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Le poisson dans l'arbre

09/04/2013 03:29 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT
Kim Bingham

Nous sommes à Dallas, au Texas. C'est Noël 2012. Je rentre chez ma sœur dans son VUS d'un magasin de fête où j'ai fait remplir d'hélium un ballon de poisson, mon cadeau de Noël pour ma nièce. C'est un poisson volant à moteur qui mesure 1,5 m. Je me gare devant chez elle, et dès que j'ouvre la porte arrière, le ballon s'échappe, flotte vite au-dessus de ma tête et se prend dans les branches de l'énorme arbre devant la maison. On appelle une équipe de tailleurs d'arbre. Ça leur prend 30 minutes pour grimper dans l'arbre et descendre le ballon, une scène de nuit illuminée par des lampes de poche. Le poisson est finalement rentré dans la maison et vole sain et sauf dans le salon.

Je n'ai pas pris de photo du poisson dans l'arbre, mais l'image résonne en moi, tourne dans ma tête. Partie de Montréal, je me suis posée à Dallas pour les fêtes avant mon départ pour la conférence du Midem à Cannes. Je suis donc en transition, d'un contexte à un autre. L'artiste indépendante autogérée qui réussit à se placer dans une conférence internationale... Ces gourous de l'industrie que je suis sur Twitter et Facebook depuis la sortie récente de mon album seront là. Je suis allée faire un tour au Midem l'année précédente, avant la sortie du disque, afin de tâter le terrain avant de m'y aventurer. Pour ma deuxième visite à cette conférence, on se connaitra, même un peu. Les connexions s'emmêlent - le monde sur l'Internet est vaste et petit.

Je fais ce métier de musicienne professionnelle depuis que je suis adolescente. À l'époque, on ne pouvait pas percer à cause des politiques de l'industrie de la musique. Il y a maintenant une démocratie musicale, moins de politiques, moins de guetteurs à la porte, et un océan d'obscurité artistique, dans lequel il est facile de se noyer, en restant éternellement inconnu. Tous ces artistes et cette bonne musique qu'on connaitra un jour, sinon jamais. Les artistes se battent avec les célébrités pour deux minutes d'attention médiatique. J'ai appris et réappris cette leçon.

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Comme plusieurs collègues anglophones et allophones, d'origine québécoise, je souffre malheureusement d'être le cas typique d'une artiste basée au Québec, chantant principalement en anglais, ce qui rend les choses difficiles: on a du mal à se faire reconnaitre, faire diffuser notre musique dans ma ville natale chérie de Montréal, rentrer dans les quotas des radios, dans les critères culturels des agences. Malgré le soutien des bourses approuvées à Toronto et les meilleurs vœux de plusieurs grands parrains professionnels à travers le Canada, mon poisson s'essouffle dans ce contexte étroit. Il doit bouger vers d'autres eaux...

Dans trois semaines, je serai sur la Croisette de Cannes, au Palais des Festivals, où les stars se rassemblent pour le festival de film, dans une saison plus belle et ensoleillée que la grisaille du Midem en janvier. J'arriverai à la conférence, parmi peu d'artistes autogérés de la délégation canadienne. Ce voyage coute très cher, il faut savoir pourquoi on le fait, et savoir un peu à quoi s'attendre après avoir fait l'investissement.

Je pars à l'international à la recherche des gens courageux et enthousiastes pour participer à cette aventure inattendue qu'a toujours été ma carrière musicale.

Je ne m'attendais pas à devenir businesswoman. Par besoin de nourrir mon activité essentielle, et automatique, de composer des chansons, sans entourage professionnel puissant, j'ai appris à m'organiser. Voilà que Mudgirl Music Group, qui est devenu un petit label indépendant, se présente au Midem comme boite de prod, et que je suis officiellement enregistrée comme «présidente».

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