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Cinq pistes de réflexion pour un projet de pays plus rassembleur

03/05/2014 09:06 EDT | Actualisé 03/07/2014 05:12 EDT

Les réflexions sur le projet de pays sont devenues plus cruciales que jamais avec la récente déconfiture du Parti québécois (PQ), la course à la chefferie qui va suivre, puis les discussions de convergence déjà initiées entre membres de Québec solidaire (QS) et d'Option nationale (ON).

L'événement du 7 avril a marqué un essoufflement de certaines idées du PQ (ex : nationalisme strictement identitaire, attentisme référendaire, rejet d'alliances souverainistes, bon gouvernement d'abord, etc.), surtout depuis l'apparition de ces nouveaux tiers partis souverainistes. Le PQ s'est éloigné de plusieurs idées réformatrices encore d'actualité à l'origine d'Option Québec en 1967, tout en ne s'adaptant pas à certains égards au contexte actuel. Si on remarque un déclin dans la vigueur souverainiste, c'est, entre autres, que le projet de société demande, selon moi, un nouvel élan positif sous cinq pistes de réflexion : la clarté, la coopération, l'ouverture, la modernité et l'originalité.

Pourquoi la clarté ? L'exemple de l'Écosse de 2014 nous apprend qu'un argumentaire, un calendrier et une question référendaire clairs sont tellement plus mobilisateurs et sains démocratiquement. Jean-Martin Aussant chez ON en 2012 a démontré l'effet rafraîchissant de la clarté dans son discours souverainiste, et ce tout en devenant une réponse transparente à la loi sur la clarté du gouvernement fédéral.

Pourquoi la coopération ? L'incapacité du PQ à obtenir une majorité dans les années 2000 tient à plusieurs raisons, mais l'une d'elles est à l'origine de la division du vote souverainiste. Une alliance électorale souverainiste entre le PQ, QS et ON, devient inévitable, si la souveraineté demeure un des objectifs qu'ont en commun ces partis. Réné Lévesque n'avait-il pas préféré le nom de Parti souverainiste au lieu de Parti québécois en 1968 ?

Cette alliance pourrait être renouvable avant chaque élection et permettre une union pragmatique du courant souverainiste en échange de compromis sur des réformes démocratiques, comme le mode de scrutin semi-proportionnel, les référendums d'initiatives populaires balisés, une démarche concertée et participative d'accession à la souveraineté, etc. À l'opposé de 1968 où les tiers partis ont décidé de fusionner avec le PQ, ce serait au PQ et leurs leaders d'amorcer les discussions de coopération, le Conseil de la souveraineté du Québec devrait agir comme catalyseur.

Pourquoi l'ouverture ? Le tort causé par la charte des valeurs du PQ a ralenti l'enracinement du nationalisme civique et a bloqué le rapprochement auprès des allophones et autochtones. L'importance de considérer l'apprentissage des langues secondes et «utilitaires» comme une richesse dans la définition de ce nouveau pays permettrait de rassurer certains anglophones et de mieux s'adapter à la mondialisation de l'économie. Le projet de «bilinguisme» d'ouverture de Trudeau père au Canada n'aurait-il pas plus de chances de devenir une vraie réalité dans un Québec indépendant sans complexe linguistique, qu'un Québec limité dans un Canada uni. Le développement de l'interculturalisme face au multiculturalisme et les limitations juridiques de la protection du français en tant que simple province canadienne doivent être mieux connues. Avec ouverture et sans tabou, il faudrait se questionner aussi sur la pertinence en 2014 du Bloc québécois au parlement fédéral, car sa raison d'être n'est pas aussi vitale qu'en 1993, surtout que le projet de pays se joue à Québec et que les forces souverainistes demandent une convergence de ses énergies.

Pourquoi la modernité ? En 1980 et 1995, le numérique n'était pas un facteur de mobilisation et d'éducation citoyenne, comme il l'a été lors de l'élection d'Obama en 2008 et la crise étudiante de 2012. Cet espace animé par internet permettrait de réengager la jeunesse, de construire une stratégie moderne autour d'une vraie démocratie ouverte (sur le modèle Parlement & citoyens) et de favoriser des consultations web interactives à l'aide de ces moyens moins dispendieux. La récente libéralisation des échanges nous impose aussi un discours souverainiste nettement plus «économique», à l'image de Landry en 2003 et Aussant en 2012. Le développement durable requiert également un argumentaire environnemental plus étoffé sur l'avantage de la souveraineté par rapport à ce nouvel enjeu international.

Pourquoi affirmer notre originalité ? Le Québec au fil des dernières années s'est forgé des réussites originales (ex : économie sociale, coopérative de solidarité, entrepreneuriat social, politique familiale, Québec inc., culture numérique, frais de scolarité peu élevés, etc.), malgré ses déboires notables (ex : rapport coût-bénéfice de plusieurs programmes sociaux, subvention ciblée aux entreprises, dette publique, etc.). Si on veut s'émanciper au sein de la diversité culturelle mondiale, on doit affirmer plus fortement ce parcours unique à l'international. On se démarque (en plus du fait français en Amérique du Nord) par notre équilibre entre notre côté latin («joie de vivre») et nord-américanité, notre histoire démocratique d'affirmation nationale, nos valeurs de neutralité en relation internationale, notre créativité culturelle sans limites, notre pensée républicaine (datant de l'époque des patriotes) et j'en passe. Il faut se rendre à l'évidence que le statut de province canadienne ne pourra jamais libérer profondément toutes ces aspirations légitimes pour un peuple qui se veut pleinement épanoui.

Bref, pour que le Québec entre dans une souveraineté digne du XXIe siècle, le PQ, ON et QS et leurs leaders doivent s'ouvrir à laisser le statu quo et sortir de la zone de confort, puis renverser l'indifférence de 60 % des Québécois face à la souveraineté par la clarté, la coopération, l'ouverture, la modernité et l'originalité !

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