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Combattre l'exploitation et non les travailleuses du sexe

22/11/2014 02:01 EST | Actualisé 22/01/2015 05:12 EST

L'an dernier, la Cour suprême du Canada a unanimement invalidé certaines interdictions relatives au travail du sexe, obligeant le gouvernement à remanier son cadre juridique avant le mois de décembre de cette année. Le gouvernement Harper a adopté une loi qui, loin de respecter l'esprit de la décision Bedford, risque fort probablement d'échouer l'examen des tribunaux.

La prostitution est un enjeu controversé dont les positions sont très polarisées. Alors que les abolitionnistes croient que le travail du sexe est, de manière inhérente, une forme d'exploitation ou un comportement immoral à éradiquer, d'autres le considèrent comme étant un gagne-pain légitime.

Dans l'état actuel des choses, aucune de ces parties ne peut trouver satisfaction. Non seulement la répression ne parvient pas à éradiquer la prostitution, mais elle rend le travail du sexe plus dangereux. C'est pour cette raison que la Cour suprême a invalidé l'interdiction des maisons de débauche : elle empêche d'avoir accès à un lieu de travail plus sécuritaire. De la même manière, l'interdiction de communication à des fins de prostitution fait fuir les travailleuses du sexe vers des endroits moins passants et les rend plus vulnérables à des agressions. L'interdiction de vivre des fruits de la prostitution, bien qu'elle vise le proxénétisme, empêche du même coup, par exemple, l'embauche d'un garde du corps ou d'un chauffeur.

La discussion sur la prostitution appelle à la recherche d'un terrain d'entente que je suggère être la réduction des méfaits. Nous n'avons pas besoin d'endosser le travail du sexe. Toutefois, nous pouvons tous nous entendre sur le fait que nous avons la responsabilité de protéger la santé et la sécurité de tous les citoyens, y compris celles des prostituées.

La Loi sur la protection des collectivités et des victimes d'exploitation prévoit la criminalisation des clients de services sexuels, de même que la sollicitation près de certains endroits publics où l'on retrouve des enfants. Or, en criminalisant les clients et la sollicitation dans certains lieux, le gouvernement continue de stigmatiser les travailleuses du sexe et de les réduire à la prostitution de rue dans des quartiers moins passants et plus dangereux.

Nous devrions nous inspirer de la Nouvelle-Zélande, qui a décriminalisé la prostitution des personnes majeures, tout en maintenant une interdiction relative à l'exploitation et à la coercition exercée par des tiers sur les travailleuses et travailleurs du sexe. C'est ce que je proposerai au Congrès de l'aile québécoise des Jeunes libéraux du Canada le 22 novembre prochain à l'Université de Montréal. J'invite notre chef Justin Trudeau, ainsi que le reste du Parti, à se joindre à moi.

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