Léa Couture-Thériault

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Cher Mathieu Bock-Côté

Publication: 24/07/2012 13:07

Le 17 juillet dernier, sur son blogue du Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté nous donnait son opinion sur les résultats du PLC dans les récents sondages, sur le scandale des commandites et sur la Charte canadienne des droits et libertés. Nous vous invitons à lire son billet pour ensuite lire la présente réponse des Jeunes libéraux du Canada (Québec).

Cher ami,

En ce qui concerne les faibles résultats que le Parti libéral du Canada a obtenus dans certains sondages publiés récemment, nous vous rappelons qu'il n'y aura pas d'élections générales avant trois ans et que nous n'avons pas encore élu de chef permanent. Si les sondages prévoyaient avec crédibilité les intentions de vote plus d'un an à l'avance, nous serions depuis longtemps revenus au pouvoir. Nous sommes totalement d'accord avec vous quand vous dites que le scandale des commandites n'est plus déterminant dans le vote des Québécois. Cependant, notre vision de la démocratie constitutionnelle canadienne diffère radicalement de la vôtre.

Trudeau s'opposait effectivement au nationalisme ; pour lui cela avait une essence passionnelle et irrationnelle. Fonder la légitimité de l'État et sa définition des finalités sociales sur le fait du nombre de la majorité plutôt qu'en fonction de tous ses citoyens est fondamentalement injuste à l'endroit des minorités. La proposition de Trudeau était celle de la protection des libertés individuelles dans le cadre d'une société pluraliste. L'État libéral moderne de Trudeau, c'est la promotion de valeurs universelles qui dépassent le particularisme. C'est la neutralité de l'État sur la vie que doivent mener les gens ; c'est la décriminalisation de l'homosexualité, la légalisation de la contraception, de l'avortement et du divorce.

Le défi des sociétés occidentales est de concilier l'unité dans la diversité. Si on qualifie le fait d'être canadien par l'appartenance à un groupe ethnique, i.e. à l'un des deux peuples fondateurs, c'est illogique et discriminatoire. Tout d'abord, de fait, il existe une pluralité de groupes ethniques au Canada. On ne peut prétendre les intégrer à une société qui se définit par un pacte entre deux peuples. C'est aussi discriminatoire puisqu'on confèrerait un statut inférieur à ces groupes. Le fait d'être canadien est une affaire de volonté, d'où le rejet de l'idée des deux peuples fondateurs et d'où l'adoption du multiculturalisme - une conclusion de la commission Laurendeau-Dunton dont le coprésident André Laurendeau était rédacteur en chef du journal Le Devoir durant de nombreuses années. C'est fallacieux que d'accuser cette politique d'un complot contre la nation québécoise. Le multiculturalisme, c'est le rejet d'une conception identitaire qui n'est pas éthique pour redéfinir le Canada de manière plus égalitaire.

Vous faites également fausse route lorsque vous accusez le Parti libéral du Canada de s'opposer à la reconnaissance du Québec comme société distincte. En 2006, lors de son congrès biennal, le PLC a adopté une résolution supportée par Michael Ignatieff selon laquelle le Parlement du Canada devait reconnaître le Québec comme une nation.

Cette résolution nait de l'adoption d'une nouvelle conception de l'égalité. Alors qu'à l'époque de Trudeau, l'égalité était conçue comme une égalité des droits aveugle aux différences, la possibilité d'un tel droit spécial était exclue, tout comme l'était la possibilité des accommodements raisonnables. Ce n'est qu'avec le temps que les universitaires sont devenus sensibles au fait qu'une égalité aveugle aux différences ne menait pas à une égalité réelle. Autrement dit, pour qu'un modèle soit égalitaire dans les faits, il faut tenir compte des différences des groupes. C'est cette approche, et non le multiculturalisme libéral de Trudeau, qui justifie la reconnaissance de la société distincte du Québec ainsi que les accommodements raisonnables. Votre discours se contredit de manière flagrante. Vous dénoncez qu'à une époque, pour les libéraux, « il ne fallait plus accommoder les québécois », mais vous vous opposez à « l'idéologie des accommodements raisonnables ». D'une part, il n'est plus d'actualité que de dire que les libéraux se positionnent contre la reconnaissance de la société distincte. D'autre part, il est contradictoire de diaboliser ce que vous appelez « l'idéologie des accommodements raisonnables », puisque c'est cette nouvelle conception de l'égalité réelle qui est le fondement de la reconnaissance du Québec comme société distincte.

Vous parlez d'un « gouvernement des juges », c'est-à-dire que vous accusez la Charte d'être anti-démocratique. Or, il s'agit d'une protection des droits essentielle à notre démocratie. La démocratie n'est pas le simple fait de voter pour des représentants. Encore faut-il avoir les moyens d'exercer réellement et librement cette démocratie. Ces moyens, ce sont les droits fondamentaux que la Charte a pour mission de protéger peu importe les fluctuations parlementaires. Il s'agit présentement d'un contrepoids aux excès du gouvernement Harper en l'empêchant, par exemple, de fermer les centres d'injections pour toxicomanes. Tout récemment, beaucoup de Québécois se sont opposés à la loi 78 et ont invoqué la Charte en considérant cet outil comme une fierté. Manifestement, les Québécois, comme tous les Canadiens, sont servis par cette Charte.

Cher ami, nous ne nous excuserons pas de cet héritage laissé au Canada, puisque nous en sommes fiers. Si flouer signifie protéger la langue et la spécificité du Québec, respecter toutes les minorités culturelles du Canada et promouvoir les valeurs libérales, nous sommes fiers d'avoir floué les Québécois et nous les flouerons encore.

Pour la prochaine course à la chefferie, il est seulement requis de s'inscrire comme sympathisant pour pouvoir voter. Vous avez donc une occasion en or de commencer en douceur votre aventure avec le Parti libéral du Canada. Pour la suite, la carte de membre n'est que 10$.

Amitiés,

François Fournier, Président des JLC (Q)
Léa Couture-Thériault, Vice-présidente communication des JLC (Q)
Cameron Ahmad, Vice-président clubs étudiants des JLC (Q)

 
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