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Avez-vous votre place au travail?

En psychologie industrielle ou du travail, prendre sa place renvoie beaucoup au concept de l'estime de soi et à son affirmation.

21/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 21/08/2017 09:00 EDT
me4o via Getty Images
Ne faites pas que prendre une place ou demander une place.

La chaise! La fameuse chaise, qui au-delà de n'être qu'un simple élément du mobilier, s'avère être un élément d'analyse puissant. Sans exagération, une chaise en dit beaucoup sur une personne. Ici, je ne parle pas nécessairement du statut social déterminé à partir du matériel de fabrication, du prix déboursé et du niveau de performance ergonomique de celle-ci.

Ô que non!

Je parle plutôt du comportement que nous adoptons en société et dans notre train-train quotidien. La chaise en dit beaucoup sur nos interactions avec les gens, sur notre aisance avec nos collègues, sur notre niveau de confiance avec les membres de notre équipe, et sur le rapport que nous entretenons avec la promiscuité et la proximité.

Ne s'assit pas à côté de moi qui veut, et je ne m'assis pas à côté de n'importe qui non plus (sauf dans l'avion parfois, maudit...).

L'action de s'asseoir est quelque chose de banal pour un individu n'ayant aucune limitation physique évidemment, mais la mécanique intellectuelle menant au choix scientifique dudit siège est un art.

L'action de s'asseoir est quelque chose de banal pour un individu n'ayant aucune limitation physique évidemment, mais la mécanique intellectuelle menant au choix scientifique dudit siège est un art.

Dès le moment où vous avez acquis une autonomie décisionnelle, aussi mineure soit-elle, et une certaine liberté ou flexibilité d'action, votre comportement, dans les situations qui suivront, a totalement changé.

Imaginez-vous assis et projetez-vous dans vos salles de classe à la polyvalente, au Cégep ou encore à l'université. Au café campus, au bar de votre quartier ou bien encore lors d'une rencontre quelconque. Pensez aussi à toutes les occasions où vous avez effectué des achats pour vos billets de spectacles.

Vous deviez vous asseoir et vous deviez choisir où vous asseoir.

Barman dans un bar de quartier pendant 5 années, il n'y a pas meilleur laboratoire d'observation pour décortiquer l'humain à l'état nature. 10 tabourets, 5 habitués de la place, 5 espaces libres, et une espace entre chaque personne. C'est comme ça, on ne se trompe pas. Je ne vous dis pas le drame vécu quand 2-3 nouveaux clients osent prendre ces chaises personnifiées. Que dire des crises, lorsqu'un habitué prend la place d'un autre habitué... Nous avons une chaise pour nous et c'est sur celle-ci que nous sommes bien, et tant mieux si elle est confortable.

Idem pour tous mes cours universitaires –et toujours d'actualité à titre de chargé de cours-. Une classe se divise en 9 cases et chacun y prend place selon sa personnalité. Les allées face au prof, les allées du centre et les allées arrière. Les rangées à la gauche du prof (près de la sortie), les rangées du centre et les rangées à la droite du prof.

Au premier cours, tout le monde sans exception s'assigne lui-même une place qu'il conservera toute la session. Ce n'est pas qu'une question de confort, c'est aussi une question de personnalité. Les plus aguerries et expérimentés arrivent 15 minutes avant le début du cours pour s'assurer que la place qu'ils désirent s'attitrer soit bien disponible et si ce n'est pas le cas, ce sont les seuls que nous voyons changer de place au 2e cours. C'est incroyable, mais c'est toujours comme ça et c'est naturel.

Puis un jour, vous dénichez votre premier stage ou premier emploi dans un bureau et BOOM! On vous assigne une chaise et un bureau. Une première en 10-15-20 ans! Heureux de la job, mais inconfortable dans votre bureau, votre cubicule, et sur cette chaise que vous n'avez pas choisie. Le temps passe, vous vous y faites, jusqu'au jour l'ensemble des membres de l'équipe sont conviés à une formation. Ce jour arrive enfin, et le prédateur docile resurgit à toute vitesse, afin de prendre LA place. Ô que ce petit moment de liberté, petit plaisir de la vie, est beau à voir!

En psychologie industrielle ou du travail, prendre sa place renvoie beaucoup au concept de l'estime de soi et à son affirmation.

En psychologie industrielle ou du travail, prendre sa place renvoie beaucoup au concept de l'estime de soi et à son affirmation. C'est vrai, mais si en plus de cette affirmation psychologique, vous trouviez un sens ou donniez un sens nouveau ou différent à votre travail? La résistance et le stress diminueraient, votre intégration en serait facilitée, et vous auriez le sentiment d'avoir vraiment trouvé la bonne place pour vous (si c'était le but de l'exercice).

Nous pouvons (et devons) nous affirmer haut et fort pour notre bien-être moral, mais si quelqu'un a le cul posé sur ma chaise, ma place, ma position, qu'allons-nous faire? Nous ne sommes peut-être pas les seuls qui osent s'affirmer.

Ne faites pas que prendre une place ou demander une place. S'il le faut, et c'est bien souvent le cas : créez votre place; faites votre place et prenez VOTRE place!

Si vous ne le faites pas, quelqu'un d'autre le fera à votre place.

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