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L’immigrant fait moins peur que le syndicat

Éviter un syndicat qui lutte contre le cheap labor et contre l'avarice capitaliste ou bien préférer le cheap labor pour éviter la syndicalisation?

25/09/2017 13:28 EDT | Actualisé 25/09/2017 13:28 EDT
Eric Gaillard / Reuters
Ces restaurateurs doivent diminuer leurs heures d'opérations, s'ils ne finissent pas par mettre la clé dans la serrure, puisque de moins en moins de jeunes veulent travailler au salaire minimum dans ce genre d'environnement.

Vite comme ça, qu'ont en commun les chaînes de restauration comme PFK, Tim Horton, et Subway par exemple? Effectivement, la majorité des employés est constituée d'étudiants ou de décrocheurs, et de quelques matantes qui font un retour au travail. C'est aussi vrai que le service est mauvais, mais bon, tu en as pour ce que tu es prêt à payer. Mais au-delà de ces évidences, ces restaurateurs éprouvent présentement tous des difficultés à recruter des employés. La conséquence est simple; moins d'employés, donc moins d'heures de services. Ces restaurateurs doivent diminuer leurs heures d'opérations, s'ils ne finissent pas par mettre la clé dans la serrure, puisque de moins en moins de jeunes veulent travailler au salaire minimum dans ce genre d'environnement.

Pourquoi travailler au salaire minimum à faire des 12 pouces pour le p'tit gros qui veut maigrir, alors que je pourrais être Barman à 35$ de l'heure, avec le pourboire, pour servir à boire à de jolies demoiselles?

Quoique je comprenne très bien le fait que la marge de bénéfices sur le coût des opérations ne fait pas de ces restaurateurs des millionnaires, et que la flexibilité salariale n'est pas à l'ordre du jour, il y a quand même des limites à se borner à n'offrir que le salaire minimum. Implicitement, ce que l'on dit aux travailleurs, c'est que ton travail n'a pas d'importance dans la hiérarchie des emplois, et que dans le fond, tu n'es pas important du tout, puisque des gens qui veulent travailler, il y en a partout!

Erreur mon grand! Pas avec le taux de chômage actuel, et surtout pas avec ta vision archaïque du marché de l'emploi.

Tellement archaïque dans la façon de concevoir la chose, qu'une majorité de ces restaurateurs ne veulent pas consentir à offrir un peu plus que le minimum tout en faisant l'autruche lorsque la rumeur syndicale fait son apparition.

On ne veut pas offrir un peu plus que le minimum pour attirer la main-d'œuvre; on ne veut pas entendre parler des syndicats... on préfère diminuer les heures de services et impacter les clients.

On ne veut pas de syndicat, mais des immigrants, c'est une autre histoire! Là, on en veut! Maintenant, on s'intéresse à eux. Là, on demande une reconnaissance des diplômes. Pour ne pas faire faillite, maintenant, les employeurs daignent s'intéresser aux immigrants.

C'est le début de l'omerta; du silence radio sur le fait que, dans le fond, nous ne les voulons pas, mais puisque nous avons besoin de bouche-trous, aussi bien se tourner vers eux et demander au gouvernement d'accélérer toute procédure pour les intégrer sur le marché de l'emploi.

Avons-nous moins peur des immigrants que des syndicats? Ou bien croyons-nous pouvoir les exploiter plus facilement et profiter d'un déséquilibre dans la balance des pouvoirs, chose qui serait presque impossible pour un employeur face à un syndicat?

Éviter un syndicat qui lutte contre le cheap labor et contre l'avarice capitaliste ou bien préférer le cheap labor pour éviter la syndicalisation?

Éviter un syndicat qui lutte contre le cheap labor et contre l'avarice capitaliste ou bien préférer le cheap labor pour éviter la syndicalisation? Beau dilemme éthique pour plusieurs employeurs, n'est-ce pas?

Que vous soyez pro-syndicat ou bien immigrant, je n'y vois rien de positif. J'espère seulement que vous n'êtes pas un immigrant pro-syndicat... Je ne vois rien de prometteur, tant dans l'évitement syndical par l'adoption de pratiques douteuses, que dans le désir de se tourner vers l'immigration pour mieux les exploiter, que dis-je, pour mieux les accueillir à bras ouverts au salaire minimum.

Évidemment, le tout, en souhaitant qu'ils ne connaissent pas trop leurs droits, et en espérant qu'ils aient juste assez peur de perdre leur emploi, pour que la simple idée de prononcer le mot syndicat, en fasse évanouir plus d'un.

Nous les aimons et les apprécions nos immigrants, mais le faisons-nous pour une bonne cause et pour les bonnes raisons, ou bien tout simplement pour temporairement nous déculpabiliser avant de revenir à une soi-disant raison et réaliser un retour sur l'investissement très considérable?