus de lui, je souffre du plus profond de mes entrailles de cet amour introuvable et rarissime. De cet amour si précieux, innocent, inattendu, dépossédé. J'ai aimé cette souffrance. Je ne me suis jamais sentie si vivante.

Les âmes qui se ressemblent sont faites pour se retrouver, s'unir, peu importe les épreuves. Je l'ai toujours cru et je le croirais toujours. Car telle est notre destinée, à chacun.

Alors, à toi, l'être humain qui a l'âme similaire à la mienne, meurtri par ton vécu, forgé par tes épreuves, et enrichi par les aléas de la vie: merci. Merci pour cette rencontre, pour cette aventure imprudente. Merci de t'être brulé les ailes comme Icare, de t'être perdu à tout jamais.

Sache qu'un morceau de mon âme est à tout jamais en toi et t'appartient. Veille consciencieusement sur ce petit fragment de moi, j'ai mal qu'il vit en toi. Mais j'avais encore plus mal qu'il soit en moi.

Merci de m'avoir montré que je n'étais pas seule. Je te souhaite de vivre d'un amour dénué de sens et de te perdre dans la beauté insensée de cet amour.

Tu m'as donné une nouvelle force dans ma vie, celle de croire que l'amour est puissant, mais pas toujours atteignable. Je te remercie pour ce que l'on a vécu. Tu m'as apporté un changement indéfinissable.

Au nom de cet amour inaccessible, ne te perds pas, et surtout n'oublie pas: ce n'est jamais un problème de « timing ».

Prends soin de toi. Prends soin de ton âme. Vis comme si nous étions réunis et que notre amour était permis et omniprésent. Au nom de cet amour inaccessible, ne te perds pas, et surtout n'oublie pas: ce n'est jamais un problème de « timing ». Tu avais le choix. J'étais là. Tu étais là. C'était seulement nous. Rien que nous. Ad vitam aeternam.

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