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Statu quo au 1420 Mont-Royal

18/02/2015 01:11 EST | Actualisé 19/04/2015 05:12 EDT

Depuis quelques années déjà, l'Université de Montréal ne sait que faire du 1420 Mont-Royal, ce pavillon acquit en 2003, suite à une entente avec la Congrégation des Sœurs des Saints noms de Jésus et de Marie.

Il semble que le statu quo du bâtiment vide n'intéresse personne au gouvernement qui a subventionné son achat. Toutefois, dans le contexte de compressions actuelles, l'Université devrait tenter de concilier manque de budget et manque d'espace en délocalisant les facultés dans des bâtiments lui appartenant déjà.

Toutefois, au moment même où un million est investi chaque année pour l'entretien, le chauffage et la sécurité du 1420 Mont-Royal, l'Université entreprend la construction des fondations sur son chantier à la gare de triage d'Outremont pour son nouveau campus.

La question subsiste, pourquoi un nouveau campus est-il construit alors que l'Université possède un bâtiment de sept étages complètement vide. Réponse du rectorat : il était plus couteux de réaménager le 1420 Mont-Royal que de décontaminer le terrain de la gare de triage et d'y ériger un nouveau campus.

Revenons rapidement sur les calculs. Il y a maintenant 11 ans, le 1420 Mont-Royal a été vendu à rabais, à 15 millions de dollars, à l'Université de Montréal puisqu'il était entendu que la vocation éducationnelle subsisterait.

Le rectorat en place avait donc demandé au gouvernement des subventions pour l'achat et pour le réaménagement du 1420 Mont-Royal. Ainsi, 20 millions de dollars ont été investis pour la rénovation (financement du gouvernement du Québec et de la Fondation canadienne de l'innovation), puis plus de 11 millions de dollars pour l'entretien, le chauffage et la sécurité (1 million de dollars par an de 2003 à 2014).

En 2005 les travaux sont arrêtés, puis le pavillon est mis en vente. Et trois ans plus tard, l'entente de vente est signée à 28,1 millions de dollars avec le Groupe F. Catania. Notons que le bâtiment valait 23 millions lors de l'achat 9 ans plus tôt et avant rénovation et entretien.

L'entente est annulée fin 2012, malgré le changement de zonage, la construction de condo type et les autres modifications apportées au bâtiment. Celui-ci reste inhabité et toujours à vendre, à ce jour.

Parallèlement, en 2006, une estimation des coûts de préparation du site et des infrastructures est conduite par l'Université de Montréal à la gare de triage d'Outremont. Le coût des travaux est évalué à 120 millions de dollars. Le gouvernement du Québec et du Canada s'engage à fournir 30 millions de dollars chacun pour le projet alors que la Ville de Montréal s'engage à fournir 60 millions pour aménager les infrastructures municipales. En 2007, plus de 22 millions s'ajoutent aux estimations d'infrastructures municipales, alors qu'au final, le projet de la gare de triage d'Outremont est estimé, aujourd'hui, à 1,1 milliard de dollars.

Toute cette spéculation immobilière pour se rendre compte que des facteurs importants ont été laissés pour compte dans la saga. Le patrimoine social, architectural, paysager et environnemental entourant le 1420 Mont-Royal, sa localisation sur le campus, la privatisation d'un flanc du Mont-Royal, l'entente morale de l'Université envers la Congrégation de Sœurs en plus de la délocalisation de certaines Facultés et de la vente de terrains publics au privé à la gare de triage; tous sont des facteurs à considérer lors des prises de décision.

L'Université le démontre bien, elle n'est pas apte à gérer des projets immobiliers, mais surtout, elle ne devrait pas pouvoir le faire. Son rôle est d'innover, de rechercher, de transmettre connaissances et savoir-faire en plus de conserver et d'utiliser les ressources et les effectifs acquis. Peut-être devrions-nous rappeler que la spéculation immobilière n'en fait pas partie.

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