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Pourquoi voulez-vous des enfants?

28/04/2016 10:04 EDT | Actualisé 29/04/2017 05:12 EDT

Ça a commencé par une petite partie classique de «gun su'a tempe». Des niaiseries habituelles pipi-caca d'une gang d'amis un peu pompettes autour d'un feu. Le jeu est devenu plus sérieux, les sujets plus émotifs. Résultat : j'ai passé des semaines à me demander si finalement je voulais vraiment des enfants, ou plutôt pourquoi j'en voudrais. Avant ce n'était même pas une question que je me posais, j'aime bien ça moi les kids et je me disais que j'allais éventuellement en avoir un jour. En en parlant autour de moi dans mon angoisse existentielle, j'ai découvert que peu de gens se posent vraiment la question. Ils finissent souvent par me répondre que c'est une étape normale d'une vie, d'un couple, qu'on est rendus là un jour, que c'est l'instinct, etc. Bref, c'est comme si personne ne le savait vraiment.

Je me suis mis à y réfléchir souvent et à me demander pourquoi, en 2016, les gens veulent faire des enfants. À me questionner sur l'aspect moral de faire, ou de ne pas faire, d'enfants. Je profite de cette tribune pour vous présenter les réponses fréquentes que j'ai reçues au fil du temps, agrémentées de mes réflexions.

Tout d'abord, je me suis rendu compte qu'il y a un fort aspect de narcissisme et d'égoïsme dans l'action de faire des enfants. Ils sont une extension, une projection de soi. Beaucoup de gens m'ont répondu qu'ils auraient l'impression que leur vie serait incomplète s'ils ne faisaient pas d'enfants, ou encore que c'est un facteur de réussite de leur vie de couple. D'autres veulent en profiter pour transmettre au monde leurs valeurs ou leur génétique. Les enfants nous assurent un support futur quand nous serons vieux. Ils vont nous aimer. On fait en bonne partie des enfants pour ce qu'ils nous apportent, donc pour nous-mêmes.

De l'autre côté, faire un enfant est aussi un grand acte humaniste, altruiste. C'est un noble sacrifice de soi, de sa vie intime, de son temps, de son argent, de ses projets. Faire des enfants, c'est aussi se soumettre aux craintes, aux doutes et aux peines qui les accompagnent. Ce n'est pas seulement d'amener quelqu'un au monde, c'est aussi l'accompagner dans son épanouissement. Plusieurs personnes m'ont témoigné qu'elles trouvaient la vie si belle qu'elles avaient voulu la partager et que ça en valait bien assez la peine. C'est après tout le plus grand don qu'un être humain puisse faire : le don de la vie.

Il y a aussi un côté plus primaire que des milliers d'années d'évolution n'ont pu effacer : l'instinct. Même si la survie de l'espèce est loin d'être menacée, c'est parfois plus fort que nous. Ce n'est pas un désir rationnel, c'est quelque chose qui nous prend sournoisement, sans avertir. L'horloge biologique frappe quand on s'y attend le moins.

Finalement il y a aussi l'aspect social. Faire un enfant, c'est d'une certaine façon respecter un «contrat social» tacite : tu as profité de la vie, des gens se sont occupés de toi, ça serait le temps que tu passes au suivant! On fait des enfants pour aider à soutenir la population vieillissante ou l'économie. On fait des enfants parce que c'est la norme, parce que sinon la pression sociale est trop forte et on se fait juger. C'est une phrase qu'on entend souvent dans les partys de Noël : «quand est-ce que tu nous ramènes des petits enfants?» Ça sonne drôle les premières fois, mais ça doit finir par peser après quelques années.

Ce sont toutes de bien belles et bonnes raisons et il en existe beaucoup d'autres. Mais il y a quelque chose qui me turlupine lorsque je ressasse, lorsque je classe toutes ces raisons : on parle rarement de l'enfant en lui-même.

On dirait parfois que l'enfant est un outil : outil de réalisation de soi, outil de réussite maritale ou sociale, outil de transmission de notre génétique et de nos valeurs, outil de support démographique et économique. À servir tant d'usages, les enfants naissent avec un bien lourd fardeau : celui de devoir répondre à nos attentes. On s'attend à ce que l'enfant, en grandissant, poursuive nos projets. Qu'il nous aime, nous respecte, nous supporte. Qu'il adopte et transmette nos valeurs, qu'il participe à la société. Mais bon, reste que c'est un bien faible prix à payer pour avoir reçu le don de la vie!

Certes, c'est un bien beau cadeau qu'on lui fait, on le met au monde, on le berce, on le nourrit, on lui prodigue notre amour. Mais l'a-t-il demandé? Pensez-y, lorsqu'on met un enfant au monde, on le force à vivre. Est-il alors juste et moral de lui infliger toutes ces attentes, comme autant de fardeaux à porter sur ses petites épaules? Est-il juste et moral de lui imposer la vie pour répondre à un besoin ou à un désir personnel, pour répondre à une norme? Est-il juste et moral de le mettre au monde sans même vraiment savoir pourquoi on l'a fait, sans même s'être profondément posé la question?

J'ai lu et entendu très souvent que ceux qui ne veulent pas faire d'enfants sont égoïstes. Qu'ils ont pris tout ce que leurs parents et la société leur ont donné et qu'ils n'ont pas le cœur, le courage de le redonner. Je réponds à ces gens par une question toute simple : si vous ne pouviez avoir qu'un seul enfant, serait-ce un enfant naturel ou un enfant adopté? La réponse que j'obtiens est presque toujours la même, soit un enfant naturel. Je ne peux les blâmer. Je leur demande alors en quoi il est si altruiste d'amener un nouvel être humain sur terre, sans lui demander s'il le veut, alors qu'il existe autant d'enfants mal aimés, violentés, abandonnés, dans les rues, dans les centres d'adoption...

Je ne découragerai jamais personne de faire un enfant, et encore moins d'en adopter. Ce texte peut paraître négatif, critique envers les gens qui ont des enfants, mais je le rappelle : la procréation est un noble geste, un sacrifice de soi que je respecte au plus haut point. Par contre, il serait selon moi juste et moral, avant de faire un enfant, de se poser la question suivante : suis-je prêt à lui prodiguer tout ce qui lui est nécessaire en me dépouillant de toutes attentes?

De l'attente qu'il me donne des petits enfants?

De l'attente qu'il m'aime inconditionnellement en retour de tout ce que j'aurai fait pour lui?

De l'attente qu'il m'accompagne dans les derniers jours de ma vie?

Lorsque nous serons en mesure de répondre «oui» à cette question, en toute honnêteté et en toute humilité, seulement à ce moment pourrons-nous dire que nous sommes guidés par l'altruisme, par une réelle intention d'offrir la vie. Parce que le don, oui c'est donner, mais c'est surtout ne pas avoir d'attentes en retour.

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